VIII. LA FAMILIARITÉ
Sous ce titre, nous voulons parler du sans façon avec lequel l'enfant traite ses supérieurs.
A vingt ans, le fils d'un général que nous avons connu, donnait d'habitude à sa mère le surnom de « bichette » ; et dans l'entourage on trouvait cela charmant !
De même, devant tous, la fille d'un professeur appelait par amitié son grand'pèro ; « vieux camarade, » ou: « Monsieur Léon. »
Il s'agit ici de simple familiarité, et non d'irrévérence calculée
L'enfant fait des a niches » à ses ascendants comma à ses condisciples; il souligne, sans intention méchante je le veux bien, mais à tort cependant, les lapsus, les quiproquos ou les petites bévues com mises par ses parents ; rappelle volontiers leurs erreurs ou leurs inadvertances; en un mot, rayonne de joie quand il les trouve en défaut.
Il v a là plus que de l'espièglerie : une tendance malicieuse qu'on aurait raison de surveiller de près, à peine de la voir dégénérer prochainement en insolence.
N'avez-vous point rencontré tel bambin de dix ans défiant sa mère, ou offrant à son père de parier contre lui, si l'on conteste ses dires?
C'est grotesque.,, et triste!
Plusieurs lecteurs penseront que la familiarité esf la conséquence inévitable du tutoiement, désormais toléré dans nombre de foyers.
Est-ce une cause ou un résultat? Nous n'oserions nous prononcer...
Ne voit-on pas un enfant habitué au tutoiement, employer un vous, insolite dans sa bouche, pour donner plus de force à son reproche ou à la parole dure qu'il profère...?
En fait, tout dépend du monde dans lequel on vit, et spécialement des traditions de famille.
Le « croyant » qui, dans l'ardeur d'une prière fervente, tutoie Dieu lui même, a-t-il la pensée de lui manquer de respect?
N'est-ce point, par une considération semblable que nos voisins d'outre-Manche disent « vous » en règle générale, excepté quand ils interpellent la divinité?
Quoi qu'il en soit des usages respectifs, il convient d'attacher plus de prix au sentiment même, qu'ai» formule qui semble le traduire.
Maintes fois encore, nous avons entendu signaler l'importance de la liberté testamentaire, comme sanction de l'autorité paternelle.
La principale remarque que nous ferons est la suivante : cette menace ne saurait en aucune mesure, remplacer l'efficacité de l'éducation première.
En effet, à l'âge où les considérations de fortune peuvent modifier en quelque chose la conduite de \ enfant, la mission des parents est à peu près terminée.
Est-ce qu'avant l'adolescence on est seulement en état de se livrer à ces honteux calculs ?
Et nous ajouterons ceci :
Celui qui, en vue d'un intérêt pécuniaire escompté consentirait à faire ce qu'il a refusé aux volonté, d'un père, ou aux conseils maternels, serait un misérable petit personnage, le plus mal élevé de tous.
Pour exhéréder, pour dé-tester justement l'enfant, on doit admettre qu'il est devenu dét< stable : ce peut être une punition, non, un procédé préventif.