‹ Les enfants mal élevésChapitre 37 sur 125 · I. — On élève mal par sa faute · texte numérisé non relu

I. — On élève mal par sa faute

Quand on ne veut pas s'occuper de l'enfant, cela semblant trop ennuyeux...; quand on le sacrifie au charme des distractions mondaines ou à la fièvre des affaires...; quand on le dissipe à plaisir...; quand on le place à côté de tentations probables...? quand on le produit dans des réunions peu sérieuses ou même dangereuses...

iin est-il iamais ainsi...? Car enfin, cette étude

ne s'occupe point des bas-fonds de la société, uù le vice est une habitude, et la corruption une sorte de science...

« Que des parents honnêtes, (puisque c'est d'eux t seuls qu'il s'agit) se trompent, fassent fausse « route...; on le comprend! dira-t-on. Mais que, de c gaieté de cœur, ils amoindrissent la vertu de leur « enfant, alors que, légalement et moralement, ils t sont responsables de sa conduite, et doivent être les « premières victimes de la mauvaise direction € donnée...; voilà qui n'est guère admissible! »

Cela est pourtant possible, puisque cela est.

Sans doute hélas! dans un monde que vous ignorez, on voit d'odieuses compromissions, des calculs inavouables, de honteux trafics, dont la statistique et les tribunaux criminels dévoilent l'histoire, ou lamentable ou révoltante.

Nous n'en parlons pas.

Cependant, dans un milieu qui fait partie de ce qu'il est convenu d'appeler la « société », ne voit-on pas des pères, ex-beaux, viveurs retraités, galants honoraires, faisant fondre les glaces de l'âge, et réchauffant leur vieillesse au tiède soleil d'un o été de Saint-Martin », ne les voit-on pas, disons-nous, revenir pour un temps à la vie de plaisirs d'autrefois, en y associant dans une certaine mesure un grand fils, qui est ravi, enchanté, de trouver dans sou auteur un joyeux compagnon, au lieu d'un censeur importun...

Le père, de son côté, n'est pas fâché de cette protection filiale, qui lui permet de se « rajeunir un peu », en ne se compromettant pas trop.

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Et que pourrait dire la mère?

Ce n'est pas un époux frivole qui se distrait: c'est un bon père qui amuse son fils et lui fait connaître le monde... « Ne le dis pas à ta mère, elle nous gronderait... ! »

Grâce à Dieu ! cette physionomie est rare, sans être toutefois introuvable.

Ne noui attardons point.

Hâtons-nous d'arriver à la seconde catégorie de parents, honnêtes au sens vulgaire, qui donnent encore par leur faute une éducation mauvaise.

Tantôt par cupidité, tantôt par ambition, un père autorise telle société peu correcte, telle intimité imprudente ou déplacée.

« Darne! le gaillard est bien tourné.../ se dit-il « tout bas,#£ s'il devenait la coqueluche de quelque t riche héritière, où serait le mal? »

N'avez-vous pas entendu de ces hommes, braves gens au demeurant, tenant ce langage à leurs fils : « Eh bien! mauvais sujet! f en apprends de belles « sur ton compte... Il paraît que tu fais des con- « quêtes, petit polisson ! »

Qu'y-a-t-il au fond de tout cela? Pourquoi ce tapage? Pourquoi ces phrases sonores?

Parce que le jeune « damoiseau » a eu la complaisance de porter àla promenade l'écharpe de ces demoiselles, ou leur agracieusement cédé sa place au « cro- « quet »... ce qui est de simple politesse; ou encore, parce que, avant son tour, il a spontanément mis

sur son grand nez le bandeau traditionnel des jeux de salon.

Mais l'idée que son fils est un garçon entreprenant, flatte l'orgueil du père, qui surfait d'une façon misérable, et grossit d'une manière grotesque les démarches les plus communes, et les incidents les plus vulgaires.

Le propos paternel n'est après tout qu'une plaisanterie, objectera-t-on.

C'est possible, disons même probable; mais le jeune homme, lui, y verra un encouragement formel à sortir de la sage réserve où il croyait devoir se renfermer jusque-là.

