VI. — LE DRESSAGE
Dressage, surmenage! voilà les expressions qui ■'dirent à l'esprit, et qu'on trouve au bout de la
PETITS PROCÉDÉS D'EDUCATION DOMESTIQUE iûC
plume quand on écrit sur les systèmes contemporains en matière d'éducation.
On le voit, le vocabulaire typique du vétérinaire entre dans le courant de la conversation, et remplace peu à peu le langage supérieur du philosophe et du moraliste.
Cela devait être.
Est-ce que pour le matérialisme, '(cette marée montante qui nous a envahis jusqu'au niveau de lapensée mème,)le mariage est autre chose qu'un croisement, et l'enfant un produit ? Pardon de ces brutalités !
Donc, le dressage, prenons le mot admis, consiste à donner le pas aux qualités extérieures sur les qualités morales; à se soucier plus de la forme que du fond; à cultiver l'esprit, de préférence au cœur.
En pareil cas, on obéit moins aux suggestions de l'amour paternel qu'à celles de la vanité : on se préoccupe d'abord, d'avoir un fils qui fasse honneur
La correction dans l'attitude, la courtoisie dans le langage, l'affabilité dans les manières, font partie intégrante de l'éducation.
C'est indiscutable.
On doit, y attacher grande importance, parce qu'elles ont la valeur de vertus sociales cotées à très haut prix, et parce que le monde en tient souvent pius compte que du vrai mérite, pour peu que celui-ci revête une certaine forme de rudesse, ou manque tant soit peu d'urbanité.
On ne suppose pas volontiers un fruit délicat et fin, sous une écorce épaisse et grossière.
Toutefois, les bonnes manières, si estimables soient-elles, n'ont, en définitive, qu'un valeur secondaire : ce sont d'aimables apparences.
Rien de plus.
L'amour maternel, consiste moins à broder des t entre-deux » ou à soutacher des capotes, qu'à orner de solides et fortes vertus la chère âme dont il est comptable : ce grand œuvre doit être l'objectif incessant et absorbant.
Yoici un enfant bien dressé, qui tend de lui-même le front aux invités; salue à propos ; exprime un mot gracieux à l'occasion ; place sous les pieds des visiteuses le tabouret inévitable; reconduit à la porte les amis de la maison; se rappelle agréablement au souvenir des absents , etc.
On vante à tous les échos cet être charmant: « Il t agit comme un grand monsieur!» Ou encore : « On dirait une petite femme ! »
Cela suffit pour conquérir dans le monde le brevet « d'enfant parfaitement élevé. »
Cependant, observez ce jeune personnage dans la famille : il est égoïste, violent, menteur.
Il a toutes les petites qualités de l'âge mûr, mais il en a aussi les grands défauts.
Et si l'on n'y prend garde, quoique poli..., il deviendra peut-être polisson.