XI. QUESTIONS ARTIFICIEUSES
t Qui aimes-tu le mieux, de ton papa ou de fa maman r*», demande celui des parents qui se croit l'objet d'une affection privilégiée.
Et l'enfant hésite souvent à répondre, comprenant à merveille l'artifice de la question posée.
On tient bon néanmoins : on le tourmente, on le harcelle jusqu'à ce qu'il « dise quelque chose», traduisez : jusqu'à ce qu'il blesse le père ou la mère par la confidence pénible qu'on exige de lui.
À plus forte raison le propos est-il offensant, si l'enfant déclare \olontiers l'inégalité de son affection. Quoi ! l'on garderait au petit ingrat la même bienveillance, la même tendresse 1 Est-il rien qui puisse aller plus directement au coeur... ?
Puis encore, comment ne ressentir aucune haine contre l'époux qui a capté l'amour filial, on ne sait à quel titre ?
Notez que le préféré sera toujours, on le devine, celui des parents qui gâte l'enfant, celui qui obéit à ses fanHisies et lui cède quand même, celui qui renonce à la correction par le secret désir d'obtenir la plus grosse part des caresses du baby.
D'autres fois, un étranger met l'enfant à la torture en l'obligeant à déclarer, nui, de son père ou db sa mère, est le "plus sévère.
En poreil cas, l'enfant avisé gardera résolument le silence, en se disant tout bas : « Si je m'explique à cet égard, je suis sûr de provoquer pour longtemps l'enchère des sévérités à mon endroit. »
Rien de plus judicieux.
N'entendez-vous pas, en effet, cette menace inévitable : « Ali 1 tu crois qu'avec rnoi tu n'as pas besoin t de te gêner, et que tu n'en feras qu'à ta tête ? Eh « bien 1 tu vas voir....! »
Et il est à craindre qu'on ne dépasse la mesure, pour se donner trop raison.