Et si le fils s'aulonsant de ce langage, dépasse un jour les limites du badinage ; à qui la faute en réalité...?

Montons plus haut.

Voici une très honnête mère, une femme excellente. Sa concierge la voyant sortir tous les dimanches, vers midi trois quarts, avec un petit livre à tranche dorée, la juge une femme pieuse...

Cette mère a une fille sérieuse, modeste, charmante de candeur, simple comme un enfant, pure comme un ange! si pure même, que la mère est toute chagrine, quand elle rencontre dans le monde d'autres jeunes filles, ayant le verbe haut, le regard presque osé, et un petit sans façon d'allures qui les fait suffisamment remarquer.

Elle est très mortifiée par la comparaison à laquelle

elle se livre en silence... « Sa fille, hélasîne sait pas c se faire valoir, pense-t-elle avec tristesse... Il faut « se l'avouer! ses amies, qui certes ne la valent pas, t emportent les suffrages et confisquent à leur profit « égards et attentions... Non î il ne faut pas se « jeter à la tête des gens, mais on sert tit bien « sotte de laisser toute la place aux autres... leur enc train est un peu tapageur et leur assurance excès « sive, si l'on veut ; mais enfin! elles plaisent : c'est « clair, c'est évident! »

Désormais, cette pauvre mère n'a plus qu'un désir : voir sa lille imiter les amies en qui elle blâmait jadis un lé^er manque de distinction.

Le succès est à ce prix.

« On ne doit pas exagérer les meilleures cho- « ses... Il faut ce qu'il faut... Il y a une mesure en « tout. . » Tels sont les conseils, très humains sans doute, mais regrettables, dont la jeune fille sera poursuivie.

Examinons la métamorphose :

Sur le conseil maternel, les coiffures deviennent moins c calmes » ; les robes plus voyantes ; les modes plus « enlevées ».

Le jour, on conduit la jeune fille là où il y a du monde : expositions, courses, concerts; et le soir, on la mène dans le monde.

Jugez de la joie maternelle, la nuit où la jeune fille n'a pas manqué une seule contredanse!.-.

Eh bien! on rendrait service à cette mère, en lui apprenant que les jeunes gens, même les plus inconsidérés, sont moins sots qu'on ne se l'imagine d'ordinairo.

Pour eux, comme pour tous, il existe dans les salons deux catégories déjeunes filles, nettement distinctes... : celles à qui on offre le bras, et CELLE dont on demande la main.

Le valseur s'empresse auprès de beaucoup, et papillonne autour de toutes.

L'épouseur est plus discret : il se réserve, et admire en silence...

Tout s'enchaînant, on croira bon de forcer un peu la note...

Pour la première fois, la jeune fille entendra une pièce risquée, (Dieu sait ce qu'il peut y avoir sous ce mot!); et l'on visitera des musées aux œuvres mal voilées.

Quant aux lectures, reconnaissons qu'on ne permettra rien de déshonnête; mais on tolérera tel livre qu'on aurait défendu un mois auparavant...

La nuance est perceptible.

Enfin! à force de dévouement et de peines, la pauvre femme en arrivera sans doute à défraîchir légèrement, par sa faute, cette fleur suave, tendre et délicate : l'àme d'une jeune fille..., sa fille !

II. — Parlons maintenant de l'autre catégorie d'enfants mal élevés, a savoir : ceux gâtés par le fait des parents.

Confessons vite que quelquefois un père ou une mère, tout eu ayant conscience de leur austère de-

voir d'éducateurs, tout en comprenant leur si haute mission, ne parviendront pas à faire le nécessaire, en dépit de leur ardent désir de se sacrifier à leur enfant.

Supposons un père libre-penseur, et une mère croyante.

Le père néglige toute éducation sérieuse, et tente follement sur son fils l'épreuve du système de Jean- Jacques.

Ici, la mère n'est pas en faute...

Cependant, c'est au moins par le fait du père que l'enfant n'aura pas de direction utile.

On le voit, cette hypothèse même, loin de combattre notre thèse, la confirme de tout point.

