CHAPITRE XIX Emma-Georgiana Marsgiiall
Le nom de cette fille d'A.my était resté inconnu jusqu'à ce jour, et c'est à l'obligeance de M. Grave, le très érudit archiviste de Mantes, qui a pris dans cette polémique sur le duc de Berry une part si active et prépondérante, que je dois de connaître son existence. Voici la copie de son extrait de baptême, copié sur l'acte authentique. Il est écrit sur papier bleuté oblong, et les formules sont imprimées :
BAPTIZED
BAPTISMS FEBRUARY 1804
BOHN
Georgiana Emma d. of George et Ainy Marschall.
Jan"
I certify the above is a true Extrait frorn the Register Book of Baptisms in the Parish of Saint-George, Hanover Square. Dated this 12*'' day of October. Elie (?) RowNAL, 1882 Curate of
St G. H. sq.
IHH LES RNFANTS nil DUC DE RRRRY.
Quelque étrange que cela puisse paraître, quelque bizarre que soit l'apparition de ce nom de Marschall que nous voyons pour la premi^re fois, il est bien certain qu'Emma était réellement la fille d'Amy, et quAmy Marschall et Amy Brown n'étaient qu'une seule et même personne. L'extrait ci-joint fut produit lors de la liquidation de la succession de Georges-Granville Brown, dernier fils d'Amy, mort à Mantes, le .3 juillet 1882, et son authenticité ne peut être mise en doute. Ce n'est pas, du reste, la seule pièce concernant Emma Marschall qui m'ait été fournie par M. Grave; dans le même dossier iigure l'acte de notoriété ci-joint, daté du 23 avril 1891 :
« Par-devant moi Alan-Charles Camerford, notaire public à Londres, par autorité royale dûment admis et juré, et en présence des témoins ci-après nommés et soussignés,
« A comparu :
« Madame Emma-Georgiana Haigh, née à Londres, le neuf janvier mil huit cent quatre, baptisée à l'église Saint-Georges, Hanover Square, dans le comté de Middlesex (Angleterre), fille de Georges et Aimj Marschall , veuve de feu sieur Joseph Haigh, domiciliée à Peck, n° 38, Glayton Road, dans le comté de Surrey (Angleterre) ;
LES KNKANl'S DC DUC 1)K ItKKIlY. IH'J
<( Lciquellc lu'esL pai'l'aitcmcnt connue el m'a requis de lui donner acle de son existence cl de déclarer qu'elle a signé le présent en ma présence et en présence de Joseph Payne Garrett et Edwin Gourtney Walker, témoins requis tous deux, demeurant en celte ville, qui ont attesté l'identité et la demeure de la comparante, ce que je lui ai octroyé pour servir et valoir ce que de raison.
« Dont acte :
« Fait et délivré à Londres, le vingt-trois avril l'an mil huit cent quatre-vingt-onze.
« E.-ij. Haigh. »
Voici pour quelles raisons ces deux pièces avaient été produites à la succession de Georges Brown : Celui-ci faisait de son vivant à Emma Marschall, mariée à M. Haigh, une rente de 1 ,200 francs, dont le montant lui était payé chaque trimestre. A sa mort, en 1882, d'après sa volonté exprimée dans son testament, on lui constitua un titre de rente française de la même somme, dont elle avait l'usufruit et dont la nue propriété appartenait à M™"' de Lucinge et de Gharette. En lui léguant cette rente viagère, M. Brown n'expliquait malheureusement pas à quel titre il lui faisait cette libéralité, ce qui n'était pas nécessaire; mais, lors de son intervention dans la liquidation, elle
