LENFANT MAL ÉLEVÉ : A QUINZE ANS
Quinze ans ! âge ingrat entre tous !
Disgracieux jusqu'à la laideur, gauche jusqu'à la sottise, orgueilleux jusqu'au ridicule : tel est le lycéen de quinze ans.
11 a la maladresse des premiers ans, et les témérités de l'homme fait...
Une présomptueuse niaiserie a remplacé la candeur; et, de sa force future, il n'a encore que les audaces sans la puissance.
Type de transition, enfant déformé et homme informe, mélange malheureux de deux âges, l'un effacé l'autre mal défini, il rappelle assez hien ces jeunes oiseaux qui ont grand bec, grosses pattes, membres disproportionnés, démarche bête et voix discordante...
Cela ne l'empêche pas d'être vaniteux!
C'est même sa note dominante.
A vingt ans, il sera plus modeste, parce qu'il aura subi des épreuves qui auront été peut-être des échecs, et qu'en tout cas, il se sera mesuré avec des concur-
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rents inquiétants. Il y a là de quoi le dégriser un peu. Mais à quinze ans, il n'en sait pas encore assez, pour deviner retendue de son ignorance 1
I. — L'une de ses grandes satisfactions, est « d'épa^ ter» ses parents par sa science.
En causant, et sans en avoir l'air, il « pousse quelque bonne colle, » qui doit les laisser émerveillés et rêveurs.
Dans chaque lycée, chaque institution en effet, il y a de ces traditions : un certain nombre de rébus et de quiproquos savants, de curiosités quintessenciées, de problèmes bizarres qui trament dans les classes,, et que les élèves recueillent avec soin.
Naturellement, le père et la mère restent interdits; et notre jeune homme jouit de leur stupéfaction.
Jugez de son triomphe ! c'est lui qui leur pose des questions. Et comme il rit, plaisante ou raille, quand ils se prêtent à ce petit examen mortiûantl
Si l'enfant est plus rusé, il se contentera d'interroger sérieusement ses parents, sous prétexte de s'éclairer lui-même, mais avec la secrète pensée de leur faire comprendre qu'ils sont arriérés, et que la science de leur temps est singulièrement défraîchie.
C'est que le jeune homme a bien une demi-douzaine do finasseries à sa disposition! et avec ce bagage, il se trouve largement muni.
La mère, pendant les quelques heures qu'elle l'aura ; près d'elle, n'entendra que des choses extraordinaires de la bouche de ce petit Monsieur :
« Lundi, j'ai pioché pendant toute lamatinèe un € sale cosinus et un stupide logarithme ; mais j'ai « réussi mon équation. » Et, feignant de se remémorer une loi algébrique, ildira, avec une conviction recueillie et une volubilité mécanique : « le coefo- « cient du second terme, est la somme des seconds « termes des facteurs binômes, ou la somme des € racines en sig?zes contraires. »
Puis, continuant son jeu : t Ah ! tu connais bien t le petit *** ? Croirais-tu que, Vautre jour, à la t cosmographie, il a confondu la parallaxe avec t l'écliptique. C'était « tordant » / En rentrant, t nous composerons en sciences ; veux-tu parier t que nous aurons pour sujet : la classification des t monocotylédones et la description du pancréas ? t Si on rn interroge là-dessus à mon « bacho »,je t suis sûr de n'êtrepas* retoqué». Je sais ça depuis t un siècle..- D'ailleurs, c'est simple comme bont jour! Avec dix lignes sur le canal cholédoque, le t duodénum et Vépithélium pavimenteux, le père € X... (le professeur) sera enchanté! ravi!
Beaucoup de mères, pénétrées d'admiration, ou, pour être plus vrai, flattées dans leur orgueil, ne Smanqueront point d'encenser le petit vaniteux.
Vienne une visite, ia maman s'écriera : « Vraii ment ! on demande maintenant aux collégiens t des choses inouïes! C'est du chinois pour moi! f je n'y comprends pas un traître mot ! mais cela • plaît à V enfant.,. Il est certain qu'il est doué...
