‹ Les enfants mal élevésChapitre 27 sur 125 · X. — DANS LES JUPONS · texte numérisé non relu

X. — DANS LES JUPONS

Nous estimons inhabile, le procédé qui consiste à rouloir élever les garçons dans une ignorance... artificielle.

E.xpliquons-nous.

Certes, le lecteur, en présence de la netteté des affirmations contenues dans ce volume, voudra bien croire que nous ne prônons pas ici une morale relâchée , ni des compromis quelconques avec le devoir.

On nous classera même, à n'en pas douter, parmi les rigoristes

Mais la morale consiste bien plutôt à enseigner la lutte contre le mal, qu'à poursuivre le chimérique espoir que l'enfant grandira dans une naïveté idéale, tout en vivant dans l'atmosphère délétère que nous respirons.

Pour cela, il faudrait le supposer sourd, aveugle* et légèrement idiot tout ensemble.

Nous partons de ce point incontestable, à savoit que notre fils verra, entendra, comprendra, devinera, trop tôt à notre avis , mille choses regrettables à coup sûr, et même scandaleuses.

Admettons qu'il en sera ainsi, tant que les hommes auront des passions et des vices....

En voilà pour longtemps I

La question, pour tout esprit pratique, est donc de préparer doucement l'enfant à ces révélations troublantes, qui, inévitablement, viendront assaillir son esprit, s'imposer à son attention, et stimuler sa curiosité toujours aux aguets.

A moins d'être doué d'une crédulité singulière, un pèie, une mère, ne sauraient s'imagine*-, qu'en fait, l'enfant ignorera tout ce qu'ils lui tairont 1 1

Il y a d'excellents parents qui croient à la candeur an^lique de l'héritier de leur nom, parce qu'ils ont fait preuve, eux, d'une réserve et d'une discrétion aussi louables , qu'insuffisantes.

Or, un silence systématique a un double désavantage : il provoque le fils à chercher, en dehors du foyer, des confidences et des explications bien autrement dangereuses; et, en second lieu, il constitue l'enfant dans un isolement funeste.

En effet, livré à lui-même, il rappellera à sa pensée !es épisodes qui l'ont frappé, les problèmes auxquels il a cherché fiévreusement à donner une réponse satisfaisante.

Et le silence des parents suffirait pour que l'enfant s'estimât content, et chassât de son souvenir ces interrogations qui hantent son cerveau... ? Il ne s'ingénierait point, par tous les moyens, à voir clair autour de lui et en lui-même...?

Rien de plus chimérique !

L'enfant veut savoir; et il saura.. Il est donc niillfl fois préférable que ce soit par nous.

Si nous ne l'aidons pas dans son enquête, il consultera subrepticement livres et camarades,

Lesquels... ? Les pires, cela va de soi î

Un enfant honnête, à qui l'on fera promettre do cesser toute lecture qui lui semblerait mauvaise, est

mieux gardé que celui dont ou se propose d'éloigner tout écrit corrupteur, grâce à une surveillance perpétuelle, matériellement impossible.

Au contraire, veut-on rester L'ami de son fils?

Qu'on lève le voile peu a peu, avec les précautions infinies que la tendresse paternelle suggérera ; choisissant le moment opportun de ces confidences; les mesurant suivant les circonstances du jour et selon les dispositions de l'heure présente; les proportionnant enfin à Pimpressionnabilité de l'enfant, et à son caractère.

Ces entretiens intimes, dirigés, répétons-le encore, avec la plus grande prudence et la plus jalouse circonspection, présenteront pour l'enfant un attrait incomparable.

Il s'attachera d'autant plus à vous, et recherchera d'autant mieux votre société intéressante, qu'il trouvera dans vos paroles sages et discrètes, mais vraies, une réponse suffisante aux questions qui l'obsèdent avec la ténacité d'un cauchemar.

Son trouble cessera; il croira en vous, et, d'instinct, ira à vous, comme on va à la lumière....

Là est l'œuvre maîtresse de l'éducateur.

Car si l'on n'y prend garde, l'enfant s'élèvera à sa guise, au lieu d'être élevé à votre ^ré.

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