‹ Les enfants du Duc de BerryChapitre 31 sur 57 · I.KS KNIANTS DU DUC ItE Hf.HK'i · texte numérisé non relu

I.KS KNIANTS DU DUC ItE Hf.HK'i

muge à sa parliule courloisic oL à son désir très sincère de m'aiiler à découvrir la vérité. Dans celte question si obscure de la naissance do son beau-lVère, sa bonne foi était entière et sa franchise était complète, car lui-même reconnaissait tout le premier « que les preuves écrites étant impossibles à produire, ce n'était que sur de simples présomptions qu'il était possible de se fonder ». Mais je n'ai plus malheureusement à compter sur ses lumières et sur son aide, car il est mort à Nice au mois de mars 1904, âgé de quatre-vingt-neuf ans. Je ne saurais mieux faire que de rapporter textuellement ce qu'il m'écrivait dans une lettre datée du château de Blonay, par Lugrin (Haute- Savoie), le 18 septembre 1902 :

« Dans cette question du mariage du duc de Berry avec Amy Brown, ce que je puis certifier, c'est que lorsque le prince de Lucinge, homme droit et loyal s'il en fût, est venu demander à mes parents, avec lesquels il était très lié, la main de ma sœur pour M. Freemann, il leur a affirmé, sur l'honneur, que celui-ci était fils du légitime mariage du duc de Berry et de M""" Brown, par conséquent le frère aîné de sa femme et de M""" de Charette.

« Il a expliqué comme quoi, à la Restauration, le Roi avait refusé de reconnaître la validité de ce

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mariage, à cause des gar»;ons, mais que le mariage était positif.

u J'entends encore mon père disant : « Si c'était (( un i);'ilaitl, j'y aurais regardé à deux fois avant de « donner mon consentement ; mais il est clair que, (( quelque légal que fût ce mariage, Louis XVIII « ne pouvait pas le reconnaître, ce qui n'empêche « qu'il a bien existé. »

La loyauté du prince de Lucinge en cette occasion ne saurait évidemment être soupçonnée; il n'avait pas, comme nous l'avons fait, rapproché les dates, compulsé les Mémoires des contemporains, non publiés alors pour la plupart, revécu l'existence séparée du duc de Berry et d'Amy avant 1807; l'habile silence d'Amy et le mystère dont elle entourait son passé avaient fait le reste pour établir en lui la conviction que les frères de sa femme étaient^ comme elle, issus du même père. Ce fut donc en toute sincérité qu'il fit au baron de Blonay la déclaration qui décida du mariage de son beau-frère avec M"® de Blonay.

« J'étais à Lausanne, en congé chez mes parents, lorsque mon beau-frère fît sa demande, m'écrivait encore le baron de Blonay, le 30 septembre; mais je n'ai pas assisté au mariage, j'avais rejoint mon régiment. Je ne me souviens pas exac-

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loment do la date, ce fut en 1840 ou 18ii, mais je suis à peu près sûr qu'il a eu lieu à Herne, à la légation britannique, en sa qualité d'Anglais. Là, tout se fait comme en Angleterre, il n'y a pas les formalités qu'il y a en France, c'est pourquoi je suppose que les noms de ses parents ne sont pas mentionnés dans l'acte. »

J'ai voulu cependant essayer de me procurer la copie de cette pièce qui pouvait donner de précieuses indications, et j'ai écrit à Berne. Voici la réponse qui m'est parvenue :

« Berne, le 20 mai 1904.

« Monsieur le vicomte, j'ai bien reçu votre lettre du 16 courant ; le consulat n'ayant pas existé à cette époque, le mariage en question devait avoir été célébré à la légation anglaise. J'ai donc soumis la chose à M. le Ministre d'Angleterre, dont je reçois aujourd'hui le certilicat inclus qui, malheureusement, ne relate pas les noms que vous désirez connaître. Ce certificat, ou plutôt l'inscription originale, n'était accompagné que du serment ordinaire, prêté par M. Freemann, serment qui ne contient pas non plus ces noms.

« Agréez, etc.

« Le Consul de Sa Majesté Britannique^

« A. DE MURALT. »

itc) les rnkants du ouc dr mkhry.

Certificat i»i: >i\iiia(ii:.

« Icei'tiiy lliat Jolin FrcenianiKol l{lan|ucuepore, in the province of Dakar Bart, Indies, and Julietle- Sophie-Fredoriqiic de Blonay, of Lausanne, in the Canton de Vaud, Swit/erland, were married in the résidence of Ilis Exccllcncy Kicliard-David Marrier esquire, Her Britannic Majesty's Minister Plenipotenliary to the Swiss Confédération at Interlaken, in the Canton of Bern, according to the cérémonies of the church of England, on the nineleenth of May one thousand eight hundred and forty one.

« Officiating minister :

« (Sig.) William, Howe English, Cliaplain at Geneva.

