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XIV. — LES PROPOS IRRÉFLÉCHIS

Si l'on était persuadé que les parents sont les artisans du moulemêmc,dans lequel prennent forme les idées de l'enfant, on se mettrait en garde contre la témérité de certaines propositions que l'on affirme à la légère, ou simplement en manière de causerie, sans y attacher d'importance.

Cent fois, on a entendu et répété tel proverbe..., telle phrase toute faite... On n'y attribue point d'autre valeur.

Pourtant, les enfants y voient, eux, autantde vérités, autant d'axiomes, dont la formule brève et saisissante s'enfonce dans la mémoire, comme un alon indicateur.

Ces premiers jugements serviront de base d'opérations intellectuelles, et aussi de point de repère, pour les inductions logiques qui régentent l'esprit humain.

Telle est la genèse des principes.

Quittons les abstractions, et prenons des exemples: Un enfant se sauve dans le jardin malgré la dé-

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fense maternelle ; il court, butte, tombe et s'égratigne les mains. Il pousse des cris, accourt à la maison, et se plaint avec larmes de sa mésaventure..

Qu' entendu- t-il le plus souvent comme reproche?

c C'est bien fait ! c'est le bon Lieu qui t'a puni. •

Soit...

Nous comprenons à merveille ce que signifie le propos, et ce qu'on veut lui faire dire.

Mais la question n'est point là : l'important est de savoir ce que l'enfant en va penser.

Le lendemain, trompant encore la vigilance, il s'échappe, et, instruit par l'expérience de la veille, se garde, de toute chute.

Naturellement, il a soin de ne pas raconter sa désobéissance... Personne ne le gronde; et il apprend ainsi que l'on peut fort bien commettre des fautes sans que, sur-le-champ et à point nommé, la justice du ciel intervienne avec éclat, pour sanctionner les ordres maternels.

En un mot, il constate que l'impunité est parfaitement possible en ce monde...

Alors, se présentera à son esprit la réflexion suivante, inéluctable dans sa justesse : « ce que mère m'a dit là n'est pas sérieux ».

De deux choses l'une, en effet, pensera-t-il : ou Dieu tte punit pas la faute ; ou ce que j'ai fait n'est i point repréhensible.. .

L'alternative comme la conclusion s'impose... Et la fugue» réitérée sans nul encombre, ^ura pour ,

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conséquence d'enhardir l'insubordonné, de lui faire suspecter la justice d'En-Haut,et le bon jugement de sa mère.

On va même quelquefois plus loin dans l'impru dence, et l'on formule des règles comme celle-ci chaque fois qu'on désobéit, on est puni d'une ma" nière ou de Vautre. »

Traduction enfantine : chaque fois que je parviendrai à ruser de façon à éviter le châtiment, je n'aurai rien commis de blâmable...

Belle morale, n'est-il pas vrai !

Autre remarque.

Un enfant déguise la vérité...

Le père lui répète qu'un menteur est pire qu'un voleur, qu'il n'est jamais cru même quand il est sincère, etc.... Puis, il ajoute avec une solennité magistrale : « If ailleurs, remarque bien que quand on trompe ses 'parents, ils finissent toujours par le savoir. »

Et il trouve son procédé très habile !

Songez donc, combien ce mot va impressionner l'enfant qui se dira : « Surveillons-nous bien f tout se sait !1 » — Par trop naïfs, seraient ceux qui caresseraient cette illusion.

Le résultat sera tout autre, croyez-le : La veille, je suppose, l'enfant a pris une dragée.. On ne s'en est point aperçu : par suite, aucune observation.

Au regard de l'enfant, et moralement parlant, la ehose aune gravité indéniable... : il a soustrait î

Encourage par une impunité complète, il renouvelle son larcin, l'exagère, le multiplie à tel point, que les parents voient au bout d'une semaine ce qui leur avait échappé jusque-là, c'est-à-dire, le sac vide...

Quelqu'un vole des dragées : voilà qui est constant pour eux.

Mais qui... ?

Le rusé baby a fait en sorte de n'être point surpris ; et, de son côté, le père a oublié les principes posés, si bien que ce dernier dira un jour à sa femme, en causant : « Je soupçonne notre domestique d'aimer les friandises plus que de raison. »

Le mot sera entendu, et tout l'échafaudage doctrinal sur la clairvoyance paternelle s'effondrera du même coup ! Le père ne saura donc pas toujours la vérité.

Voilà ce qui arrive quand on parle sans réfléchir et qu'on s'engage témérairement.

On se compromet plus encore, lorsqu'on est assez léger pour menacer de punitions bizarres ou irréalisables :

« Si tu n'écris point ta page, tu ne sortiras a plus jamais avec moi.... »

« Si tu ne marches pas mieux> je te donne au t prochain Monsieur que je rencontrerai...* »

€ Si tu es indiscipliné, je ty embarque sur lèpre* € mier navire venu... »

« Si tu ne te lèves pas, je te laisse au lit toute « la journée...- »

« Si tu ne manges pas ta soupe, tu n'auras plus € dorénavant que du pain sec . .., etc.. »

Le bambin n'en croit pas un mot!

Il se rit en lui-même de la candeur du papa qui s'imagine avoir découvert un argument péremptoire, dans une mesure qu'on ne voudrait à aucun prix mettre à exécution.

On juge donc l'enfant bien peu judicieux, bien peu intelligent!

Au contraire, la menace d'une correction qu'on pourrait certainement iniliger, aurait toutes chances de produire effet.

Être surpris en faute, fut-ce sur un point de détail, n'est pas chose indifférente. Le prestige et l'ascendant en sont amoindris, au delà souvent de ce qu'on imaginerait.

Le fils d'un professeur de Sorbonne nous a raconté la particularité suivante :

Il lui prit un jour fantaisie de rechercher dans Boileau le vers bien connu, que son père attribuait à Despréaux :

La critique est aisée, et l'art est difficile.

Besogne ingrate! puisque ce précepte <ie figure point dans Y Art Poétique, mais bien dans le Glorieux do Destouches.

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Il ne le découvrit pas, et pour cause...

L'erreur fut reconnue; et de ce jour, nous avouat-il, il sentit se refroidir quelque peu son admiration filiale.

Puisque nous avons nommé Destouches, restituons-lui aussi en passant cet « alexandrin », que la routine a le tort d'attribuer également à Boileau ou même à La Fontaine :

Chassez le naturel, il revient au galop.

De ce vers, comme du précodent, nous ne dirons qu'une chose : c'est que J'auteur des satires aurait pu l'écrire,.,, s'il y avait songé.

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