On demeure interdit, quand on voit avec quelle sérénité des parents sacrifient le cœur de leurs enfants î

Prenant au hasard trois familles dans un même groupe, voici ce que nous trouvons :

— Mr*** avoue, qu'au pensionnat ou au collège. son fils se trouve en contact avec plusieurs a véritables « petits voyous ». Il y a bien à quelques lieues de là, à R.., une maison d'éducation parfaite ; mais les jours de sortie, il faudrait aller chercher l'enfant : a Ce « serait par trop gênant... » Et on ne veut point se gêner.

— Inversement, Mr A..., qui habite R..., expédie son fils loin de lui, près d'un vieil oncle célibataire qui joue le rôle de correspondant. Là. le jeune homme

aura sous la main les romans les plus éhontés ; et, sous les yeux, la société la plus mélangée... On se résigne, car on escompte la succession de ce joyeux drille.

— Mm* Y..., mère de deux enfants, a pour voisine une veuve, étrange personne dont le langage est quelquefois « plus que leste », et qui, très souvent descend passer la soirée pour se désennuyer. A en croire la maman, son fils a ressenti la plus lâcheuse influence de cette conversation intempérante. Ce n'est point tout ! cette voisine a elle-même un grand fils indignement élevé, qui vient aussi rendre visite à Mme Y... et à sa jeune fille ; et cette dernière ne voit pas sans plaisir ces assiduités presque quotidiennes. « Mais, ajoute sa mère , pour rien au t monde, je ne voudrais que la chère petite pût t rêver un seul instant une pareille union ! »

Et cependant, elle restera dans cette maison... Songez donc ! changer ses habitudes pour sauvegarder deux enfants! quitter l'appartement qu'elle occupe depuis vingt ans... !

Ah ! si on la menaçait d'augmenter son loyer, ce serait autre chose !

On élève mal par son fait :

Quand, malgré de bonnes intentions, malgré la volonté générale de réussir dans l'éducation, on s'y prend mal, ou au rebours de ce qu'il conviendrait.

Dans ces cas divers, l'enfant n'est-il pas encore victime de nos erreurs ?

Voici par exemple une nature tendre, expansive affectueuse :on lui tient rigueur à l'excès, on l'élève sèchement.

Tel autre enfant est ardent, prime-sautier, plein de ressort et d'énergie. Il conviendrait de le mater au plus tôt... : on lui laisse la bride sur le coul

Les parents n'ont pas tenu compte de ces tendances : ils n'ont pas su les combattre.

Ce n'est pas leur faute : d'accord t Toutefois, l'insuccès proviendra de leur fait.

Or c'est exactement ce que nous croyons, et prétendons.

Une petite fille a des parents vaniteux... La vue d'un enfant d'humble tenue, loin d'éveiller en elle la sympathie et la pitié, lui suggère des sentiments d'orgueil et de sotte fierté. Elle refuse de jouer avec celle dont le vêtement est plus modeste que le sien; mais au lieu de réconduire avec douceur, elle dira d'un air pincé et d'une voix brève cette dure parole : a Merci> Mademoiselle, vous n'êtes pas assez bien mise. *

Et le propos coupable, ne sera point sévèrement blâmé.

On fermera l'oreille, sans comprendre que cette mauvaise parole est encore plus funeste pour qui la prononce, qu'humiliante pour qui la subit.

Ces pauvres parents, tout en ayant l'intention de bien faire, se contentent de voir les choses de si haut

L'AUTOKiTE ET LA CORRECTION 45)

et de si loin... qu'ils finissent par ne plus rien apercevoir du tout.

Ils oublient, que la vraie éducation se compose de minuties apparentes, d'incidents quotidiens, de détails multiples, qui rapprochés les uns des autres, constituent le fond même de l'esprit et du caractère ; ils oublient en un mot que c'est l'œuvre de tous les instants !

Semblables préoccupations leur paraissent mesquines, insignifiantes, exagérées...

Ils croient faire assez, en faisant beaucoup afin de bien élever leur enfant; alors que leur devoir impérieux et sacré, est de tout faire, pour aider à ce résultat.

