‹ Les enfants mal élevésChapitre 111 sur 125 · IV. — LE FOYER RESPECTÉ · texte numérisé non relu

IV. — LE FOYER RESPECTÉ

Depuis de longues années se trouvent dans l'escalier, dans l'antichambre ou le vestibule plusieurs statues, dont le débraillé ou le décolleté n'avait en rien effarouché les habitants : € décolleté » est un pur euphémisme...

*** Parfois même, il y a dans l'étagère aux bibelots»

sur la cheminée, ou dans un cadre mural, tel sujet, telle allégorie plus ou moins mythologique, rappelant diverses infamies des âges héroïques, forgées souvent par l'imagination des poètes ou par le dévergondage d'un certain art.

La figurine est parfaitement indécente ! mais comme elle est en bronze vrai, en bel ivoire ou en vieil érable, on ne s'occupe pas de l'idée représentée ; on conserve l'objet chez soi, et on l'exhibe même à l'endroit le plus apparent, à la place d'honneur.

Il a de la valeur t voilà qui suffit à le rendre tolérable. Ah I si c'était en plâtre, en gélatine, ou en carton, on jetterait au panier avec mépris cette^chose offensante !

L'estampe est grivoise, la gravure est obscène, le panneau est offusquant; tout cela contraste singulièrement avec la dignité des habitants du logis, avec l'austérité de leurs mœurs.

Mais on n'y prend point garde...

Tous les enfants des amis ont vu ces œuvres d'art et jamais l'idée n'était venue qu'il y eût lieu de songer à aucune revision dans la collection artistique.

Mais un jour, le fils de la maison fait devant tous une réflexion tellement indiscrète, ou pose à sa mère une question si embarrassante, que, le soir même, les parents décident entre eux une épuration com-

plète, s'en voulant de l'avoir différée si longtemps. Dès demain, le foyer sera chaste.

Grâce à qui...?

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