VII. — ILLUSIONS ! ADULATION
Tout ce que dit l'enfant est spirituel; tout ce qu'il fait, admirable!
Certaines gens ont une manière de décrire les impertinences de leur fils, qui équivaut à une franche approbation, « Croiriez-vous qu'il a osé dire cela .../ € A sa place, moi, j'aurais été honteux! »
A vrai dire, on n'est pas autrement fâché de cette audace...
Nous avons connu des parents, qui, pendant un hiver entier, ont colporté dans les salons l'histoire de leur fils, collégien de treize ans, osant traiter de «mufle » un vieux magistrat, qui avait tenté d'adresser de douces remontrances à « son jeune ami ».
Ils publiaient l'anecdote : donc cela ne leur était pas désagréable !
« Il n'y a guère de gamins de son âge ayant un pareil aplomb 1 » se disaient-ils, in petto.
t Je ne sais où il va chercher tout ce qu'il ra « conte*, répètent d'autres parents avec une joie
concentrée En réfléchissant bien, on pourrait
le deviner.
Ne trouverait-il pas ces choses un peu à... la cuisine, et beaucoup dans la rue?
Pbis, du moment que l'enfant n'est pas sot, on le proclame extraordinaire, hors pair! Et, son intelligence se développant avec l'âge, on tombe en admiration devant cet éveil, qui pourtant est commun à tous.
« Il a une facilité incroyable!» — C'est entendu.
« Il ira loin....» — Oui! plus loin même qu'on ne le suppose.
Alors, grisé par l'ambition, l'ouvrier rêvera de faire de son fils un commis. Et le bourgeois voudra pour héritier un haut fonctionnaire; il se mettra plutôt sur la paille, pour être le père d'un surnuméraire dépensant follement, et ne gagnant rien.
Nous reviendrons d'ailleurs sur cette idée.