<( This marriage solemnized between us :

« {Sig.) John Freemann ; Sophie de Blonay. « In présence of :

« {Sig.) H. DE Blonay; Juliette de Blo>'ay, née DE PoLiER, parents of the Bride consorting the Marriage.

« On the back of the certificate are the following signatures :

« {Sig.) Faucigny, prince de Lucinge; L. de Loys; g. de Blonay; William DE Blonay; D.-R. Marrier.

(( J. Haroly.

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(( I hereby certiiy tlial llie copy on liic olher side is a truc copy of Ihe marriagc corlificatc of John Freemann and Sophie de Blonay, lih'd in Ihc Archives of Ilis Britannic Majesty's légation at Berne.

« Witnessed, signed arid sealed at Berne, Ihis 4 th day of October 1904.

« A. DE MURALT, « His Britannic Majesty's Consul. »

Cet acte, comme me l'écrivsfit le consul, ne nous apprend en effet pas grand'chose; il nous montre cependant que ni M""' Brown, ni ses filles, ni même Georges Brown, qui pourtant à cette époque était de retour en France, n'assistèrent à la cérémonie. La famille du marié n'était représentée que par le seul prince de Lucinge, son beau-frère. On voit au nombre des signataires un William de Blonay, mais ce ne peut être son autre beau-frère, ce dernier m'ayant écrit qu'à ce moment il avait déjà rejoint sa garnison.

J'ai essayé de me procurer à Interlaken l'acte du mariage religieux. Le R. J.-D. Mullines, secrétaire de la Colonial et Continental Society, m'a écrit que l'acte ne se trouvait pas à Interlaken, pas plus que dans ses archives. De ce côté encore, il faut donc renoncer à connaître le nom du père de John Freemann.

Restait l'acte de décès dont M. de Blonay m'avait

donné la date : « M. Freemann, m'écrivait-il, est uiorl à Zurich en 18G0, mais il n'esl certainement pas question de ses père et mère dans l'acte de décès, ce n'est pas l'usage en Suisse, surtout pour un sexagénaire; il ne doit y avoir que : M. J. Freemann, sujet anglais. »

Je me suis fait envoyer copie de cette pièce et j'ai constaté avec regret que M. de Blonay ne se trompait pas dans ses prévisions.

CONFÉDÉRATION SUISSE ^ r, n^ -

JbiXTRAiT DU Registre des Uéces.

CANTON DE ZDRICH

Arrondissement Extvait moHuaire de la paroisse

li'Etat civil de Zurich y o • r» •

ae Ibaint- Pierre.

« Le 26 août 1866, est décédé à Zurich, à l'hôtel Baur au Lac, Freemann John^ de Kensington (Angleterre), Middlesex, né le 23 décembre 1804. « L'Officier de l'Etat civil, « Illisible.

« Pour extrait conforme :

« Zurich, le 8 juin 1904. »

Je n'ai pas été plus heureux dans mes recherches sur les registres de Kensington, paroisse indiquée comme celle où la naissance avait dû être inscrite. Les registres ont été publiés comme ceux de beaucoup d'autres paroisses de Londres et on peut les

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consulter au liiilisli Muséum, mais on n'y voit pas figurer le nom de John Frecmann. La date de naissance, du reste inscrite sur l'acte de décl's, ne peut pas être exacte, et il est probable qu'à l'hôtel 011 est mort John Freemann, les témoins, indiiï6rents et mal renseignés sur l'âge de leur client de passage, n'ont donné qu'un chiffre approximatif. Georges Brown, en effet, est né le 20 février 1805, et plusieurs documents officiels viennent nous en donner la certitude ; John Freemann ne peut donc pas être né le 25 décembre 1804, juste deux mois avant son frère.

C'est une fatalité étrange, en vérité, et qu'il est impossible de ne pas remarquer, que pour aucun des premiers enfants d'Amy on n'ait pu retrouver un seul acte de naissance qui nous permette de reconstituer leur état civil d'une façon certaine et nous explique comment trois d'entre eux ont porté des noms différents : la famille Freemann ellemême semble en ignorer la raison. — « John et Robert, m'a écrit M. de Blonay, ont porté tous deux, on ne sait pourquoi, le nom de Freemann. »

Le comte de Rorch'Yantel, il est vrai, nous a donné une explication qui simplifierait toutes choses : il nous déclare que le premier mari d'Amy s'appelait John-Freemann-Granville-Brown; malheureusement, comme dans la plupart de ses asser-

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lions, il il négligé de nous dire quelles étaient ses preuves; je pense, en outre, que pour que l'explication fùl complMe, il eût fallu également ajouter à tant de noms celui porte par Emma, la fille d'Amy Brown, et donner à ce père énigmatique le nom de John-Freemann-Granvillc-Brown-Marschall.

C'eût été beaucoup pour un seul homme.

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