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IX. LES DISTRACTIONS

Les jeunes époux que nous mettons en scène t adorent le théâtre ».

Ils détestent la conduite..., ou plutôt l'inconduite, des héros et des personnages produits à la rampe ; mais l'intrigue est si bien menée ; elle est si attachante, qu'ils n'ont pas le courage de se refuser l'audition de la pièce à la mode, même violente ou cynique.

Leur délicatesse s'en effarouche à peine : c'est Mithridate finissant par prendre le poison à haute

dose.

D'abord, on se cache des enfants ; on ne veut point qu'ils sachent où Ton se rend.

On allègue une visite dans le voisinage, une course obligée....

Mais le bambin s'aperçoit bien vite que la tenue des parents n'est pas celle de tous les jours : l'éventail et les jumelles, la cravate blanche et le « claque » , dénoncent les projets qu'on dissimule : et l'enfant pressent qu'on ne lui dit pas vrai.

« Qu'ont-ils donc à cacher ? pense-t-il ; si c'est « bien, pourquoi s'en défendre ? si c'est mal, pourt quoi le faire... ? »

Ce n'est pas tout.

Les jours suivants, en plein salon ou pendant le dîner, un ami parle de la pièce à succès, donne à haute voix son avis et interpelle ses hôtes.

Par là l'enfant est mis au courant des « cachotteries » paternelles, et il ne perd pas un mot des critiques de l'interlocuteur, qui croit faire œuvre de moraliste en narrant les choses les plus scabreuses... pour se fournir l'occasion de s'en indigner.

Comme c'est judicieux !

N'importe! les parents se le tiendront pour dit, et, au prochain jour, ils se feront scrupule d'encourager par leur présence et par leurs deniers des exhibitions plus qu'indiscrètes, des apologies audacieuses, des justifications sans pudeur, glorification éhontée de toutes les défaillances !

Que de pièces sont dans ce cas t

— «On apporte, deux grandes bottes pour Mon- € sieur et pour Madame, annonce la femme de cham- « bre. Madame veut-elle que je les ouvre?

— « Bien, je sais ce que c'est, répond la maîtresse c delà maison, avec une certaine précipitation; « mettez cela de côté; si j'ai besoin de vous, je vous « appellerai. »

« C'est singulier ! se dit la camériste, que Mada- « me ne soit pas plus pressée de vérifier le contenu a de ces grands cartons. Que peut-il bien y avoir « là-dedans... ? »

Rien de plus simple : le jeune ménage se propose

de se rendre à une soirée costumée : Madame en t Folie », et Monsieur en « Polichinelle •.

Or, montrer les grelots de Madame et les bosses de Monsieur, n'est point chose si urgente.

Madame s'enferme, ouvre la boîte mystérieuse, et en extrait le plus coquet, le plus frais costume qui se puisse imaginer...

Le satin, les paillettes, la moire, les dentelles s'harmonisent dans un charmant désordre artistique: ainsi le veut dame Folie !

En un instant, on a revêtu le costume rêvé...

Sous ce travestissement, Madame se trouve charmante ! sa psyché fidèle le lui dit clairement, et elle se le redit avec une conviction profonde.

Il y a surtout « un petit coquin de chapeau mignon », qu'elle essaye tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et qui est un pur <r chef-d'œuvre ».

« Ma foi ! plus il sera lestement et crânement t campé, plus le minois aura de piquant... D'ailleurs, « un chapeau de Folie n'est pas un chapeau de grand'- « mère ! »

La petite vanité a fait son oeuvre... On se trouve si agréable sous ce costume, qu'on ne peut résister au plaisir secret de se faire voir ainsi.

Après tout ! il faudra bien que demain les domestiques soient dans la confidence...

On sonne donc la femme de chambre, et, un peu gênée quand même. Madame lui explique les rai-

sons décisives qui obligent, — sous peine de fâcher d'excellents amis, — à en passer par leurs volontés. « Au fond, j'en suis ennuyée; mais il n'y avait c pas moyen de refuser, » etc..

Naturellement Louise, (appelons-la ainsi), s'exclame à la vue de l'éclatant costume de sa maîtresse.