190 LKS ENFANTS HU DUC DE BEKIlV.
fut présenléc par M. Rcnô de Lucinge comme icewr utérine de Ci.-rii'anvillo lîiowii. C'est ainsi que s'expliquait la présence, dans le dossier de la succession de M. Brown, non seulement de son acte de naissance, mais encore de Tacle de notoriété qu'elle a dû produire à la mort de M""' Granville Brown, en 1891, pour continuer à toucher la rente viagère, en constatant qu'elle est bien Emma- Georgiana Marschall, fille de Georges et Amy Marschall. D'où venait ce nom de Marschall, porté par Amy Bro\yn, et quel est ce père portant le môme prénom de Georges, qui est celui du père de Georges-Granville Brown? C'est ce que M. Grave, qui pourtant sait bien des choses et qui connaît par le menu tout ce qui a trait à l'histoire locale de la ville de Mantes, n'a pu malheureusement me dire. Cet extrait de baptême semble celui d'un enfant légitime, et pourtant le père a dû tenir dans l'existence d'Amy une place bien minime, puisque c'est la seule trace qu'on en trouve?... A-t-il succédé à un premier mari du nom de Freemann et lui-même a-t-il précédé M. Georges Brown qui, par un singulier hasard, porte le nom de jeune fille d'Amy? Ces trois hommes, quels sont-ils? Tout ceci est si invraisemblable, qu'on se perd en conjectures. John Freemann est né en 1801 ou 1802; Robert, probablement en 1803;
LliS ENFANTS DU DUC DlC BEIIRY. 191
Emma-Gcorgiana Marschall, le 10 janvier 1801, et Georges-Granvillc Brown, le 20 février 1805! Le temps matériel manque pour tous ces mariages. Pourquoi ce mystère gardé sur la naissance de sa fille aînée par Amy, d'abord, qui jamais n'en parle et qui la cache, puis par M. Brown, son irére^ et par les Freemann? enfin, en dernier lieu, par les familles de Lucinge et de Charette? Son identité, pourtant, n'a pas été ignorée par ces derniers, puisque M. Grave me l'affirme, et sa parole et sa compétence ne peuvent être mises en doute. Il a été constaté que M. de Lucinge l'avait présentée officiellement à la succession Granville Brown, à Mantes, comme la sœur aînée du défunt. De plus, à la mort d'Amy Brown, à la Gontrie, en 1876, même, si un testament n'a pas été trouvé, il a bien fallu procéder à un partage, et M"'' Haigh a dû avoir sa part de la succession de sa mère. Quatre lots seulement ont dû être faits, puisque les deux Freemann étaient morts l'un et l'autre. La communication de ce testament et de cet acte de partage, si les notaires de la Gontrie avaient le droit de parler, apprendrait sans doute bien des choses. Quant à moi, j'ai fait faire des recherches minutieuses à Londres pour retrouver un mariage Brown-Marschall et un mariage Ilaigh-Marschall, mais les registres des paroisses
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de Saint-Georges et de Kensington n'en l'ont pas la moindre mention.
« Je vois que, comme moi, m'écrivait M. Grave, vous entrevoyez bien des ciioscs extraordinaires et mystérieuses en celle allaire; quand j'ai connu le pacifique et débonnaire Brown, j'étais loin de soupçonner tout ce que ce masque placide avait à dissimuler. Je commence à regretter de ne pas m'être plus complètement renseigné quand le lièvre du prétendu dernier Bourbo7i a été levé. Il y a là l'objet d'un travail sérieux à entreprendre, mais peut-être aussi de singuliers voiles à soulever.
« Au moment de la mort de son frère, M"'*' Haigh habitait Londres et demeurait à Road-Peekan; tout ce que j'ai pu savoir, c'est qu'elle changeait souvent de domicile et qu'elle voyageait beaucoup. C'était toujours à une nouvelle adresse qu'il fallait lui envoyer ses fonds. Son acte de notoriété de 1891 nous apprend qu'à cette époque elle était devenue veuve ; elle est morte il y a quatre années seulement, à la fin de 1900, à l'âge de quatrevingt-seize ans, emportant avec elle le secret de son existence, sur laquelle les familles de Lucinge et de Gharette seraient seules à même de nous renseigner. »