Sb LES ENFANTS MAL ELEVES
€ Ah ! s'il n'y avait pas de « chouchouoc » dans les « classes ! Mais lui. n'est pas de ces élèves qui « adulent leurs maîtres; au contraire...! Il n'aime « pas les injustices ; et je le confesse, il dirait « plutôt une insolence dans un moment de vivar « cité... Un instant après, il n'y pense plus. »
Traduction libre : c'est un a cancre », et un impertinent.
A Tégard de son père, la note change.
Avec quelques particularités scientifiques nouvelles, avec certaines découvertes ou inventions effectivement récentes, il le déconcertera un peu.
Le père pourrait alors se contenter de faire observer à ce jeune sot, qu'il en sera ainsi tant que les parents naîtront avant leurs enfants...
Oui, ce fils connaîtra. . . de nom, le germanium, ïactinium et le jargonium, le graphophone et la diméthyloxyquinizine, effectivement ignorés il y a quelques années; il parlera en connaisseur de Vhétéroplastie; de Yutriculaire, curieuse plante Carnivore découverte d'hier... ; mais il ne saurait peut-être pas écrire une page avec l'orthographe la plus usuelle. Imposez donc l'épreuve à ce petit glorieux: le conseil est pratique.
Cela n'empêchera pas le papa, qui est heureux de tant de précocité, de dire devant son fils, en frappant sur l'épaule d'un vieil ami : « Décidément, morl cher, nous ne sommes pas de notre siècle! à notrtl âge. on n'est plus à la hauteur... Il faut V avouer, r je nous trouve bien ignorants. »
Et baissant à peine la voix : « Entre nous, à c coté de tous ces gaillards-là, nous paraissons c de vieilles perruques. »
Dira-t-on qu'il n'y a là qu'une simple plaisanterie?
Nous aimons aie croire.
Mais l'enfant en est-il moins encouragé dans sa ridicule fatuité ?
Allons, excellents parents 1 faites-vous petits, humbles et modestes devant vos fils; soyez les premiers à leur inspirer le mépris dont ils vous abreuveront bientôt... ! Eh quoi 1 à supposer vraie la supériorité intellectuelle de l'enfant, est-ce que le bon sens, le jugement, l'âge, l'expérience ne comptent pour rien dans la vie ?
Parlant de l'histoire des idées et des croyances à tous les âges, un philosophe contemporain rappelle combien ils ont fait rire, ces naïfs et crédules bonnes gens, qui, autrefois, croyaient aux sorciers et à la magie! Cependant de nos jours, poursuit-il, d'éminents princes de la science ne professent-ils point cette doctrine qu'on peut, par suggestion, disposer de la volonté d'un tiers même pour le mal, et s'emparer de sa pensée en quelque sorte? Serions-nous revenus par hasard à un nouveau genre de sortilèges et de maléfices ?.... Car enfin , dit-il , si tels illustres «avants ont actuellement raison, les gens « arriérés »,
qui jadis redoutaient « les sorts et les influences », peu importe le nom, n'étaient donc pas si extravagants qu'on se l'imaginait.
L'idée est excessive, mais le rapprochement est au moins curieux à signaler.
Au fond, qu'y a-t-il d'exact dans les doctrines modernes ? Nous n'avons point à le discuter ici.
Disons seulement à nos fils, que, si notre siècle a le droit de se montrer fier de ses belles découvertes, il ne doit être, pour cela, ni arrogant ni méprisant.
Le présent n'est-il pas fait de l'expérience du passé?
Que la science sache donc être modeste, même dans ses justes triomphes, car, après tout, le Progrès consiste fréquemment à signaler les erreurs d'hier: peut-être demain réfutera-t-il celles d'aujourd'hui; et ainsi de suite... 1 le tout, avec une égale bonne foi, une égale énergie d'affirmations successives.
Aura-t-on mêmejamais la raison dernière des choses ...? Il est permis d'en douter : Tradidit Mundum dispidationi.
Un père avisé aurait beau jeu à tempérer les violentes audaces de cet orgueil scientifique, qui enivre d'une suffisance grotesque la jeunesse de nos écoles. Comme il pourrait réduire à de justes proportions quantité de conclusions imprudentes, excessives, ou franchement inexactes !
