LE RÉGIME SPARTIATE
Ce régime, on le sait, consiste à élever l'enfant en le privant de tout bien-être.
Vivre avec frugalité, supporter la douleur stoïquement, coucher sur la dure, se rompre aux exercices violents... telle est l'éducation dont Lacédémone a donné l'exemple, et qui n'est point spéciale au pays, ! cela s'entend.
En réalité, les natures faibles et les constitutions délicates étaient sacrifiées à l'intérêt de la race.
Mais l'éducation Spartiate se distinguait surtout
I par la mise en pratique de cette doctrine, à savoir :
j que l'enfant appartient à la République, avant d'ap-
' partenir aux parents ; et qu'il importe de voir en lui
le futur citoyen, et non le fils.
Cette éducation essentiellement utilitaire, était indépendante de toute moralité.
N'autorisait-on pas le vol, pourvu qu'on sût dissimuler le larcin?
Qui n'a lu l'histoire de ce jeune Lacédémonienqui s'étant approprié un renard et l'ayant caché sous son manteau, aima mieux se laisser déchirer la poitrine que d'être pris en faute ?
C'est bien une pareille morale que de nos jours on pourrait, selon l'amusante traduction de M. Alph. Karr résumer en ces quatre lettres : S.G.D.G., (se... garder... des... gendarmes)
Une fois par an, les jeunes Spartiates étaient autorisés à immoler des Ilotes, pour s'habituer au spectacle du sang.
On les fustigeait en public, pour leur apprendre à subir la douleur passivement.
Leur unique nourriture était le brouet noir, composé de farine, d'herbes et d'un peu de sang.
On raconte que la célèbre madame Dacier poussa l'amour grec , jusqu'à vouloir offrir à ses invités le vrai brouet, d'après la formule antique.
On composa une table de savants hellénistes, et Ton servit le plus archaïque des entremets.
Par respect humain, chacun se résigna à absorber1 cette affreux mélange; mais plusieurs en furent malades I
La vie Spartiate n'est plus de notre temps...
Il y a une raison majeure à cela. D'une part, lea familles protesteraient unanimement, si l'État voulait s'imposer dans cet ordre d'idées; et d'autre part, le bien-être et le confort ayant pénétré dans tous les rangs, il faudrait commencer par obtenir des parents qu'ils se contentassent, pour eux-mêmes, d'une frugalité aujourd'hui bannie de nos mœurs.
Or, l'entreprise n'est ni prochaine, ni même vraisemblable.
Toutefois, il est avantageux de soumettre ses filg, quand leur santé le permet, à une certaine dureté de régime.
Rien ne trempe mieux l'âme, et ne virilise autant la volonté.
Des maîtres expérimentés recommandent spécialement la « gaillardise » dans l'éducation.
Elle consiste en ceci : inspirer l'énergie contre la douleur, la privation volontaire d'une friandise, le pardon généreux des injures, l'acceptation résolue d'une punition méritée, la sincérité dcns l'aveu d'une faute...
Par ce moyen se forment les caractères ouverts, gais et aimables, les meilleurs de tous.