‹ Les enfants du Duc de BerryChapitre 18 sur 57 · I.IiS liNKANIS DU lii;( 1)I-; HKKUN. (u · texte numérisé non relu

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de la princesse, M""" llarson a beaucoup vu, Itcjiiicoup entendu et beaucoup retenu. Durant les longues années d'exil dans la solitude de Brunnsoe, elle a eu, avec la duchesse de Berry qui connaissait sa fidélité et son dévouement, de longues causeries presque familières, et maintes fois il a été question, devant elle, de la liaison du duc de Berry et d'Amy Brown. « C'était une simple liaison », lui a dit en propres termes M'"^ la duchesse de Berry. Un jour même, il lui a été donné d'assister à un incident plus caractéristique encore. C'était dans les dernières années, M™^ de Lucinge était venue à Brunnsée présenter ses hommages à la princesse et causait dans le salon dont les portes étaient ouvertes, tandis que M"* Harson, dans la bibliothèque, s'occupait de la correspondance. A la suite de quel incident la conversation fut-elle amenée sur M'"'' Brown et ses relations avec le duc de Berry, c'est ce que M™* Harson n'a pu me dire; mais, ce qui est certain, c'est que l'entretien s'anima tout à coup, et comme M"" de Lucinge laissait entendre qu'on n'avait jamais rien su de bien précis à ce sujet, et qu'il était fort possible qu'un mariage eût été contracté, la duchesse de Berry, dans un de ces mouvements de vivacité dont elle était coutumière, lui répondit en haussant le ton avec une impatience

mal dissimulée : >< 11 est possibJc, mu pclilo, que ce soit des choses que vous ignoriez, mais si vous ne le savez pas, moi je le sais, et je vous le dis tout net : il n'y a jamais eu do mariage. » M""" de Lucinge tenait de son père, elle était un peu vive. « Puisqu'il en est ainsi, déclara-t-elle, je n'ai plus qu'à faire mes adieux à Madame et à me retirer. » Elle se leva, et, le lendemain, elle avait quitté Brunnsée. Ce fut, paraît-il, son dernier voyage".

M""' Ilarson n'eut pas à s'excuser de son indiscrétion involontaire, car la duchesse de Berry fut la première à l'entretenir de la discussion dont elle avait été témoin. L'incident fut connu sans doute des habitants de Brunnsée à cette époque, car^ de deux autres côtés absolument différents, ce même épisode m'a été raconté de façon identique. C'est ce qui m'a décidé à le rapporter ici, sans avoir à craindre d'avoir abusé des confidences de M™" Harson.

M""' la comtesse de Martel, née Mirabeau, si célèbre sous le pseudonyme de Gyp, a énuméré, dans Le Temps du 30 août 1902, une partie des raisons qui l'empêchent de croire à la réalité du mariage. Elle a bien voulu depuis, de vive voix et par lettres, m'en donner encore d'autres qu'elle n'a pas cru devoir livrer à la publicité. Ces lettres, qu'elle qualifie de « galopées », mais qui sont pé-

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lillantes de verve et d'esprit, sont malheureusement trop mordantes pour être reproduites ici. Elevée en partie par ses oncles de Bacourt, dont l'un était ambassadeur et l'autre garde du corps, et surtout par son grand-père, le colonel de Gonneville (1), dont on connaît la belle et glorieuse carrière, elle a retenu maints discours qui avaient frappé ses oreilles d'enfant dès sa prime jeunesse, et plus tard elle a entendu son grand-père se prononcer contre le mariage d'une façon formelle : « A l'Opéra, lui a déclaré le colonel, le duc de Berry a dit textuellement : « les deux filles que fai eues « d'une liaison en Angleterre » ; il n'a pas même essayé de donner le change, le pauvre homme ! » A plusieurs reprises, elle a vécu dans l'intimité de la famille royale à Frohsdorff, à Venise, chez le comte de Chambord, et à Wartegg chez la duchesse de Parme, et jamais aucun des princes n'a songé qu'il pût y avoir un mariage. C'est sur les bords du lac de Constance, au château de Wartegg, qui sert en ce moment d'asile à la princesse Louise de Saxe, qu'elle s'est rencontrée avec M. de La Roche, dont la belle prestance et les grandes manières, jointes à ce qu'on chuchotait tout bas

(1) Souvenirs militaires du colonel de Gonneville, par la comtesse de Mirabeau. Paris, Perrin, 1895.