Car ce n'est pas seulement au regard d'un monde indulgent, mais devant ce juge sévère, la Conscience, que nous sommes comptables des sentiments inculqués à nos enfants.

On conduit donc la petite fille dans les bals enfantins, où elle échange sa naïve candeur, contre l'imitation déplacée d'usages de commande et de conventions mondaines.

Elle choisit ses jeunes cavaliers d'une façon exclusive; ce qui enchante les parents.

Voit-on poindre une coquetterie précoce...? Le succès est complet; et l'on cache mal la joie qu'on en éprouve.

Et cependant I pourquoi tant se hâter de mûrir ayant l'heure cette âme à peine éclose, et d'égrener

ses illusions enfantines. . . ? Pourquoi y semer les vanités, l'envie, les jalousies, comme si les tristesses et les déceptions n'arrivaient pas assez tôt dans la vie...? Pourquoi réduire les années d'une jeunesse, déjà si fugitive. . . ?

« Les chérubins ont bien le temps « De connaître notre misère!

t Pareils jeux sont sans conséquence pour eux • assure-t-on; ce sont des enfants... » Moins qu'on ne le pense !

Puis, jeune fille, elle apprendra des proverbes de société, saynètes qu'on étudie tout l'hiver, pour ne les point savoir au printemps.

Qu'importe après tout ! ne sont-ce pas les répétitions qui présentent le véritable attrait ?

Et pourquoi?

Parce qu'on aura le droit — de par ses parents — de dire et de redire, en tant que « personnage * , ce que l'on ne pourrait ni n'oserait exprimer, dans les relations ordinaires de la vie.

« Mais puisque c'est dans le râle...! »

... Aht la plus curieuse comédie est bien celle qu'on joue à son insu !

Le choix de la pièce, les rôles ou réclamés ou distribues, tout est un intéressant sujet d'études et de révélations piquantes pour l'observateur.

Enfin, pour former la débutante, ou plus souvent encore pour ne point se priver eux-mêmes d'une

distraction qui plaît, les parents la conduiront dans la plupart des théâtres.

D'abord elle rira sans comprendre — heureusement! Ensuite, elle comprendra, sanspouvoirsourire...

Supposons une domestique indiscrète racontant, en manière d'anecdote, l'intrigue qui fait le fond de la pièce à laquelle l'enfant a assisté... On chasserait la coupable avec indignation 1

— a Imaginez-vous cette misérable disant de pareilles choses à ma fitle! C*est abominable! »

Tout en la préparant pour la vie élégante et brillante, on n'oublie pas les études classiques.

De nos jours l'instruction aprisune extension telle, qu'elle prime et absorbe en quelque sorte l'éducation, avec laquelle les esprits superficiels sont tentés de faire confusion fréquente.

Cela est si vrai, que, journellement, pour dire qu'une jeun© fille a suivi pendant de longues années des cours supérieurs, on s'exprime ainsi : elle a reçu une a éducation » très complète.

On ne voit pas de différence entre ces deux mots si distincts, comme le sont d'ailleurs les idées qu'ils représentent.

Ah! qu'il est curieux d'entendre la mèro disant, à

. haute voix, avec les inflexions voulues que je lecteur

saura imaginer : « Hier, en sortant de la Sorbonne

« avec ma fille.,. Demain, en allant avec ma fille à

« la Sorbonne,.. t

Certes! nous sommes loin de méconnaître les dons de l'esprit -chez la femme.

Disons même, qu'à notre avis, son intelligence est en général bien plus prompte, bien plus ouverte que celle de l'homme.

Mais, autant un enseignement sage et approprié est favorable et utile à la jeune fille ; autant un fatras de connaissances indigestes remplaçant les qualités naturelles de son esprit , lui donne une suffisance regrettable, et même une nuance de pédanterie fort déplaisante.

On entend alors des conversations où il y a do tout..., excepté du goût et du charme !

Et qu'est-ce qu une jeune fille sans cela, mon Dieu ! Dans un discours incohérent et avec une volubilité qui surprend, elle vous parlera en une demi-heure : d'Origène et d'oxigène — des Guerres puniques et des Dragonnades — de Caracalla et du phylloxéra — de la Révélation et de la Suggestion...

