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XL — LES PARENTS RÉPÉTITEURS

D'ordinaire, un garçon consacre au moins dix années de sa vie aux études classiques et aux humanités.

Une fois arrivé à l'âge d'homme, il se spécialise, c'est-à-dire qu'il consacre dix autres années à étu«

ilier certaines sciences particulières • droit, philosophie, médecine... Or, pendant qu'il suit les cours supérieurs et s'adonne aux hautes études, il oublie ies principes des choses, à tel point, qu'un docteur en droit ne possède souvent plus très bien la table de Pythagore ; qu'un jeune polytechnicien est brouillé bientôt avec le « gérondif » et Y « aoriste » ; et qu'un interne des hôpitaux, jadis lauréat du concours d'histoire, en est réduit quelquefois à consulter furtivement le Bouillet, pour savoir en quel siècle vivait Philippe-Auguste, ou Jeanne d'Arc.

Les années s'écoulent... L'étudiant est devenu époux et père... Son enfant arrive à l'âge des premières leçons.

Du matin au soir, le jeune écolier questionne et nterroge.

D'abord, le père fait semblant de se moquer des demandes qu'on lui adresse.

« Allons donc f tu dois savoir cela, » répond-il, dans l'espoir de se dispenser du petit examen qui s'annonce. « Cherche bien! nous verrons si tutrou- € ves... C'est si facile! A ton âge, certes, je n'aurais « pas hésité ainsi ! » poursuit-il avec forfanterie.

Si la question est vague, indécise, il s'en tirera par un faux-fuyant.

Mais le moyen d'équivoquer quand l'enfant, plus instruit, nous dit : c Petit père ! comment trouve-

t-on laracine d'un nombre. . . ? Quel est l'ablatif de. . . ? le prétérit de...? Quelle est la capitale de tel duché...? Force est de répondre d'une façon claire et positive. Aussi, pour n'être pas pris « sans vert », est-on dans la nécessité de se remémorer : déclinaisons, syntaxe, participes, chronologie, règles essentielles, dont les formules sont en partie effacées du souve nir.

On recommence son instruction, de façon à pouvoir être le répétiteur de son fils.

Ce que je dis du père n'est pas moins vrai de la mère^ qui rouvre sa grammaire et ses livres d'autrefois, relégués depuis dix ans sur un rayon poudreux, se remet à l'étude de la musique et du dessin, trop délaissés dans les premiers temps du ma-

riage.

Oui, on relit les fables que l'on a sues un jour, on les fait réciter, et l'on est tout étonné de leur trouver un sens, ou du moins d'y découvrir une foule d'idées qu'on n'y avait jamais soupçonnées.

Bref, en quelques mois, on reverra toutes les matières effleurées pendant les années de l'enfance • pour la première fois on les comprendra vraiment, et jamais plus on ne les oubliera.

Qui nous a appris.. . à apprendre î

L'enfant ! toujours lui !

M. E. Souvestre nous donnera le mot dp la fin : t Quand on veut entreprendre une éducation, dit-il, t on doit commencer par achever la sienne. »

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