LE FOUET
Dans les tentatives de rébellion qui se manifestent vers deux ou trois ans, (et de l'issue desquelles dépend l'autorité paternelle), faut-il employer le fouet. ... ? Appelons les choses par leur nom.
Si Ton sait, répondrons-nous, obtenir soumission plénière du petit enfant en révolte, sans recourir à la correction manuelle dans ces grandes batailles dont nous parlions, on est en droit de se proclamer l'inventeur d'un système brevetable.
Remarquez que l'hypothèse est celle d'un enfant qui ne veut pas céder, et résiste sciemment.
Le faire obéir, est donc une nécessité.
Ici, surgit une objection :
c II refuse de se soumettre; c'est possible! mais c pourquoi le châtier, si on peut l'amener par des « moyens détournés à ce qu'on désire, en lui proui vant qu'on a raison, ou qu'on lui conseille une t chose avantageuse? »
La réponse est bien simple : en pareil cas, convaincre n'est pas vaincre; c'est la victoire des dé* sarmés, la force des impuissants.
Oui, il s'est laissé persuader, mais il n'a pas obéi. Il a fait sa volonté tout en correspondant à votre désir; il a partagé votre manière de voir...., mais non point cédé t
On lui a suggéré une résolution ; on ne lui a pas intimé un ordre.
Et s'il est réfractaire à l'éloquence, faudra-t-il humblement déposer les armes.....?
La correction manuelle, semble donc en principe inévitable quand l'enfant, insensible à votre dialectique, s'obstine et s'insurge; inévitable surtout, tant qu'il n'a pas assez de raison pour apprécier les t considérants » des arrêts paternels.
Entendons-nous bien toutefois!
Cette nécessité n'existe, à notre avis, que pour le premier âge, et encore dans de rares circonstances.
L'important, est que l'enfant apprenne, tout jeune, qu'il peut être châtié avec rigueur, s'il résiste.
Mais la contrainte est inadmissible, on le conçoit, quand il est devenu grand : on n'a plus alors pour ressource que les observations, aussi répétées qu'inutiles, si l'on n'a pas commencé par le mater.
On se donne un mal infini pour n'aboutir point : c'est à désespérer!
Et l'on désespère en effet...
La correction est-elle conciliable avec l'amour paternel et maternel?
Si l'on en croit le livra des Proverbes : celui qui
épargne la verge « n'aime point » son fils : qui pareil virgam, odit filium (x.in, 24).
Educate filios in disciplina, lisons-nous encore au chapitre vi, t. II.
Et la Sagesse des Nations reprend à son tour : « Qui aime bien, châtie bien. •
Le mot est remarquable.
Aimer bien, c'est aimer comme il convient; aimer, non point ses convenances, mais ce qui est le mieu* j>our l'enfant, sans en excepter la discipline.