C'est à demander grâce !

La mère, rouge de joie, écoute avec une complai» sance émue, tout en simulant l'inditïérence.

Et l'on quitte le salon en se disant : voilà une jeune personne qui serait parfaite, si elle savait moins de choses !

Ce qu'elle a gagné en connaissances vaines, ne compense pas, à beaucoup près, les grâces naturelles de son esprit qu'elle a eu grand peine à déformer, sous le poids d'une science plus massive que solide.

...Une brillante valseuse se plaignait un jour en soirée, d'avoir cherché perdant toute la matinée la

L'AUTORITÉ ET LA C6»*iŒCTTOIf 1SV

golution d'une équation... Une amie charitable aurait pu lui taire remarquer : que le nœud de son épaulette ne tenait plus que d'un fil, et qu'il manquait trois boutons à ses gants...

Mais d'habitude, les jeunes filles ont leurs gants en état, tandis qu'une équation, est un travail non vulgaire, qui distingue des profanes...

A notre avis, ici encore on confond deux mots et, deux idées :

Se faire remarquer, n'est point nécessairemen se distinguer.

Loin de là I

III. — Il y a un moyen facile, ce semble, de four nir la preuve des allégations précédentes. C'est de passer en revue, les types principaux et ordinaires d'enfants mal élevés, et de constater si, oui ou non ils ne sont point tels, au moins par le fait de ceu:s qui ont mission de les diriger.

Gomme on le voit, nous ne nous occupons plus des parents coupables; mais seulement de ceux qui, faute de réflexion ou d'expérience se méprennent, tout en ayant de bonnes intentions.

On citera le jeune Paul qui a quatre ou cinq ans : il est rageur et gourmand ; il bat sa bonne, pince ses sœurs et menace sa mère...

Oui, il est mal élevé.

Mais ce qu'on ne dit pas, c'est qu'on a ri de ses

premières violences ; c'est qu'on l'a menacé en vain de corrections nui n'arrivaient point ; c'est qu'on aimail mieux céder à ce qu'on appelait alors ses « caprices », que de résister.

On se demande même si jamais il sera possible de ressaisir l'autorité, dont on a négligé de s'armer en temps opportun.

En sorte que c'est par le fait des parents, qu6 l'enfant est devenu insupportable.

Autre exemple : Jean a six ou sept ans : il est insolent, boudeur, exigeant. Il vend son obéissance, se faisant payer en jouets ou en pièces blanches les plus légères concessions : à moins qu'il ne résiste ouvertement.

A ses heures de révolte, il traite son père de € vilain papa », etc..

Lui encore, est très mal élevé, n'est-il pas vrai?

Mais ce qu'on ne raconte pas, c'est que, si le père veut punir, la mère, elle, câline le coupable, et dans son aveuglement, s'oublie quelquefois jusqu'à dire à l'enfant pour le consoler : a Viens, mon ange, avec « ta petite mère ! ton papa n'aime pas son petit « garçon... Il est trop méchant. •

Ou bien, si la mère donne un ordre, inflige une punition, le père maladroit lève l'interdit ou blâme tout haut la sévérité maternelle, sans mesurer les torts de l'enfant, souvent même sans savoir de quoi il s'agit...

Heureux I quand il ne contrecarre pas très positi-

vement sa femme, en permettant ce qu'elle vient de défendre !

Quoi ! ce n'est point parle fait des parents que cet enfant est mal élevé ?

— Louis a environ dix ans. Sa tenue, ses manières, son langage sont détestables : sa famille en rougit. Loin d'être affectueux, il ne cache point l'ennui profond qu'il éprouve au foyer, où il ne trouve rien qui l'intéresse, l'attire ni le retienne.

Certes, il est mal élevé.

Toutefois, si l'on remarque que pendant ses jeunes' années, il était presque exclusivement aux mains des domestiques; et que, si par hasard les parents se montraient, c'était pour gronder et réprimander; si l'on ajoute qu'un peu plus grand, il a été placé dans un internat où Ton s'est occupé beaucoup de son intelligence, un peu de son corps, et pas du tout de son cœur — , alors, il est probable que l'étonnement cessera.

