‹ Les enfants mal élevésChapitre 17 sur 125 · L'ÉPOUX : LE PÈRE · texte numérisé non relu

L'ÉPOUX : LE PÈRE

Une mauvaise éducation compromet plusieurs générations.

(BacBYi.)

Voilà le fils mal élevé devenu chef de famille.

Au nouveau foyer qui se fonde, les mauvais effets de l'éducation première se feront encore sentir d'une manière désastreuse.

Etonnantes prétentions et curieux raffinements!

Ce jeuûe homme, qui exigeait de sa fiancée toutes les vertus, toutes les délicatesses dont il avait fait litière en ce qui le concerne, une fois possesseur de ces trésors qu'il semblait jalousement convoiter, va, par une inconséquence incroyable, ruiner à plaisir son bonheur, et détruire par avance Theureux exemple et la chaste influence de l'épouse.

Oui, il va en toute hâte s'ingénier à ternir ces puretés, qu'hier encore, il voulait à tout prix dans sa future compagne.

Tantôt, il mettra entre ses mains des romans ofïen- ■ants pour sa candeur, ou même écœurants... Tantôt

il aura l'impudeur de lui raconter dans le détail ses escapades de jeunesse, en les surfaisant au besoin, pour leur donner plus d'intérêt et de piquant.

Ou bien, il rappellera chez lui les anciens compagnons de plaisir, dont il s'est éloigné à regret...

D'autres fois, il mènera sa femme à des pièces grivoises, ou dans des sociétés douteuses, voire même dans les cafés chantants; et, pendant une semaine, fredonnera à ses oreilles le refrain grossier de la chanson du jour, dont la naïve jeune femme ne comprendra pas d'abord les équivoques répugnantes.

En un mot, celui qui devrait être le protecteur, devient, autant qu'il dépend de lui, le corrupteur!

C'est qu'il s'est réservé le plaisir de déformer luimême l'âme de l'épouse dont il a fait choix...

On devine qu'à ce moment la piété que l'on demandait de la fiancée, sera jugée une entrave un peu gênante par l'égoïste qui nous occupe.

Par bonheur, il lui faudrait un certain temps pour accomplir son œuvre, la jeune femme ayant, elle, des principes à racines profondes et une éducation digne de ce nom.

Le plus souvent, le mari se sentira envahi par l'indifférence, avant d'avoir mené à fin sa triste entreprise.

La lune de miel se sera vite éclipsée..., et, relativement, ce sera un bien pour l'épouse, qui pourra ressaisir sa conscience, grâce à un isolement qu'elle appellera : délivrance 1

S'il naît des héritiers, de deux choses l'une : ou ils seront élevés comme leur père l'a été lui-même ; ou bien relui-ci voudra mieux faire.

Mais son impéritie sera telle, qu'il tombera dans des erreurs ou des excès inévitables.

Quand et comment, aurait-il appris l'art difficile de l'éducation?... Ce n'est assurément pas dans ses souvenirs qu'il trouvera une direction utile, ni un conseil pratique...

Bon gré mal gré, il tentera un essai et marchera au hasard, alors même qu'il voudrait être un guide fidèle et sûr.

Son fils servira de sujet d'expériences.

On le voit : semblable à ces maladies qui contaminent une souche entière, ainsi que le révèlent les phénomènes de l'atavisme, l'éducation mauvaise laisse, elle aussi, des traces profondes pendant plusieurs générations successives.

Le mal s'atténue, mais le germe demeure.

Tel père, tel fils !

..Voilà bien la solidarité de la famille ! fonds commun d'honneur ou de défaillances, de qualités ou de vices, auquel chacun de nous apporte sa quotepart, soit en bien, soit en mal.

Il en est d'autres qui renoncent à se créer un foyer : leur vie finit en quelque sorte, au moment où elle devrait rayonner et s'épanouir.

Certains d'entre eux se reconnaîtront, dans ie portrait suivant qu'en a fait un poëte l :

Semblable au papillon mutin, Enfant, il aima toute chose:

Un bonbon, sa mère, une rose Ranimaient son sourire éteint.

A cinq ans, âme à peine éclose, Il aima ses soldats d'étain ; A dix, il aima son grand chien ; Plus tard, il n'aima pas grand chose : A vingt-cinq ans , il n'aima rien.

Alors, devenus froids sceptiques, ils poursuivront de leurs diatribes aussi violentes qu'injustes « la meilleure partie du genre humain. »

Il faut entendre ces vertueux célibataires parler avec indignation a des perfidies de la femme I »

De la femme...?

Oh! ils se trompent grossièrement!

Vous donnez, peut-on leur dire, le nom deux fois respectable de femme, à celles-là qui ont perdu le droit de le porter...

Et peut-être, au contraire, si l'on recherchait les raisons intimes de vos satires et de vos outrages, trouverait-on que vous appelez perfidie, la noble résistance d'une vertu héroïque qui n'a point capitulé et que vous devriez célébrer avec admiration, ou au moins honorer en silence...

Combien comptez-vous donc de belles âmes parmi

i. En l'état de nos mœurs, un célibataire est, ou une nature d'A< lite tout exceptionnelle, ou un homme au-dessous de la moyAiuie, Il n'y a jçuôre de terme intermédiaire.

vous, terribJes censeurs qui jetez l'anathème et déversez le mépris du haut de votre insolence ...?

De grâce ! faites donc loyalement la comparaison* et alors, vous jugerez plus grammaticale que jud* cieuse cette formule étrange :

« Le masculin est plus noble que le féminin »

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