Que de gens, par exemple, pour faire le procès aux idées spiritualistes, se réclament deDarwin, qui
rependant fait dans sa correspondance cette déclaration : a Je ne suis point athée. »
IJ. — Oh! bien restreint est le nombre des faits ' acquiset des notions certaines, comparé à la multiplicité incalculable des systèmes qui font grand tapage un jour, pour rentrer ensuite au néant!
Demandez-le aux VRAIS savants !
Demandez-leur, si, plus amèrement que personne, ils ne déplorent point l'envahissement insolent et hâbleur d'une sorte de « romantisme scientifique.» se substituant aux réalités expérimentales pures.
Sous prétexte de vulgariser la science, on la rend simplement vulgaire; c'est-à-dire que, par une préoccupation mercantile, on l'accommode au goût du public, en descendant à lui, au lieu de l'élever à soi. Les hautes conceptions, les fortes études, la médiation et le recueillement n'étant le partage que d'un groupe d'esprits d'élue, on en arrive, pour être écouté ou lu, à s'attacher aux potites curiosités de la science, aux exceptions et aux bizarreries susceptibles à'amuser le plus grand nombre, et de complaire à l'intelligence moyenne des masses...
Dans ces livres, la vérité est traitée comme l'histoire l'est elle-même dans les drames populaires : tout est sacrifié au besoin d'être intéressant, toujours et quand même 1 A tout prix, on entend rendre la
science facile : comme si ces deux mots ne s^ réfutaient pas l'un par l'autre ! Mais le temps presse, la vie est courte..., et coûteuse :il faut donc « faire vite et pas cher ».
Ah! trop naïfs acheteurs, vous en avez pour votre argent. L'œuvre est bien cotée ce qu'elle vaut!
Puis, même dans un monde choisi, que d'hypothèses, acceptées docilement pour thèses!
Que de suppositions, (ingénieuses rien de plus), prenant corps, grâce uniquemeut au nom sonore dont on les a baptisées, même avant leur naissance !
Que Ton crée un mot nouveau pour désigner une chose nouvelle : à merveille !
Mais qualifier une découverte qui n'est point encore faite ; décrire une entité franchement chimérique, comme s'il s'agissait d'une trouvaille indiscutable et constatée ; surtout, en tirer sans preuve les plus graves conclusions... : c'est en imposer !
Néanmoins, déjeunes édudiants, sur la foi d'idéologues fantaisistes pères d'une douzaine d'appellations étonnantes, vous parleront avec outrecuidance, de plastidule, de proloplasma, d'anthropopilhèque, absolument comme si, à l'heure présente, il y avait là autre chose que de fort jolis mots grecs, enveloppant de simples imaginations (1).
(i) Il est coavynu, parait -il, que si l'homme singe, (qu'on cherche toujours en vaiù), an lien de ressembler plus à l'homme qu'au singe, était plus voisin comme type, du singe que de l'homme, on appellerait ce précurseur biwiun pitécunthope, et non plus a/Uhi'opopitfteque,.,*
Le moyen de ne pas s'incliner devant pareil vocabulaire, pour peu qu'on n'ait pas le loisir d'aller consulter furtivement son a Alexandre »!
L'idée est peut-être vieille comme le monde; cependant le terme inintelligible qui la rajeunit, a le précieux avantage d'entraver les réfutations utiles, et de mettre le sens commun en déroute.
Oui ! c'est précisément parce que nous admirons et aimons d'enthousiasme la vraie science, que nous redoutons de la voir conclure avec témérité et « avant l'heure », au risque de perdre son prestige et son autorité légitimes, en cessant d'être positive, au bon sens du mot.
Est-ce que nous exagérons 7
Qu'un jeune étudiant entende soutenir, je suppose, que les êtres organisés, y compris l'homme, proviennent de la matière brut#; il discutera sans doute, ou du moins pourra le faire.
Mais qu'il voie dans un ouvrage ou une revue, que, grâce au célèbre professeur d'Iéna, on explique exactement ce phénomène « par l'aulogonie initiale t du Monisme : qu'en effet, la première manifestaf tion de Yarchigonie fut Y 'archiplasson, ou proto- « gène autogone irréductible, unité vitale suivie du
on le découvrait jamais, (àvôpw^c;, homme; irtfaxoç, singe.) Mai» j'y songe ! Si l'on trouvait le produit fantastique de la carpe et du lupin, un s'enrichirait de la famille- des cyprinocuniles ou conilocuprines, vocahle qui ne déparerait point la nomenclature. w*irp'voç, carpe; xovutàoc, ou xoviXoj, lapin.)
bioplasson, d'où est sortie toute substance organisée....; » il restera fatalement ahuri et muet.