Étaient-ce les occupations du monde ou les affai» res qui absorbaient?

Peu importe ! Pourl'enfant, le résultat est le même : il est moralement abandonné*

— Pierre a quinze ans ; il fait le désespoir de ses parents Il a été éconduit de divers collèges et institutions; il a les mollesses affadissantes de la paresse,

et en même temps les ardeurs de l'insolence. Il n'est intelligent que s'il s'agit de mal faire... ou de faire mhl.

h appelle son père « le paternel », et rit de sa naïve mère.

Il lit les romans à la mode, demande toujours de l'argent, vend ses dictionnaires, s'ouvre un crédit chez le pâtissier, insulte les domestiques, se moque de tout le monde...

Au dire de son père, c'est non seulement un enfant mal élevé, mais c un méchant petit animal ».

Un jour, poussé à bout, on veut réagir: on ne le peut plus.

....Eh bien! ce Pierre : c'est Louis, c'est Jean, c'est Paul avec quelques années de plus.... De mauvais, il est devenu pire : le germe s'est développé. Et il devait en être ainsi du moment qu'on le « laissait faire ».

Gomment ne l'avoir point prévu !

IV. — Donc, les enfants sont mal élevés par le fait des parents:

Si l'on s'en remet à des mercenaires du soin de l'éducation; s'il y a contradiction dans les ordres; si l'on tolère auprès d'eux des influences mauvaises; si l'on ne c^onne pas l'exemple soi-même, etc..

Cela n' &t pas douteux.

Mais de plus, il est divers cas spéciaux, où l'on doit reconnaître, que l'enfant est plutôt victime des

circonstances que personnellement coupable. Et ces hypothèses rentrent dans la présente catégorie. Précisons:

— Un fils est le seul survivant de nombreux frères et sœurs... On le soigne à l'excès; on l'entoure d'une sollicitude anxieuse. Il est si constamment choyé et suivi, qu'il finit par prendre en grippe sa famille, et par secouer ce joug fatigant qui lui ôte tout ressort, toute initiative, et toute indépendance légitime.

Ces attentions incessantes, ces soins exagérés, touchants et respectables je n'en disconviens pas, produisent en définitive un résultat énervant.

— Un homme de science, absorbé par le côté philosophique des grandes questions et des graves problèmes qui occupent son esprit, parle de tout devant son fils, qui, à peine sorti de l'enfance, a déjà feuilleté en curieux, jusqu'à la dernière page, le livre delà vie! Il a seize ans, dix-huit ans..., et c'est un petit vieillard.

Ici encore, peut-on faire grief à l'enfant de sa précocité inquiétante?

— Une mère reste veuve.... Lui faut-il par les rigueurs s'aliéner le cœur de l'être béni, qui lui rappelle le cher souvenir de celui qu'elle pleure? D'ailleurs, sait-on être sévère quand la douleur vous a meurtri, vous ôtant toute énergie morale et toute force physique : on a trop besoin de paix et de talme... Le malheur veut le silence.

L'entant va donc grandir, laissé à lui-même presque complètement.

Exploitant la situation, le jeune homme alléguera

m LES ENFANTS MAL ÉLEVÉS

la nécessité de telles dépenses, l'avantage de telles camaraderies, l'utilité de telles sorties dans l'intérêt

de son avenir Et la mère, incapable de se rendre

compte par elle-même du bien-fondé de ces affirma* tions, en passera sans mot dire par toutes les fantaisies imaginées par son fils, en vue de l'indépendance qu'il convoite.

Cependant, même dans ces douloureuses éventualités, l'expérience peut compenser dans une large mesure la complicité néfaste des événements.

Oui, cette digne mère affligée, qui ne veut point se séparer de son fils qu'elle est impuissante à élever, aime son enfant d'un grand amour I Mais telle autre qui, en cette occurrence, confierait à des maîtres sûrs et éprouvés l'éducation qu'elle ne peut donner par elle-même, ferait preuve d'une tendresse plus intelligente et plus éclairé©

Elle aimerait mieux

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