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sur sa naissance, avaioni viviMni'ul iiiiinessionné sa jeune imaj^iiialion.

L'origine du comte CliarIcs-FerdinantI de La Roclie est eoimiie; il esl, on le sait, le dcrniei- lils vivant encore du duc de Berry, et lui, mieux que personne sans doute, pourrait, s'il le voulait, nous donner la clef de bien des mystères, et éclairer d'un singulier jour les points les plus obscurs de cette énigme, car il a gardé précis dans sa mémoire les détails du temps où il fréquentait aux Tuileries dans sa première jeunesse, et des longues années qu'il a passées à Frohsdorff et à Brunnsée, où il était chambellan de M™'' la duchesse de Berry. Mais, pour des raisons de famille que je n'ai pas à juger, il désire se tenir entièrement à l'écart, et ne pas être mélangé aux différentes phases de cette longue polémique. Pourtant, il ne croit pas au mariage, pas plus qu'à l'origine royale de John Freemann et de Georges Brown; mais il refuse, en souriant, d'en dire davantage lorsqu'on veut le presser de questions. Il possède, paraît-il, des papiers importants, qui, plus tard, apporteront la lumière, mais qu'il se refuse, pour les mêmes considérations, à livrer maintenant à la publicité. C'est à sa mort seulement qu'on pourra les lire aux Archives nationales, à qui il les lègue. La sympathie et Tamitié qu'il veut bien me témoigner m'imposent

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lii plus grande réserve, el me l'ont un devoir, par conséquent, de ne l'aire usage ni des lettres si intéressantes qu'il m'a fait l'honneur de m'écrin;, ni <ies précieux renseignements historiques que j'ai recueillis de sa bouche; mais je puis toutefois, sans aucune indiscrétion, détacher d'un article paru dans Le Temps du 29 août 1902, sous la signature de M. Marius Gabion, les quelques lignes suivantes :

« Le comte de La Roche était susceptible d'apporter quelque lumière dans la discussion, et nous sommes allés le voir. Nous avons été reçus par un vieillard alerte et aimable qui, lui, sans conteste, ressemble étonnamment au duc de Berry. Le comte de La Roche est un ancien officier autrichien, il habite Gratz et n'est que de passage à Paris; son père ne l'a jamais abandonné. Enfant, il allait à la messe aux Tuileries, et toujours il a €u d'excellents rapports avec la famille des Bourbons. J'ai aperçu, sur sa cheminée, plusieurs photographies, avec des dédicaces cordiale^ : l'une d'Aldegonde de Bourbon et Bragance, adressée à « son cher comte de La Roche », une autre de Béatrix de Bourbon.

« Le comte de La Roche ne croit pas à l'origine royale de Georges Brown, qu'il a connu pourtant, il prétend même être en possession de papiers éta-

blissanl ^\uv lo mariage religieux du duc de Berry et d'Amy Browu u'a jamais eu litMi; mais comme je sollicite la communication de ces papiers, il dit d'une voix doucement ironique : « Non, je neveux « pas chagriner les Lucinge et les Cluirelte » {les descendants des deux filles), »'

M. de La Roche n'est pas le seul à avoir ce même scrupule, et plusieurs de ceux « qui savent » et que J'interrogeais m'ont répondu par cette môme phrase : « Je ne veux pas chagriner les Lucinge et les Charette. » J'avoue trèé sincèrement mon étonnement en cette circonstance, et je ne puis réellement comprendre, je le confesse, comment les descendants des filles du duc de Berry peuvent « se chagriner » d'une chose qu'ils ont toujours connue.

Le mari de la fille aînée d'Amy Brown, dans une généalogie de la Maison de Lucinge (1), dont il était l'auteur (c'est M. Nauroy qui nous l'a appris), qualifiait sa femme de « filie reconnue » du duc de Berry. D'autre part, il existe une généalogie de la Maison de Charette (2), dans laquelle la cadette des filles d'Amy est dite seulement

(1) Généalogie de la Maison de Faucigny- Lucinge, 2» édit. Paris, impr. de Cosson, 1827, in-4o.

(2) Comte Alexandre de Monti de Rézé, Documents généalogiques pour la Maison de Charette. Nantes, E. Grimand, 1891,. grand in-S».