Supposez-le helléniste, comme MM. Havet ou Eg« ger,il lui faudra un quart d'heure pour traduire cette demi-page degrec, qui n'a du français que l'apparence.
Et s'il ignore la langue de Périclès, (ce qui peut fort bien arriver,), il croira que la Cause Première est sérieusement contestée par une découverte à sensation.
Ne comprend-il pas tout à fait?
Qu'il lise alors l'explication suivante pour se bien éclairer : « Ainsi donc, poursuit l'auteur, à la « monôre, parcelle de protoplasma sans noyau, (3tade « monerula), succède io. cellule amibe, parcelle de c protoplasma avec noyau (stade cytula), laquelle « forme des communautés de cellules ou synamibes, c (stade morula), qui nous amènent insensiblement « à l'homme même. »
Ce n'est pas plus difficile crue cela
Et comme c'est simple!!!
Un système tel que l'hétérogénie est-il mis à néant par les Pasteur et les ïyndall?
On change l'étiquette, et on l'appelle : autogonie de la monère; ce qui rend fort acceptable et tout moderne ce vieux « cliché » .
Que de fois, achetant un volume qui «vient de paraître >, n'y trouve-t-on pas, copiées servilement, les imaginations de Leucipye ou de Démocrite, d'Épi cure ou de Lucrèce offertes comme primeurs •
Do grâce! commencez donc par vous assurer de la chose : vous la nommerez et décrirez ensuite I Ce sera moins piquant, mais plus logique.
Non! il faut en prendre son parti : YEozoondu Canada, (plaisamment qualifié: canardense), le Bathybius,\& Monère ne figurent encore dans les auteurs que comme groupement de lettres; et on ne les rencontrera pas plus dans les collections, que les Naïades^ les Cyclopes et les Zéphirs; pas plus que le voile de l'Anonyme, le miroir de la Vérité ou la chaîne des Temps ; pas plus que le char de la Nuit, la roue de la Fortune ou les doigts de l'Aurore...
Que l'homme s'y résigne...! Il n'a pas le pouvoir divin de créer des êtres, rien qu'en les nommant.
Et voilà les savants qui, a priori:', repoussent comme anti-scientifique toute croyance métaphysique quelconque, au 'moment même où ils font de la philosophie... malgré eux !
Point de doute ! Si l'on y regardait de près, on verrait bien vite que c'est la surprenante crédulité de la demi-science qui engendre son incrédulité néfaste.
Expliquons donc clairement à nos fils et à nos neveux, qu'il faut éliminer ^e roman, éprouver les théories au creuset de la vérité , s'enquérir du substraium, et, comme dit Montaigne, ne point prendre le mot pour l'objet.
Newton parlant de ses découvertes, (dans lesquelles nous avons peut-être raison de voir des lois), se contente de les qualifier d' hypothèses fécondes^
donnant en cela une admirable leçon de probité et de réserve scientifiques.
III. — Quand l'enfant mal élevé, à l'âge que nous étudions, n'est pas très impertinent avec sa mère, (ce qui est bien fréquent), il se montre d'un sans façon, d'un sans gène des plus déplacés.
Renonçant à tout ascendant, à tout prestige, elle se laisse traiter en condisciple, permet des appellations familières, petites moqueries dans lesquelles elle voit, à travers le prisme maternel, d'ineffables gentillesses ; et, fîère que son fils daigne s'occuper d'elle, fût-ce pour la plaisanter quelque peu, elle répétera à tout venant : « Cet enfant m'adore. »
Il vous adore, peut-être; mais vousrespecte-t-il...?
Comme guide, la mère n'existe plus : elle a abdiqué. L'autorité a fait place à une camaraderie de mauvais goût.
IV — Etudiez maintenant le jeune homme en dehors du toit paternel.
