‹ Les enfants mal élevésChapitre 22 sur 125 · V. LES HUMILIATION · texte numérisé non relu

V. LES HUMILIATION

Il y a des parents qui répètent à toute heure . « Que tu es sot ! que tu es niais ! Mon Dieu, que cet t enfant est stupide! Est-il assez maladroit et « gauche! »

Accordons que ces appréciations soient l'exacte vérité.... Raison de plus pour qu'elles blessent et mortifient.

Or, pareil langage présente, à n'en pas douter, de très sérieux inconvénients : montrons-le.

D'abord, en faisant remarquer les maladresses de l'enfant, on va suggérer à tout le monde, amis ou domestiques, l'idée de lui adresserlemême reproche; en sorte qu'il n'entendra parler du matin au soir que de ses sottises.

Elles deviendront si proverbiales, si publiées, que l'on éteindra en lui un respect humain utile et légitime.

A quoi bon se gêner !...

Dénoncé à tous comme un sot, se sentant ridicule au regard de chacun, il n'a plus rien à ménager.

Sa réputation est faite.

Insensible aux sarcasmes dont on l'a accablé, il en arrivera même à « poser pour l'idiot» ; ou, du moins, à exagérer encore sa niaiserie naturelle, au point de la rendre exaspérante.

Ce sera sa coquetterie à lui, et aussi sa petite vengeance...

D'autre part, si l'enfant est effectivement nigaud, n'est-ce pas le desservir que de le proclamer tel, en le livrant à la risée impitoyable de son entourage ?

Il lui faudrait faire preuve de génie, pour être, à l'âge d'homme, classé seulement parmi les intelligences moyennes. Pour beaucoup, il restera marqué au coin de l'imbécillité, quoi qu'il fasse.

Le stigmate imprimé demeurera indélébile

En semblable circonstance, au lieu de parler aux assistants, n'est-il pas mille fois préférable de pren-

dre l'enfant à part, et de lui dire au contraire : « Je c sais que tu n'es pas bête; au fond, tu n'es point « sot... Eh bien ! pourquoi te classer parmi ies infirt mes de l'esprit...? »

Par là, on éveillera son amour-propre; et l'enfant, persuadé qu'on le croit heureusement doué, reprendra foi en lui-même. Il s'estimera, et se relèvera à ses propres yeux.

D'ailleurs, l'esprit n'est pas l'intelligence, à beaucoup près, bien que Ton confonde fréquemment ces deux qualités.

Interrogeant un jour un enfant de huit ans, qui avait une réputation de sottise exceptionnelle, j'obtins une curieuse réponse.

Ce t enfant apprenait l'histoire de Salomon. Croyant lui tendre un piège, nous le conviâmes à dire ce qu'il pensait de la sagesse du roi.

D'un ton des plus niais, il répondit:

t Si le roi Salomon avait demandé à Dieu la sa- « gesse pour tous, il eût été plus sage encore... et « moins égoïste. »

Jamais nous n'oublierons de quel air stupide fut donnée cette réponse, dont nous voudrions être l'auteur,

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