I.KS KNI^'ANTS DU DUC Dis ItICliKY
parliculièies (J'iiitrrcU ». Il est pn^ljuhlc que ce l'ut à titre étninfçer, comme on le lait encore aujourd'hui, que (leoi-j^cs lirown ou [)lulôt M. Granville^ puisque c'est sous ce nom qu'on le désigne, tut admis comme élève à l'Ecole de Saint-Cyr. Dans une lettre datée du palais de l'Elysée, du 5 novembre 1823, M. de Nantouillet adressait au maréchal de camp commandant l'Ecole, le comte A. de Durlort, une recommandation pressante pour son jeune protégé :
« Monsieur le Comte, permettez-moi de recommander à vos bontés le jeune M. Granville, que le Roi a daigné admettre comme pensionnaire à l'Ecole royale de Saint-Cyr. Ce jeune homme est bon sujet mais fort timide, il a besoin de travailler, et je ne doute pas qu'il ne mérite par son zèle les hautes protections dont il a été honoré.
« Jai l'honneur, etc.
« Le comte de Nantouillet.
« Palais de l'Elysée, le o novembre 1823. »
Georges Granville était entré à Saint-Cyr le 6 novembre 1823, et moins de deux mois après il obtenait du médecin Dejannis un certificat attestant (( qu'il était atteint d'une affection dartreuse qui, ayant résisté aux divers traitements déjà em-
^:2r> LES ENFANTS DU DlC DE HEHUY.
ploy(''S, pourrait (Mit c()ml)alluo avec succès par l'emploi à loxlriioui- dos eaux niinrrales hydrosiiHiiieuses de Itarègcs ». En conséquence, M. de Durrort adressait le certilicat médical au minisire, qui autorisait alors Georj^es Granville à aller l'aire une saison à Barèges.
11 est probable que, durant cette année 1824, Georges Granville usa fréquemment do la bonne volonté de ses protecteurs pour obtenir des congés et des faveurs, mais qu'il ne fit pas de grands efforts pour les justifier. Voici la lettre qu'écrivait sa mère^ M°"' IJrown, au général de Durfort, le 8 novembre 1824 :
a Monsieur le Comte,
« Je me proposais de vous présenter mes respects hier et de vous parler au sujet de mon fils, mais n'ayant pas eu l'honneur de vous rencontrer, j'ai pris la liberté de vous écrire.
« Je suis persuadée que mon fils ne réussira jamais à Saint-Cyr, qu'il serait absolument inutile de l'y laisser encore deux ou trois années, et qu'il n'y a plus d'espoir qu'il parvienne au grade d'officier par son travail. Mais comme il est décidé à entrer au service, je le vois réduit à s'engager comme simple soldat, extrémité bien triste et qui affligerait toute sa famille, parce qu'il serait ainsi
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exposé cl tous li's tlangors de lu niiiiivaisc ((jinjuij^nie. J'ose donc vous supplier, Monsieur le (loiriU;, de me dire s'il ne serait pas possible, en l'appuyanl de votre recommandation auprès du minisire, de le faire entrer comme sous-oflicier dans quelque régiment. Vous me rendriez par là, Monsieur le Comte, le service le plus important, et « toute ma iamille » vous en aurait la plus vive reconnaissance.
« Veuillez agréer, etc.
(( Signé : A. Brow>.
« Rue Neuve-des-Mathurins, n" 14.
« Le 8 novembre 1824. »
Dix jours plus tard, le 18 novembre, Georges Granville obtenait un congé ; il ne devait jamais rentrer à Saint-Cyr.
Direction générale du Personnel.
Ministère de la Guerre.
Rapport [ait au Ministre, le '26 novembre ^824.
u Analyse : On propose de placer dans Tarmée de ligne, en qualité de sous-officiers, cinq élèves de TEcole de Saint-Cyr.
-2-lH LES ENFANTS Ull DUC DE UEUKV.