Quelle importance comique il se donne 1
Avec quel air de mousquetaire pourfendeur, de matamore insolent, il défie du regard le manouvrier qui l'a heurté au passage, ou le cocher dont la voiture l'a frôlé d'un peu près !
Avec quel air connaisseur et capable il « détaille » les œuvres artistiques devant lesquelles il s'arrête ! Comme il toise les passant* et les examine d'une façon pédante...!
Il commence à s'habituer au cigare.
Oh ! le temps du maldecœur est oublié ! et le jour est déjà loin où il essayait, dans un retiro quelconque, sa première cigarette.
Sans doute, le jeune fumeur ressent bien encore un léger trouble, « Mais il faut être homme î On s'y fera... »
Avec queî intérêt, quelle complaisance, il suit des yeux les spirales blanches de l'acre fumée que, savamment, il chasse du coin des lèvres en jets intermittents! Avec quelle extase il l'expire de ses narines bridées par un rictus d'idiot!
Alors il se sent quelqu'un, et se croit appelé aux plus grandes choses.
Un jour de sortie, il entre dans un café...
D'un coup sec de son stick sur la table qui résonne, il appelle le garçon, ou bat en cadence la mesure, sur le bord de la soucoupe du précédent consommateur.
Puis, d'une voix résolue et enflée, avec une gaillardise surfaite, qui dénonce une timidité encore mal vaincue, il demande un bock d'un ton impatient, presque malhonnête.
C'est qu'il a la bonne fortune, en pareil cas, de parler insolemment, sans redouter une réprimande ou sans encourir un pensum. Il sait que les patrons recommandent d'être patients avec les clients...
Pourquoi donc serait-il poli?
D'ailleurs, il donnera dix centimes de pourboire ï il sait vivre !
Et à supposer que le « servant » se moiître peu accommodant, le petit sot fera du « potin » pour se poser, et pour... poser. Car il ne se laisserait pas manquer, lui! il dirait bien son fait à n'importe quil il vaut son homme... !
Et le plus misérable incident prendra les proportions démesurées d'une véritable aventure, qu'il nar rera à chacun comme une héroïque épopée.
V. — On devine sans peine, que ses parents lui laissent une grande latitude dans le choix des lectures.
Ils sont assez d'avis, qu'il est opportun de tout savoir, pour apprendre ce qui est bien, et ce qu'il faut éviter.
Comme si le jugement, àcet âge, pouvait être sage, indépendant, éclairé î Comme si le mal n'avait pas plus d'attraits que les austérités de la vertu î
Quelle aberration!
Mais, assure-t-on, il est avantageux de tout éprouver par soi-même, afin de conquérir l'expérience nécessaire.
Autant vaudrait soutenir qu'il faut avoir eu toutes les maladies pour les bien traiter.
M. Pasteur n'a pas été mordu, que je sache..,
On permettra donc au jeune homme les lectures es plus scabreuses.
Toutefois, il a chance de ne jamais connaître certains romans d'un réalisme violent ou cynique, si les parents n'y aident à leur manière.
Une belle pièce d'or, régulièrement remise par la famille, en vue des menus plaisirs, va le mettre à même de se procurer ces volumes corrupteurs, que les charmes du style et la richesse du coloris rendent doublement attachants.
Grâce à cet argent de poche dépensé sans contrôle, il aura mille moyens divers de satisfaire sa curiosité, toujours stimulée et jamais rassasiée.
Aux féeries a succédé, on le pressent, l'audition des drames les plus passionnés, et des comédies en rupture de morale.
Lx3s parents veulent bien avouer que la thèse est... osée ; mais comme c'est « divinement joué », cela couvre l'immoralité de l'œuvre.
L'excuse est faible...
Enfîn> il cherchera fréquemment à s'échapper pour rejoindre ses amis, futurs complices de ses escapades de jeune homme.
Et si la mère conservant un reste de vigilance, lui demande «des noms», il répondra d'un ton mécontent : « Tu ne les connais pas : qu'est-ce que cela peut te faire? •
4ê LES ENFANTS MAL ELEVES
Et ce sera tout.
On a perdu barre.
Dès lors, il n'y a plus vraiment ni père "ni mère au foyer, mais en quelque sorte un maître d'hôtel, et une linqèrm*