« Il va divinement à Madame! » répète la fine mouche, « et je suis sûre d'avance que Madame aura < le plus beau costume de la soirée... Je sais bien « que ce n'est pas à moi de le dire à Madame, mais t si Madame savaii comme Madame est jolie avec t cela!... C'est vraiment malheureux que Madame c ne puisse pas toujours être ainsi... Oh! il faut que c Madame se fasse voir à Mademoiselle; je vais la « chercher. »

— « Louise, je vous le défends! » lui dit avec autant d'autorité... que de mollesse l'aimable Folie, enchantée d'être désobéie.

Aussi Louise, pour la première fois peut-être, fera-t-elle la sourde oreille, et se précipitant dans le couloir s'écriera : « Mademoiselle ! venez voir c comme votre maman est belle! »

L'enfant arrive... Émerveillée de voir un si joli personnage, qui est à la fois pour elle une tendre mère et une heureuse copie de ses chers joujoux, elle lui saute au cou avec transport, à tel point, qu'il faut contenir son enthousiasme pour ménager les dentelles maternelles.

... Mais, que contient la seconde boîte?

Évidemment! un costume pour Monsieur!... Quel costume... ?

A la cuisine et dans la loge les paris sont ouverts.

On en cause avec les domestiques voisins, avec la concierge, avec les commis d'en-bas et les couturières d'en-haut : chacun est averti.

Le mari rentre.

Sa femme lui annonce avec empressement « la fameuse commande qui vient d'arriver ».

« Mon costume est un vrai bijou, et le vôtre est c tout à fait réussi. »

— « Ouf! mon polichinelle!... » pense alors le pauvre homme avec terreur.

Il entrevoit les bosses légendaires, et le nez àcorbin du personnage qu'il va revêtir; et à cette idée, il sent la température de ses oreilles s'élever sensiblement.

Loin de se montrer fier, il remise avec soin la caisse compromettante. Il se sent timide devant ses gens, honteux peut-être, car plus il y songe, moins il lui semble possible d'être vu sous ce costume grotesque, à peine de perdre tout prestige.

« Ne montrez ^ela à personne, » dira-t-il à sa femme avec humilité et perplexité.

Le soir du bal venu, triste et sombre il endossera la livrée de » Punch », puis, faisant le guet jjour s'échapper de chez lui sans escorte, il se glissera furtivement le long du mur jusqu'à sa voiture.

m e,CS ENFANTS MAL ÉLEVÉS

Affreuse disgrâce, et amer contre-temps!

Il n'évitera pas de passer devant la loge du conc;erg;e, où il y aura ce soir-là, par hasard, (?) dix personnes pour voir passer Monsieur et Madame, qui, prestes et modestes, défileront devant les servantes qui chuchotent, et les valets qui se moquent en se coudoyant...

A partir de ce soir-là, dans l'escalier de service on n'appellera plus le grave Monsieur, que : « le Polichinelle. »

Heureusement! « le patron » n'entendra pas les lazzis dont on le bombarde sans pitié. Toutefois il se montrera plus susceptible que jamais, se demandant, au moindre mot innocent, si l'on n'a point la velléité de le plaisanter.

i/hi ver passe... ; au printemps, on songe à la villégiature.

Un matin, alors que l'on révise malles et tiroirs au logis, l'enfant soulève un couvercle, et pousse un cri de joie : « Oh 1 le beau polichinelle 1 »

— « Chut ! c'est le costume de votre papa ; fermez « vite la boîte ; on vous gronderait. »

Le petit indiscret reste silencieux : mais le gigantesque fantoche qu'il n'a fait qu'entrevoir, se montre incessamment à son esprit.

... Un soir, on devise en famille : baby a été fort sage. Son père le prenant sur les genoux, lui promet un beau cadeau s'il continue à être obéissant.

t Eh bien î petit papa, il faudra m'acheter un pan«

« tin ou un polichinelle, grand comme toi! et je serai « très gentil : tu verras! »

Ce mot imprévu réveille certains souvenirs...; et demain, le maître donnera à son domestique un paquet soigneusement enveloppé, en disant avec indifférence : « il y a là-dedans de vieux oripeaux inutiles, « qui viennent je ne sais d'où:... vous les donce nerez au chiffonnier.»

Quant au satin de la « Folie », on le démontera en cachette pour doubler une pochette ou un panier à ouvrage, au grand déplaisir de la camériste, qui ne manquera pas de trouver que c'est un « meurtre », de sacrifier ainsi de pareils brocarts !

Une vieille dame, amie de la maison, voyant de si belles soieries, (dont l'origine profane lui était inconnue), voulait à tout prix en faire des ornements d'église...

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