« Sav(jir :
<( M. Handonde Sainl-Anian(i,néle24 juin 1803;
« M. de Rocliebonne, no le 17 se()tenil)i(' 1804;
u M, de Grassin, ne'' le 27 décembre 1 80.'} ;
(' M. 13io\vn Gran ville, né le 20 février 180^;
« M. Courtot de Cissey, né le 12 mai 1804;
« Ces cinq élèves n'ont pu passer, après deux ans d'école, dans la première division. Les familles demandent qu'ils soient placés dans l'armée de ligne en qualité de sous-officiers, et M. le comte «!o Durfort en fait la proposition. Il excepte cependant de cette demande formelle M. Brown Granville^ qui ne partage pas les vues de sa mère et qui tient beaucoup à ne pas servir.
« La famille de M. de Saint-Amand demande pour lui le 14'' régiment d'infanterie de ligne.
(c Celle de M. de Cissey, le 21^
« M. de Rochebonne demande à passer maréchal des logis au 13'' chasseurs (Meuse), oiî son père est capitaine.
« M. de Grassin désire que son fils passe avec le même grade au 4" régiment de chasseurs à cheval (Ariège).
<( Son Excellence est priée d'approuver que ces quatre élèves soient placés dans la ligne, conformément à la désignation donnée, et qu'ils soient rayés successivement des contrôles de l'Ecole ;
LKS KNKANTS \)V Dtic Dli lil-imY.
« De statuer que M, HrovvnGranvil le sera nom mA sous-officicr, si la mère de cet 6\h\c persiste à lui donner cette destination et si elle obtient son assentiment.
.< Le Maître des RcquiHes, chef de division inilitaire, chargé de la Direction de la Correspondance générale du Mouvement et des Ecoles militaires,
« Signature illisible. »
On voit, par ce rapport, que M"* Brown ne se trompait guère en écrivant au général qu'elle était persuadée que son fils ne réussirait jamais à Saint- Gyr; prévoyant que sa paresse et son insuffisance allaient l'en faire exclure, elle avait, en mère avisée et habile, pris les devants pour l'en retirer. Mais, décidée à faire suivre quand même à son fils, malgré son manque d'aptitudes, la carrière qu'elle lui avait choisie, elle se gardait de parler de la répugnance qu'il témoignait pour le métier militaire et annonçait, au contraire, qu'il était résolu à rester soldat.
Nous verrons plus tard qu'Amy Brown avait agi vis-à-vis de lui de la même façon en toute circonstance et qu'elle savait généralement, coûte que coûte, faire accomplir aux autres ce qu'elle avait décidé.
Dans le cas présent, la pression exercée sur le
-•?<> LF.S ENFANTS DU DUC DK UEUllV.
jt'uiic li()iniiit> ('(ail si criuiilo, et colui-ci dissiniulail si pou sa mani^rc do voir, que le uiiuislre de la Guerre lui-même dut déclarer à M"" JJrovvn qu'elle ne pouvait ainsi abuser vis-à-vis de son fils de son autorité maternelle.
Lettre écrite par le Ministre au Commandant de l'Ecole de Saint-Ci/r, le 7 décembre iS24.
« Monsieur le Comte, je viens d'appliquer aux élèves Randon de Saint-Amand, de Rochebonne, <le Grassin, Courtot de Cissey les dispositions approuvées par Sa Majesté, le 30 novembre dernier: ils seront placés dans l'armée de ligne en qualité de sous-officiers, comme vous l'avez disposé.
« J'ai décidé aussi que le jeune Brown Granville recevrait la même distinction, si la mère de cet élève persistait à la lui donner et si elle obtenait son assentiment. Je désire cependant que vous exposiez de nouveau à cette dame quelle doit renoncer au projet de faire servir son fils malgré lui, et qu'il ne peut, d'un autre côté, rester plus longtemps à l'Ecole, d'après la répugnance qu'il témoigne et de son peu de dispositions. »
Cependant, ni les représentations du ministre, ni le refus obstiné de son fils ne décourageaient
LKS ENFANTS DU DUC Dli lt^,UU^ . ^^'^^
M IJrowii, «lui. une fois le poste ..blenu, se char-
..•euil bien de le décider à l'accepter et de Toblif^^'r
à partir.
Le l"'- lévrier, elle s'adressait de nouveau au
ministre :
« A Son Excellence le Ministre de la Guerre.
