‹ Les enfants mal élevésChapitre 33 sur 125 · PLUS SOUVENT · texte numérisé non relu

PLUS SOUVENT

...Par le sentiment, on obtient peut-être des enfants câlins, plus earessants que dévoués. — à condition encore, de ne leur demander à peu près que ce qui leur convient.

...Par l'autorité, on fait des fils respectueux, et des hommes de devoir.

Cette conviction s'appuie sur les considérations suivantes, décisives selon nous.

D'abord, rappelons-le, il importe d'obtenir l'obéissance, bien avant que l'enfant puisse apprécier les

ordres qu'il reçoit : de là le vice du procédé sentimental.

En second lieu, entreprendre de persuader l'enfant, c'est le placer sur le pied d'égalité avec les parents, ce qui n'est point sans danger ; c'est lui permettre de discuter, de contredire ou de réfuter ; c'est éventuellement aussi se faire réfuter fe| corriger, si la répartie est tardive ou si la présence d'esprit vient à manquer.

Et cette lutte périlleuse, dût-elle tourner à l'avantage des parents, est encore, par soi, chose inconvenante et ridicule.

En réalité, cela est inévitable, l'enfant, pressé dans ses derniers retranchements, en arrive toujours dans cette polémique, à donner des raisons absurdes pour se justifier.

La conséquence, la voici :

Les parents s'irritent de cette argumentation par trop humiliante; et, poussés à bout à leur tour, finissent par invoquer leur autorité et leur expérience, c'est-à-dire, répétons le mot, par s'imposer, mais tardivement!

Souvent même ils perdent leur sang- froid, après avoir toujours diminué leur dignité.

Ah! il est bien rare que, dans cette joute insoutenable, le père, lassé des réflexions saugreaues de son jeun** adversaire, n'en arrive pas à le traiter de «gros sot ou de petit imbécile ». Tel est le mot final ordinaire de ces sortes de dialogues déplais et maladroits.

Puis, quand le jeune homme aura 16 ans, 18 ans; quand il sera enivré d'indépendance, assoiffé de désirs, croit-on, que la sentimentalité molle et vague, ou les considérations rationnelles sur lesquelles on faitfond, auront raison dépassions fougueuses...? Croit-on qu'il suffira à la mère, comme nous le disions tout à l'heure, de s'écrier d'une voix mélodramatique: « Malheureux enfant! tu ne m'aimes donc plus! » pour que celui-ci désarme sur-le-champ, et devienne tout à coup souple, facile et transformé9

Lycurgue, voulant donner une leçon au peuple, prit deux jeunes chiens de race, issus de la même mère.

L'un, fut élevé avec délicatesse; l'autre, sous une sévère discipline.

Un jour, le législateur déposa à l'entrée de la place de Sparte une gamelle alléchante, et, se plaçant plus loin, lança un lièvre qu'il avait entre les mains. On lâcha les deux chiens : le premier courut droit à la pâtée; le second, sauta sur le lièvre résolument. L'un avait perdu ses qualités natives ; l'autre les avait conservées et développées.

Ainsi, les friandises, la couchette molle, conviennent à la levrette, qui n'est qu'un charmant toutou : un rude dressage seul peut former un vrai terrier ou un bon chien de berger.

•** Poursuivons la comparaison.

Un individu a un fils. . . et un chien.

Comment se comporte-t-il à l'égard de ce dernier? Il cherche à se l'attacher, à lui faire connaître et aimer 1p maison; il ne le laisse point divaguer à sa fantaisie. Il se préoccupe de le faire obéir en employant, tantôt la menace, tantôt les caresses, le fouet ou le morceau de sucre, avec discernement et réserve. 11 lui apprend à affronter le danger; à ne pas redouter les épines du chemin ni les eaux de la rivière; à ne point s'effrayer au bruit d'une locomotive ni aux cris des passants; à subir les taquineries sans mordre, et le châtiment sans se révolter; il le place enfin dans la compagnie de chiens de race, de chiens choisis, pour lui faire partager leurs bons instincts.

.... Eh bien! qu'il prenne au moins le même souci de son fils !

Sinon, l'enfant deviendra un grand garçon; mais non point un homme, au sens élevé du mot.

Ici se présente une objection.

Ne la fuyons pas.

«L'autorité, dit- on, produit la discipline: d'ac- * cord! Mais allez-vous anéantir dans l'enfant les [ tendresses natives, la grâce, les harmonies qui 1 constituent son charmant apanage? La seule autof rite, sans, le secours du sentiment, ne doit-elle pas c éteindre tout cela dans vos fils, en desséchant « leur cœur, et en étouffant les délicatesses de l'âme? t Les avantages de ce régime, un peu trop militaire, t compenseront-ils les qualités et les heureuses

t tendances comprimées dans leur germe par un t rigorisme imprudent? »

Nous répondrons, qu'il est parfaitement possible d'utiliser la très précieuse et très utile influence du sentiment, à condition qi**on sache employer successivement, et dans l'ordre voulu, ces deux grands facteurs de l'éducation :

La discipline d'abord;

Et ensuite, la persuasion.

L'objection précédente, loin d'infirmer la thèse autoritaire que nous soutenons, nous permettra de démontrer, que l'éducation commencée dans la discipline peut, et doit se compléter par Véducation du cœur; tandis qu'il n'est pas possible, une fois l'éducation sentimentale reconnue insuffisante, de recourir utilement à la sévérité.

C'est ce qui nous reste à établir en quelques mots.

Voici ce qui se passe d'ordinaire.

Pendant les premières années, on laisse l'enfant prendre des habitudes d'indépendance, et suivre sa volonté. — « Ses exigences, assure-t-on, ne portant « après tout, que sur des choses insignifiantes ou « de peu d'in Iportance, on ne se compromet point t en cédant. Va-t-on provoquer une scène, une t révolte, bouleverser la maison, se mettre hors de t soi, en venir aux rigueurs et à la correction.

L'AUTORITÉ ET LA CORRECTION l5t

plutôt que de condescendre à une fantaisie, qui, après tout, n'a rien de bien méchant...? » Et l'on en conclut, que ce serait irriter à plaisir enfant et l'exaspérer sottement, que de refuser le out de papier, le jeton, la futilité enfin qu'il désire. Ici, nous ferons la distinction suivante : t Donnons, accordons l'objet sollicité; soitt Mais

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