I.I'IS KNI'ANT.S DU DI'"' DK ItKKKV. 'l\o
onell'ol, riiistoiriMk's iiuixiljiu|>liiiis (!t de l(;uis doscendanls. Je crois que leur noml)ro s'éleva à quatorze, ce qui n'empèchc pas qu'on leur trouva successivement à tous des ressemblances frappantes et incontestables avec l'infortuné Louis XVII et avec ses parents.
De quelque roi de France qu'il fût la vivante image, ce pseudo-Bourbon paraît sur ses vieux jours avoir été un brave homme.
« Il avait l'îtir d'un bon bourgeois, disait M. Grave, sans ambition et sans chagrin. D'une intelligence et d'une culture moyennes, je crois, il occupait ses loisirs à des œuvres pies et à travailler manuellement, comme son grand-oncle. Chaque matin, on voyait passer, droit et ferme, ce descendant des Bourbons qui allait à la messe ou à une réunion du conseil de fabrique (dont il était le président), ou encore à la Société de Saint- Vincent-de-Paul, car il était pieux et charitable. En revenant, il s'arrêtait chez le libraire Durdant, s'asseyait dans la boutique, parcourait les journaux, lisant plus particulièrement Le Figaro. Ou bien il pénétrait dans l'arrière-boutique de Durdant, qui est aussi encadreur-relieur, et le regardait travailler.
« Parfois, il allait causer avec le secrétaire de la mairie, M. Langlois, un ardent légitimiste,
morl uujoiiril liui, ou eiicoro avec le pharmacien Lecureiir, morl (''gaiement, les deux seuls amis intimes qu'on lui où! jamais connus.
« Ensuite, il rentrait chez lui, où l'attendait sa femme. Tel fut, pendant plus de quarante ans, le genre d'existence de Tavant-dernier des Bourbons (1). »
M. Grave a conservé des petits objets en bois, tels qu'une bobine, un rond de serviette, tournés par Georges Brown, qui avait installé un véritable atelier dans un pavillon dépendant de sa modeste maison, avec un établi, un étau, un tour, une forge, des fers à relier. Il passait là les heures que lui laissaient l'Eglise et les pratiques charitables, et fabriquait ainsi des petits cadeaux pour ses amis.
On a prétendu que M. E. Grave croyait fermement au mariage du prince et d'Amy, et on lui en a bien gratuitement fait tirer des conséquences légales et politiques. Il n'en est rien. Voici, en effet, ce qu'il m'écrivait, le 8 octobre 1902 :
« De ce mariage, avec vous surtout, je commence bien plus à douter. Comme à vous, Monsieur le Vicomte, il me semblait que MM. de Gharette et de Lucinge auraient pu dire quelque chose.
(1) LelJournal, 23 aoùt 1902.
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Le l('iiij)s il passé, et Aniy Urown n'avait plus grand'chosc à perdre à une aflirmation précise, quelle qu'elle lut. Ces messieui's n'ont rien dit. C'est pour ne rien risquer de désagréable à l'adresse de leur grand'mère que je n'ai pas voulu avancer que, mariée à un M. Brovvn, elle avait pu quand même avoir un fils du duc de Berry, dont notre Georges Brown avait l'air de famille. Il me répugnait de mettre en cause une femme dont la vie, en fin de compte, a été très digne. »
Depuis, même, M. Grave a bien voulu se rendre à quelques-unes de mes raisons, il a fait maintes découvertes et est devenu moins affirmatif sur l'origine bourbonienne de Georges Brown. Celui-ci, malgré les apparences, n'était ni fier, ni hautain, et M""" Vavasseur, marchande de journaux à Mantes, qu'il paraît avoir beaucoup fréquentée, a eu souvent l'honneur de sa conversation. Un rédacteur du journal Le Temps lui avait posé de nombreuses questions :
« — Ne vous a-t-il jamais parlé de son frère, le comte de Chambord?
« — Jamais comme on parle d'un frère. Pourtant, il n'avait envers lui aucun sentiment de jalousie. Au contraire, il « l'estimait beaucoup ». Il en parlait comme d'un étranger qu'on respecte. Une seule fois, il émit sur son compte une cri-
■JIri LKS KNI'ANIS Dr DI'C UK HKItKV.
Ii(|in' Iticiivcillaiilc. (î rliiil en ItSiiS, ak)rs (|iie Imis les légitimistes préparaient leurs drapeaux : « Dé- « cidénient, dil-il^ le comte deChambord manque « de hardiesse ! » Ce jour-là seulement, je compris un peu les regrets de ce prince inconnu. Il semblait dire : « Moi, j'eusse été plus énergique. » Au reste, ce ne fut qu'une impression fugitive. Quand je voulus interroger M. Rrown, — ce qui n'était pas facile, je vous assure, — son visage avait repris son impassibilité digne.
« C'était un « homme très bien » ; il était bon. Lorsque mon mari mourut, en 1846, il m'assista dans cette épreuve. Je tombai malade et il tint mon commerce. Chaque jour, il quittait sa maison pour venir vendre des journaux, lui, un Bourbon!