« Monseigneur, u Jai l'honneur d'exposer à Voire Excellence que M. le maréchal de camp comte de Durfort, commandant l'Ecole royale et militaire de Saint- Cyr , dans un rapport récemment fait à Votre Excellence, a proposé mon fils Brown (Georges-Granville), élève de ladite Ecole, pour un emploi de sousofficier dans un des régiments de l'armée. Autorisée par ledit rapport et les notes favorables ci-jointes, je viens supplier Votre Excellence de vouloir bien assigner cà mon fils un des corps de cavalerie légère, afin qu'il s'y rende pour y commencer son service. Le goût qu'a mon fils pour l'arme de la <îavalerie et des principes déjà fortifiés dans l'équitation le portent à désirer de commencer sa carrière militaire dans un régiment de chasseurs, hussards ou lanciers. Je supplie donc Votre Excellence de vouloir bien favoriser les premiers élans d'un jeune homme qui, j'ose le dire, mérite à tous égards, par ses qualités et son clévoimient au
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Trône, de ligurer dans les rangs de Sa Majesté, .l'espère. Monseigneur, de la bienveillance de Votre Excellence, ne pas tarder à voir accomplir les souhaits que forme mon lils, et qu'ainsi que ses jeunes condisciples proposés avec lui pour des emplois dans l'armée, il recevra de Votre Excellence la prochaine destination qu'il sollicite dans un des corps précités. — Dans cette attente, je vous prie d'agréer, Monseigneur, les expressions anticipées de ma reconnaissance et des sentiments de haute considération avec lesquels j'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence,
« La très humble servante.
« A. Brown,
« Rue Neuve-des-Mathurins, n° 14.
« 1" février 1823. »
Enfin, au mois de juin 1825, elle obtenait le consentement de Georges-Granville, qui, après s'être fait longtemps prier, se résignait à adresser sa demande au ministre de la Guerre :
« A Soîi Excellence le Ministre de la Guerre.
« Monseigneur, le soussigné, élève à l'Ecole royale spéciale militaire de Saint-Gyr depuis le mois de novembre 1823, supplie humblement Votre Excellence de daigner lui accorder une
LIÎS ENFANTS DU DUC DE HKHRY, 'iXi
|.liut> (le marécluil des logis dans le 14'^ n'iginieiiL de chasseurs achevai, colonel M. de Verdière.
« Il est, avec le plus profond respect, de Voire Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.
« Georges-Gran ville Brown.
« Paris, rue Ncuvc-dcs-Mathurins, n" 14.
« Ce 21 juin 1825.
« Pour autorisation de la demande présentée par mon fils à Son Excellence le Ministre de la Guerre :
« A. Brown. »
Quelques jours plus tard, sa nomination était signée.
Minute du rapport fait au Ministre.
« 8 juillet 1825.
« On propose de placer dans le 14" régiment de chasseurs à cheval M. Brown Granville, élève de l'Ecole spéciale militaire.
(( Une décision de Son Excellence du 26 novembre dernier porte que M. Brown Granville, né le 20 février 1805, élève de l'Ecole spéciale militaire, sera nommé sous-officier, si sa mère persiste à lui donner cette destination, et si elle obtient son assentiment; ces deux conditions sont remplies, comme le constate la lettre transmise le 24 juin dernier par le commandant de l'Ecole. M. Brown
:2IVi LES KNKANTS DU DUC DE MERRY.
Granville di^sire passer connue marcclial des logis dans le ri'^imenl des chasseurs à cheval du Morbihan, dont le colonel est disposé à Fagrùer, et il juslilie du consenlemenl de sa mère; rien ne sopposanl maintenant à ce que la décision précitée lui soit appliquée, on a l'honneur de proposer à Son Excellence de donner suite à sa demande.
« Approuvé par Son Excellence, le 8 juillet.
« Rapport transmis au bureau de cavalerie, le 14 du même mois. »
Au mois d'août 1825, Georges-Granville Brown arriva au corps pour prendre son service, mais sa mère ne devait pas se féliciter longtemps d'avoir triomphé de ses répugnances ; cinq mois plus tard, le jeune homme, qui, décidément, ne pouvait se faire à la vie militaire, réussissait à se faire rayer des contrôles et à reprendre sa liberté d'une façon définitive.
Contrôles du 14'' rég iment de chasseurs du Morbihan^ n° 1400 matricule, 5" escadro?i.
« Brown Gran ville, Georges.
