‹ Les enfants mal élevésChapitre 30 sur 125 · XIII. — LES PRÉFÉRENCES. LE € CHOUCHOU · texte numérisé non relu

XIII. — LES PRÉFÉRENCES. LE € CHOUCHOU

La partialité est une des plus séduisantes tentations, contre lesquelles nous devions nous tenir en garde.

Mille motifs peuvent provoquer ces inégalités de tendresse.

Un enfant ressemble moralement ou physiquement à l'un des parents... On est bien près de lui trouver meilleur visage, ou esprit plus fin qu'aux autres.

Parfois aussi, on est flatté des qualités extérieures d'un de ses bébés : il est charmant, gracieux, affable, élégant; il attire l'attention.... et les compliments.

Pour lui, c'est mauvais; mais l'amour-propre maternel grisé d'un encens très capiteux, recherche l'occasion de mettre en avant celui qui en est l'objet.

11 n'est pas jusqu'au costume qui ne dénonce cette partialité.

*** Semblable affection est légèrement égoïste, On

PETITS PROCEDES 1) EDUCATION DOMESTIQUE ill

aime pour soi, et au détriment de toute la petite famille : y compris le préféré.

Tandis que ce préféré voit la rigueur fléchir à sa demande et les caresses se multiplier sans qu'il le mérite, les autres enfants conçoivent des sentiments de jalousie inévitable à son égard, et d'inimitié contre leurs parents, qui, on l'avouera, ne se montrent point d'une équité rigoureuse.

Ajoutez que le chéri, objet des faveurs et de l'élection, sera généralement moins bon que ses frères et sœurs..., parce qu'on le gâte davantage!

Or, au lieu de produire et d'exalter toujours l'enfant vaniteux, il serait opportun, au contraire, de s'occuper de ceux dont les manières ont besoin d'être corrigées ou l'intelligence dégourdie par l'usage du monde, de façon à rétablir un équilibre suffisant.

Sinon, l'on verra au foyer deux sortes de fils, deux tendresses, et deux justices.

Rien de moins sage encore, que de mettre en opposition ses propres enfants, dans la pensée de les corriger l'un par l'autre.

« Vois comme Jacques est plus aimable ! Ce n'est « pas lui qui se permettrait de pareilles choses ! « Aussi on l'aime, lui ! »

Gomment ne pas voir que l'on sème ainsi la rancune et la haine...?

L'entant proDOsé en exemple, aura-t-il le tact de

n'abuser point de la situation pour mortiiier et exaspérer son frère coupable?

C'est peu probable.

Regardez autour de vous; et vous verrez que, par un retour équitable, celui qui fut « chouchou » dan la famille, payera chèrement plus tard la prédilection dont il a été favorisé.

Car cet enfant idolâtré est de ceux que les parents ne s'empressent pas d'établir.... Ce serait s'en séparer! et on l'aime tant, cet être adulé, que l'on mani feste de la défiance, à l'idée seule de sentiments no veaux venant en concurrence avec l'amour filia qu'on voudrait exclusif.

On l'aime aussi à tel point cette tendre fille, ce vrai trésor, qu'on repoussera pendant de longues années les propositions des prétendants les plus dignes, jusqu'au moment, où, les années comptant double pour elle, il deviendra manifeste que, sans le vouloir, on l'a sacrifiée.

Eh quoi ! oserait-on soutenir que le cœur humain est si étroit, qu'il ne puisse contenir simultanément plusieurs sentiments, grands, nobles et généreux

Quoi! les Croyances, la Patrie, les tendresses maternelles, l'amour conjugal, ne pourraient coexis ter dans une même âme et s'y mouvoir à l'aise...!

Quelle calomnie!

Le cœur, croyez-le, est semblable à l'aimant, don

l'énergie et la force augmentent à mesure qu'il se dépense et se communique davantage...

Plus on lui emprunte, plus il est riche !

C'est là son privilège incomparable, et son merveilleux secret !

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