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L'INSTRUCTION ET LA CRIMINALITÉ MORALITÉ COMPARÉE

h il était vrai que le défaut d'instruction fût la cause de tous les maux, qu'il est plus juste d'attribuer à l'absence d'éducation, on devrait arriver à ces deux conséquences sociales : d'abord qu'il doit y avoir une moralité moindre dans les campagnes où l'enseignement est moins soigné que dans les villes; puis ensuite, que le sentiment du devoir doit être bien plus faible chez la femme que chez l'homme, qui fait des études beaucoup plus complètes.

Or, c'est précisément le contraire qui arrive.

En effet, la population urbaine, qui ne forme que les trois dixièmes de la masse totale, fournit cependant près de la moitié des accusés : soit 3 contre 1.

Et secondement , la statistique établit que la femme commet environ quatre fois moins de délits que l'homme, et six fois moins de crimes.

En un quart de siècle, sur cinq millions de délits^ les hommes figurent pour quatre millions.

Quant aux crimes commis par les hommes, la moyenne est de 84 sur cent; par les femmes, 16 sur cent seulement.

Enfin sur un total de 7.570 suicidés, il en a 5.960 du sexe masculin.

La raison en est surtout dans ces deux mots : on donne encore à la fille l'ÉDUCATioN ; on se contente de

FAIRE INSTRUIRE le fils.

Et, en admettant même, que la femme ne développe pas cette éducation première, elle en conservera néanmoins une impression durable et profonde, car elle grandira sans connaître les sophismes du faux philosophe, les paradoxes du rhéteur, les témérités et les audaces de la demi-science : quod multoruïii sermonis expertes, ea mulieres tenent semper quœ prima didicerunt, selon la judicieuse remarque de l'auteur du Traité des Lois.

Rappelez-vous les Aspasie, les Elisabeth, les Marion Delorme, la Grande Catherine..., et vous ne pourrez admettre, comme on le soutient, que c'est l'ignorance qui gâte le cœur de la femme.

Elle ne manque point de philosophie, cette réflexion d'un satirique : une femme qui est très instruite Test souventtrop.

La Provicfence sachant la mission de la femme au foyer, lui a donné l'intuition, c'est-à-dire, en bien des cas, la vision nette des choses sans les labeurs de la prévision

Dans cet ordre d'idées, pour elle, le travail est presque tout fait.

Les amis de la libre-pensée ont bien compris quel parti ils pourraient tirer du scepticisme delà science.

Et c'était calculer habilement : parvenir à jeter le doute au cœur de la femme, l'institutrice du genre humain, reipublicœ damnum aut salus, d'après l'expression de Sénèque ; n'est-ce pas le moyen le plus assuré d'étoufier les croyances au berceau?

Pratiquement, à quoi a-t-on abouti?

A constituer en 6 années seulement, une armée de 300.000 « candidates » et de 138.000 diplômées, dont la plupart sollicitent en vain un emploi.

Pour une placé disponible il y a des centaines de demandes.

Veut-on des chiffres?

Pendant la même période , les commissions d'examen ont décerné 125.000 brevets élémentaires et 13.000 brevets supérieurs; or, étant donné le nombre des places vacantes par année, il faudrait attendre soixante et onze années, pour parvenir à placer rien que les postulantes inscrites à Paris! (Cons. m. 15 mars.) Beaucoup meurent de faim, qui eussent été des ménagères modèles, sans cette décevante tentation du diplôme I

Que de temps laborieusement perdu!

Quel intérêt, nous le demandons, peut-il y avoir

pour des jeunes filles, à préciser • le rôle de la Macédoine au point de vue de la diffusion *\e l'hellénisme »; ou à comparer : « la civilisation de l'Egypte avec celle de la Ghaldée. »

Voilà, cependant, les sujets que Ton donne en composition!

Eh quoi! savants examinateurs, vous connaîtriez assez les mœurs des Chasdims ou Couschites, pour les juger... ?

Malheur au temps où le sentiment aura fait place dans le cœur de la mère et de l'épouse, à une science aride et desséchante; où, au lieu d'être pour l'homme, selon des vues providentielles, l'agent intime du bonheur et de la moralisation, la femme ne sera pour son enfant qu'un pédadogue, pour son époux qu'un condisciple... !

A partir de ce jour, la famille n'existera plus que de nom 1

De toutes les démonstrations invoquées à l'appui de la thèse que nous analysons, il n'en est pas que Ton renouvelle plus volontiers que celle-ci: « La preuve que l'instruction moralise, c'est que, sur 100 criminels, 2 ou 3 seulement ont suivi des cours supérieurs. »

Les naïfs trouvent cette preuve décisive! et la satisfaction avec laquelle on la reproduit chaque année, à l'époque du rapport sur la statistique criminelle, prouve la légèreté d'esprit de beaucoup.

C'est comme si l'on disait : « Sur 100 délinquants,

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il n'y a qu'un bossu et 2 borgnes; sur 20 criminels, il n'y a que 8 récidivistes et un forçat libéré. Donc, les borgnes, les récidivistes et les forçats sont plus moraux que les autres hommes... »

Est-ce que les érudits et les savants, ne sont point, eux aussi, la minorité dans la société, et même une très petite fraction?

Leur nombre étant extrêmement limité, les crimes qui leur sont imputables, doivent, de toute évidence, être bien plus rares que ceux relevés contre les citoyens vulgaires. En effet, qu'on prenne au hasard dans la société une centaine d'individus: parmi eux, il ne se rencontrera peut-être qu'un homme ayant une haute culture intellectuelle.

Donc, si la première catégorie, (celle des ignorants), est cent fois plus importante que celle des savants, elle pourra, — en vertu même de la proportionnalité, — fournir cent délinquants contre un, c'est-à-dire cent fois plus de coupables... : et le rapport restera rigoureusement le même.

En résumé, l'erreur commise est la suivante: on argumente, comme si les savants et les ignorants étaient en proportion égale dans le monde !

Or rien n'est moins exact.

La thèse manque donc de critique et de justesse, bien qu'on ne se lasse pas de la rééditer, grâce à sa forme spécieuse.

D'ailleurs, de hautes études impliquent une situation pécuniaire, qui exclut la plupart des tentations, auxquelles b'JCôombe souvent le pauvre.

Reportons-nous donc à l'enseignement général et populaire, le plus important, de tous.

Or, en I826,parexemple,ily avait en France 30. 000 écoles; on en compte aujourd'hui 80 mille environ.

Cependant, qui oserait soutenir ', que la moralité de la jeunesse soit progrès ?

Peut-on nier, au contraire, quejamais crimes épouvantables n'ont été plus fréquemment commis, par de très jeunes hommes, d'une instruction supérieure à celle de la masse ?

Les faits sont là, indéniables, saisissants.

Non, ce qui dissuade de mal faire, ce ne sont point tant les connaissances de l'esprit, que les senti me nts du cœur.

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