X. — LE BON EXEMPLE
De toutes les influences heureuses exercées par l'enfance, il n'en est pas de plus énergique ni de pluô efficace, que la nécessité inéluctable où se trouvent les parents, de donner l'exemple.
Bon gre mal gré, on se gêne : on s'abstient Ù9 ce qui plairait, on s'impose ce qui est désagréable.
On sent qu'il le faut absolument.
S'agit-il de faire ingurgiter à l'enfant un médica-
ment nauséabond...? On y goûte tout lé premier.
S'agit-il de lui enseigner la modération, le calme, la patience...? On se contient, on se maîtrise.
Cherche-t-on à l'inciter au travail... ? Le meilleur moyen est encore de se montrer laborieux soi- <nême.
L'obligation de prêcher, plutôt par des actes que par des paroles, est si claire, si manifeste, si impérieusement ordonnée par l'intérêt de l'enfant, que l'on s'y soumet, bien que ce soit souvent fort ennuyeux, fort pénible même.
C'est en ce sens que Pascal a pu dire, que le perfectionnement de la descendance commence par celui des ascendants.
Oui ! le maître ignoré qui complète ainsi l'éducation paternelle, n'est autre que l'enfant.
Notre proposition, si nous ne nous abusons, est donc démontrée.
On lit dans les contes de Grimm l'anecdote suivante : « Il y avait une fois un vieillard si décrépit, qu'il pouvait à peine marcher; ses genoux tremblaient, il ne voyait presque point, et il n'avait pas de dents non plus; si bien que quand il était à table, une partie de sa soupe tombait sur la aappe, une autre, coulait le long de sa bouche. Son fils et sa belle -fille finirent par se dégoûter de ce spectacle; c'est pourquoi le vieux grand-père fut réduit à se
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mettre derrière le poêle, dans un coin ; ils lui préparaient sonmanger dans une écuellede terre, et encore ne lui en donnaient-ils pas assez. Le pauvre vieillard portait donc d'un air affligé ses yeux sur la table où étaient assis ses enfants, et de grosses larmes couraient le long de ses joues ridées.
« Or, il arriva un jour que ses mains tremblantes ne purent tenir l'écuelle : elle tomba et se cassa. La jeune femme le gronda sévèrement; mais lui, ne dit rien, et se contenta de gémir. Alors ils lui achetèrent pour quelques liards, une petite jatte de bois dans laquelle il fut obligé de manger. Pendant ce temps, son petit-fils âgé de quatre ans, assis sur le plancher, s'amusait à ajuster ensemble quelques petites planchettes.
— « Que fais-tu là? » lui demanda son père.
— « Jefabrique unepetite auge... pour vous, quand vous serez devenus vieux. »
« Alors le mari et la femme se regardèrent pendant quelque temps; puis s'étant mis à pleurer, ils admirent de nouveau le vieux grand-père à leur table, le firent manger avec eux, et ne dirent plus rien quand il répandait un peu de soupe sur la nappe. »