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« lillc du duc de Berry », sans aucune mention de la mère. Et cet ouvrage est dédié, de la façon la plus respectueusement amicale, ù cette seconde fille par le comte [Alexandre de Monti de Rézo, son cousin par alliance et en même temps le tuteur de ses enfants. Il est évident qu'en ne nommant pas sa mère, il a tenu à lui être agréable. Aucun Charette, aucun Lucinge n'a protesté. La vérité, d'ailleurs, n'a rien de choquant; elle est au contraire des plus flatteuses et extrêmement honorable, toute l'histoire nobiliaire'est là pour le dire. Toujours, les plus grands seigneurs, les princes du sang même, ont été fiers d'épouser des « bâtardes » du sang royal de France, reconnues, authentiquées, titrées, comme l'ont été les comtesses d'Tssoudun et de Vierzon. Les familles de Faucigny-Lucinge et de Charette, si belles et illustres soient-elles, peuvent se contenter de ce qui n'a pas paru messeyant aux Lorraine, aux d'Epernon, aux Condé, aux Gonti, aux d'Orléans. Mgr le duc d'Orléans lui-même descend en droite ligne de M"^ de Blois, fille de M°" de Montespan, et je ne sache pas qu'il ait jamais songé à établir que son aïeule avait épousé Louis XIV en légitime mariage.

Dans tous les temps, il en a été de même ; les filles d'Agnès Sorel, par exemple, sans autre litre que celui, suffisamment glorieux, de « bâtardes

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de France », épousèrent, l'une, Jacques de Brézé, comte de Maulévrier, maréchal et grand sénéchal de Normandie, et lautre, Olivier de Coetivy, comte de Taillebourg, sénéchal de Guyenne. (Vêtait, si je ne me trompe, de fort grands seigneurs, de la plus haute lignée, et qui appartenaient aussi à d'illustres familles.

L'histoire de France fourmille de ces exemples et il me semble que la tradition n'en est pas perdue, puisqu'on a vu cette année même, sans soulever ni l'étonnement, ni la critique, la fille naturelle, no7i reconnue pourtant, d'un prince du sang royal épouser le représentant d'une des meilleures familles de l'aristocratie.

Enfin, après les opinions des personnalités importantes que je viens d'énumérer, je citerai pour finir celle de S. A. R. Mgr le comte d'Eu, dont l'avis me semble d'un grand poids en pareille matière. Voici ce qu'il me faisait, cette année même, le très grand honneur de m'écrire :

« .., Mon opinion est fondée sur l'étude des polémiques publiées, dans lesquelles vous avez joué un rôle décisif, et sur ce que /avais toujours entendu dire, notamment par m.on vénéré père, à l'époque déjà bien éloignée (1862, je crois) oii M* Allou, défendant feu le prince Napoléon contre les prétentions du fils du premier mariage,

se permit de citer comme exemple d'un mariage reconnu uul celui qu'avait, à son dire, contracté en Angleterre M. le duc de Berry. Cette allégation lui attira, comme vous savez, une verte réplique du grand Berryer, avocat de la partie contraire. Dans l'espoir de vous revoir bientôt, Je vous prie, mon cher vicomte, de me croire votre

bien affectionné.

« Gaston d'Orléans. »

L'opinion de Mgr le comte d'Eu, on le verra plus loin, est celle de bien d'autres princes de sa famille, et je ne crois pas qu'aucun membre de la Maison de France, dans la branche de Bourbon, comme dans celle d'Orléans, soit partisan de la théorie du premier mariage du duc de Berry. Ceux des princes qui n'ont pas eu l'occasion d'étudier la question par eux-mêmes et de se faire une opinion personnelle se sont rangés à celle des deux rois qui ont occupé le trône de France pendant la Restauration. C'est ce qu'a bien voulu m'expliquer l'un des princes, d'une façon fort claire, dans les lignes suivantes : « N'ayant pas étudié la question par moi-même, et n'ayant vu aucun document s'y rapportant, je n'ai pu me former à cet égard une opinion raisonnée. Je me suis donc borné à accepter, comme devant être bien fondée, la manière de voir de ceux qui

avaient, à l'époque, qualité pour se prononcer, ot comme chefs de notre maison, et comme souverains de la France, les rois Louis XVIII et Charles X(l). »

(1) Voir le dernier chapitre et les pièces que possède S. A. R. Mgr le duc de Parme.

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