(( Dernier domicile : Paris (Seine).
« Profession d'élève militaire.
« Fils de feu Georges et de Brown , Emma, domiciliée à Versailles, département de Seine-et-Oise. « Né le 20 février 180o, à Londres, Angleterre.
LKS lîNKAN'rS DU DUC DI'l MKUUY. !2.'J;">
« Ta i lie dt' 1 m. 720 iiini., visa^o ovale, l'ion I liant, nez long, yeux bruns, hoiicho moyenne, nienlon à l'ossetlo, clu^vcux el sourcils noirs (sans marques particulières).
« Arrivé au corps le 28 août l(S2.j comme enrôlé volontaire, à Paris, le 13 dudit (Décision ministérielle du 11 août 1825). Maréchal des logis.
« Rayé des contrôles du corps le 30 janvier 1820, n'étant pas naturalisé Français, par décision ministérielle du 20 janvier, transmise par M. le Lieutenant-Général commandant la 12" division militaire, en date du 28 janvier. »
Que s'était-il passé, et quelle était la raison puissante qui avait fait obtenir à Granville Brown sa radiation des cadres? C'est ce que nous ne saurions dire avec certitude, et si, comme nous le verrons plus loin, nous soupçonnons facilement la cause de ce départ si brusque, nous ignorons dans quelles circonstances il s'est accompli; mais ce qu'on peut affirmer sans hésitation, c'est que le motif invoqué ne peut être le véritable. Il est déjà invraisemblable qu'un élève admis à titre étrange)' à l'Ecole de Saint-Gyr soit ensuite nommé sous-oflicier dans un régiment sans avoir été naturalisé. Il est plus invraisemblable encore que ce soit cette découverte par trop tardive qui le fasse
il'M] LES KNKANTS DU DUC DK lU'.KKY.
rayer ilos cadros cl lui lasse (Miicvcr un ^radr que le minislro de la (luorrc liu-monic lui avail accordé.
Si j'ai cite dans leur entier toutes ces lettres et toutes ces demandes, c'est qu'elles m'ont paru éclairer d'un jour tout nouveau le caractère et la personnalité de Georges Brown et de sa mc'rc ; elles nous montrent la volonté impérieuse et persévérante de» l'une et la faiblesse passive et résignée de l'autre, se courbant toujours et partout sous l'autorité maternelle après un semblant de résistance! De plus, les termes de chacun de ces documents sont intéressants à un autre point de vue. Il est difficile de supposer^ en effet, que la veuve du duc de Berry se dise « la très humble servante » du général auquel elle s'adresse, et qu'elle vienne supplier avec autant de déférence de lui accorder pour son fils le poste modeste qu'elle sollicite. Cette volonté intraitable vis-à-vis de son fils s'adoucit et s'humanise en face du ministre, sa modestie devient si grande que sa personnalité s'efface et que c'est sa famille seule qu'elle met en avant, lorsqu'elle parle du chagrin qu'un refus pourrait faire naître et de la vive reconnaissance qu'une acceptation fera éclater.
Quant à Gran ville Brown^ malgré la protection dont l'entoure M. de Nantouillet, et malgré les
i,i':s l'iNi-ANTs in' i»i:( m-; ni:ui(v. lî'M
l'acililés (jii'oii lui accorde, peut-on suppostîr qu'on laisserait v6gétor dans un régiment, en qualité de; sous-officier, le fils du duc de Berry ? Et est-il vraisemblable surtout que sa mère, en parlant de hii, vanterait « son dévouement au trône, qui le rend digne de figurer dans les rangs de Sa Majesté ))? C'est dans le dossier de Randon de Saint- Amand que j'ai trouvé quelques-uns de ces curieux renseignements sur ces cinq fruits secs, au nombre desquels était Georges Brown. Je n'ai pas recherché quelle fut la destinée de chacun de ses compagnons d'infortune; mais j'en ai lu assez pour constater que Handon de Sainl-Amand, lui aussi, n'avait pas la moindre aptitude pour le métier militaire. Malgré la haute influence du comte de Coutard, du baron de Perregaux et du vicomte du Bouchage, il finit tristement, après avoir eu de fâcheuses histoires de femme, justifiant la répugnance invincible que lui avait toujours inspirée sa profession.