(( — ... Georges Brown était-il riche?
cf — Non. A peine une douzaine de mille francs de rente, une pension.
« — Qui lui servait cette pension? on m'a parlé du comte de Chambord.
« — >'on pas. Cette pension lui venait de sa mère, « une femme bien comme il faut » qui, de son vivant, venait souvent le voir (1). »
L'existence de M. Brown n'avait pourtant pas toujours été aussi calme. Racontons-la brièvement,
(1) Le Temps, 23 août 1902.
LKS F<:NFANrS Dtl hlC I)K (UCKHY. 2 1 î)
car, s'il liillail la [jrciulrc eu délail, le i'(''(;il, de ses aventures demanderait au moins deux volumes.
En hSii, ([uaiid sa mère; viul eu France, uous l'avons vu, elle se sépara de lui et le conlia aux soins de la l'amilh^ IJonjour, qui liaMtait sur le lac L6man, à Oucliy, dans une belle maison de campagne dont le parc forme actuellement celui de l'hôtel lieaurivage (1 ).
A quelle époque revint-il à Paris? c'est ce que je ne saurais dire. Jusqu'à ces derniers temps, nous ne savions rien de sa jeunesse, et le seul renseignement précis avait été fourni par M. La Résie, qui avait bien voulu me communiquer une lettre du général commandant l'Ecole spéciale de Saint- Cyr, datée du 2 septembre 1902. Ce dernier lui envoyait les seules indications inscrites sur son compte sur les registres de l'Ecole :
« Brown (Georges- Granville), né à Londres (Angleterre), le 20 février 1805;
« Entré à l'Ecole de Saint-Cyr le 6 novembre 1823, parti en congé le 18 novembre 1824, et rayé le 23 août 1825;
« (Maréchal des logis aux chasseurs du Morbihan , 14% par décision ministérielle du 8 juillet 1825). »
(1) Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 20 février 1903,
i20 LKS ENFANTS UV DVr DE RRRUY.
Quelque succincls (jnc lusscnl ces renseigne menls, ils avaient cependant de l'importance, puisqu'ils nous donnaient à nouveau ofliciellement la tlale do la naissance et qu'ils détruisaient en même temps le récit que nous avait fait M. Grave d'un épisode sensationnel qui avait changé toute son existence. Je laisse la parole à l'archiviste de Mantes (i) : « Après avoir vécu ses jeunes années à Ouchy, au bord du lac Léman, Georges Brown était entré comme éh'^ve dans une école militaire en France. Lors du mariage de sa sœur, M"* d'issoudun, avec le comte Ferdinand de Lucinge-Faiicigny, en 1823, il était âgé de dixneuf ans et assista avec sa mère à la cérémonie religieuse, qui eut lieu dans la chapelle des Tuileries. Les premiers rangs dos chaises étaient occupés par les grands personnages de la Cour. Le Roi était présent. On avait relégué Brown et sa mère au fond de la nef. Le jeune homme, indigné de ce manque d'égards, prit sa more par la main et l'avança de plusieurs rangs; Louis XVIll vit la scène et ne dit rien. Le lendemain, un de ses officiers apportait au jeune Brown l'ordre de se rendre sur-le-champ auprès du roi de Naples. Il devint lieutenant aux grenadiers et ne rentra en France
(1) Le Temps, :.'3 août 190i\
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qu(^ sous Louis-lMiilippo. Ce lut sa seule frasque, elle décida de sa vie, et je ne crois pas du reste que Georges Hrown ait gardé un violent chagrin de sa disgrâce, car, malgré quelque goût artistique, il était d'une nature épaisse et bourgeoise. »
La liche conservée à Saint-Cyr est venue brutalement démentir cette curieuse anecdote, qui nous montrait Georges Brown sous un aspect de crânerie et de dignité qui n'était pas pour déplaire. Malheureusement, l'histoire était inventée de toutes pièces, et le placide et débonnaire Hrovvn, de caractère plutôt timide, n'avait jamais songé à se compromettre ou à payer de sa personne. M. Grave, du reste, a été le premier à déclarer qu'en nous faisant ce récit, il s'était contenté de répéter une légende locale, que chacun dans la ville de Mantes racontait couramment, et à reconnaître que la date même de son entrée à Saint-Cyr suffisait à prouver l'impossibilité de cette aventure. C'est en effet le 30 septembre 1823 qu'eut lieu le mariage de M"" d'Issoudun, et ce fut seulement le 6 novembre de cette même année que Georges Brown fut admis à Saint-Cyr.
On peut ajouter qu'aucune confusion n'a pu être faite avec le mariage de la seconde sœur, qui ne fut célébré que le 16 juin 1827, près de deux ans après qu'il avait quitté l'Ecole militaire.
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Kesto M. La l{(''sii', cjiii assmc que sa ladiaLion lut niolivrc par une allcrcalion violente avec le comt*^ (le Diirloi't, son capitaine. La chose n'est pas impossible, quoique je n'en ai pas trouvé trace, mais il est bien certain, en tout cas, que si elle a jamais existé, cette raison n'a pas été la seule, et que des motifs beaucoup plus graves ont nécessité son départ.