CHAPITRE SIXIEME SCÈNE POIGNANTE AU FOYER
Ici, se place une scène de famille, aussi vaine que dramatique, variante de ce thème inévitable : a Malheureux enfant t tu veux donc me faire mourir de chagrin ! j>
Avec cet argument suprême tenu en réserve, et %«r lequel elle fait fond, la mère ne se sent pas "encore désarmée.
Pendant des jours, des semaines peut-être, elle guettera l'occasion favorable qui lui permettra de prendre son fils par les sentiments.
D'autorité, on ne parle plus ! D'ailleurs, en aucun temps l'enfant n'a connu la discipline.
Reste donc la sentimentalité : on va en essayer.
Coûte que coûte, on doit se montrer.
Le moment propice, longtemps attendu, se présente : la mère le saisit résolument cette fois.
Il le faut.
D'abord, elle cherchera à toucher son fils en parlant à son cœur qui sommeille ; elle lui dira des éhoses tendres dans un langage ému... ; elle évo-
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quera les souvenirs les plus doux de son enfance 4L et, rappelant les dates ou les événements qui ont dû faire impression sur lui, elle ajoutera avec une câlinerie : « Tu étais bien gentil, dans ce temps-là ! »
Puis, comme autrefois, elle cherchera à prendre le a grand dadais j> sur ses genoux.... Mais il voit vite où Ton en veut venir, et se tient sur la défensive.
D'un mouvement contourné, avec un geste impatient, il parviendra à se dégager de cette étreinte maternelle qui l'humilie et... l'inquiète.
C'est que bientôt le langage doit changer de note.
Il le devine : il en est sûr.
Le souvenir des folies de l'enfant et de ses dérèglements, amènera certainement sur les lèvres d* la mère des paroles graves, sévères, froides et pénétrantes comme l'acier...
A ce moment, si indifférent, si blasé soit-il, if éprouvera un trouble étrange, mélange de repentir et de gêne, de révolte et d'émotion mal définie 1
Hélas! ce trouble fugitif, loin d'améliorer la situation, n'aura pour résultat que de rendre le foyer tout à fait intolérable.
La seule présence des parents, va devenir pour le jeune homme un reproche sanglant, qu'il entendra même à travers leur silence !
Cependant, que veut cette mère...? Réprimander? Récriminer? Non pas ! mais plutôt obtenir une
Tonne promesse... Le moindre espoir d'un changement dévie la rendrait si heureuse t Elle l'interroge à nouveau ; le presse encore de uestions.
Î Vains efforts !
Elle n'obtient pas un mot de réponse ; et, ainsi ue la bouche, le cœur est muet...
La défaite est complète, irrémédiable! On a brûlé va dernière cartouche.
Il ne reste plus une illusion...
... Alors ! cette mère sent l'indignation bouillonner dans tout son être. Elle, qui a cédé à tous les caprices de l'enfant, qui l'a menacé sans jamais le punir, qui ne l'a contrarié en rien quand il était jeune ; elle, qui lui donnait l'argent qui a servi à /le gâter, et reprochait même au père sa parcimonie ; cette mère en un mot • qui a tout fait pour son fils, » se révolte enfin à la pensée de tant d'indifférence et d'ingratitude.
La douleur, la déception, le découragement l'exaltant jusqu'au désespoir, jusqu'à une sorte de haine faite d'amour et de dépit, vous entendrez la formule prévue qui clôt invariablement cette entreprise infructueuse :
« Malheureux enfant, tu veux donc faire mourir ta mère!»
... Dans les mélodrames, une phrase semblable produit un effet merveilleux *t une soudaine transformation, quand les auteurs ont besoin d'un épisode sentimental, pour alterner avec une scène palpitante d'horreur. Pétrissant les cœurs à volonté,
Tt LE8 ENFANTS MAL ÉLEVÉS
ils font tomber à genoux et noyer dans les larmes? les coupables repentants
Mais, dans la vie réelle, les choses ne se passent point ainsi. Hélas ! la tentative est aussi inutile que déchirante : la situation n'en devient que plus tendue et plus désespérée.
Désormais, l'inimitié remplacera la froideur.
Le sentiment filial est mort... 1
...Tels sont les fruits amers de l'éducation molle,
et TARDIVE.