‹ Les enfants mal élevésChapitre 52 sur 125 · LA NATURE UEMPORTE-TELLE SUR L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

LA NATURE UEMPORTE-TELLE SUR L'ÉDUCATION

« Vous i^mblez, nous dira-t-on, attribuer à l'édu- « cation un rôle décisif en quelque sorte, en tout « cas excessif, et vous méconnaissez trop les tenir dances innées qui constituent l'individualité. Bref, « vous surfaites l'efficacité de l'éducation; et la « preuve, c'est qu'étant donnés deux enfants issus de « la même famille, et par conséquent élevés d'une « manière identique, il est très admissible que vous « vous trouviez en présence de natures, non seulet ment dissemblables, mais même complètement « différentes. Donc, l'innéité est plus forte que l'édut cation. »

Telle est la critique que nous devinons.

On ne nous accusera pas de la réduire, de la diminuer à plaisir, pour la combattre plus à l'aise.

Nous entendons au contraire lui donner tout le relief possible.

Qu'on nous permette cependant de professer une autre opinion.

Nous allons tâcher de justifier en peu de mots notre sentiment.

D'abord, nous reconnaîtrons que l'objection est si spécieuse, si séduisante, qu'elle apparaît comme

L'AUTORITÉ ET LA CORRECTION m

invincible, irréfutable, pour qui ne regarde que le dessus des choses.

Mais un examen plus attentif, révèle bientôt le vice de cette argumentation fallacieuse.

Ayant observé plusieurs exemples analogues à celui qu'on nous oppose, voici les remarques qui nous ont frappé.

Non ! il n'est pas exact de dire que les enfants sont élevés nécessairement de la même manière parce qu'ils ont les mêmes parents, et vivent dans le même milieu. Il y a de nombreuses différences dont nous signalerons les principales.

I. — Un fils naît dans les premières années du mariage; un autre longtemps après...

L'un est venu dans les jours de prospérité ; l'autre, à la suite de désastres financiers ou de violents chagrins domestiques.

Ce même foyer observé à deux époques distinctes, ou sous deux influences inégales, ne se ressemblera pas plus que ceux de familles étrangères.

... Tel enfant est beau, gracieux, tandis que son frère a l'aspect ingrat... L'aîné est spirituel et flatteur; le second, peu éveillé.

Qu'arrive-t-il maintes fois?

Par unC uetite vanité instinctive, au lieu de se préoccupei surtout de celui qui est moins bien doué, on met *on frère au premier rang, on le suit de plus près, on le cultive avec un amour de préférence.

En sorte que, loin de rétablirl'équilibre, on accen-

tue ainsi les différences naturelles; on les aggrave, on les accuse de jour en jour ; et tandis que Yun se développe et se perfectionne, Vautre s'amoindrit et se rétrécit davantage.

Donc, en bien des cas, les frères ne reçoivent pas une éducation identique.

Ah ! nous comprenons que nous avons mauvaise grâce à dire qu'il faut plutôt s'occuper du déshérité, le vêtir d'autant plus correctement qu'il est moins élégant par lui-même.

Cependant, là est la Vérité et le Devoir...

Nous ne méconnaissons pas la spécialité, ni l'originalité des caractères ; mais, nous estimons que l'éducation peut l'emporter sur les tendances naturelles à condition que Ton gouverne l'enfant de très bonne heure.

C'est là toute notre thèse ! Et si nous ne nous abusons, nous en avons fourni la démonstration au chapitre des € incorrigibles, v

Ajoutons enfin que les circonstances, même indépendamment de toute faute des parents, créent parfois deux milieux d'éducation, deux régimes bien différents.

Ainsi, arrive-t-il, lorsque les aïeuls s'attachent à l'un de leurs petits-fils d'une manière exclusive ; ou quand au contraire, les domestiques prennent en grippe l'un des enfants qu'on leur confie.

Le chéri et le souffre-douleur* sont de fait, en dehors de la règle commune.

"L'inégalité d'affection à l'égard des garçons ou des ûlles, est aussi très fréquente.

...Un père voit dans son fils le continuateur de son nom ou de son œuvre; et l'argent qu'il dépense, est une semence qui rendra au centuple ce qu'elle a coûté : du moins on tâche de le croire...

Les filles sont charmantes, mais il faut les doter, chose lourde î les pourvoir, chose grave !

...Par contre, une mère trouve, avec raison, qu'elles sont autrement faciles à élever.

Une fille, est une société de tous les jours ; plus tard, elle sera une amie fidèle, gardant le foyer et l'animant de sa voix et de son rire, en l'absence du chef de famille que les affaires retiennent loin du logis...

II. — Quand on compare l'éducation morale donnée selon les sexes, l'inégalité est encore plus frappante.

Gomme souvent le père s'occupe peu de la direction de ses fils, la mère envisage l'avenir en ce qui les concerne, avec une tristesse et une frayeur qui ne s'expliquent que trop. D'avance, elle est décou-

ragée.

Et elle est excusable I car, si la femme suffit, et se suffit pour élever des filles, l'intervention active et énergique du mari est nécessaire, quand il s'agit des garçons.

Or, bien des pères ne demandent à l'héritier de leur nom, que de se mettre en état de passcf

JOt LES ENFANTS MAL ÉLEVÉS

les examens, quand viendra l'âge de les subir. Et... foin du reste !

Pour eux, Y éducation, c'est le diplôme.. A

Et ils se croient admirables de dévouement, s'ils paient 300 francs de plus que le voisin pour la pension de leur fils...

Ils appellent cela : « se sacriGer 1 »

Que le collège qui a reçu un être charmant, au teint frais et au cœur tendre, rende un « potache » blême et sceptique, mais diplômé... : nombre de pères s'en contenteront fort bien l

A quoi bon songer au cœur et à l'âme des garçons! est-ce que cela compte... ! N'y a-t-il pas, d'ailleurs pour eux une morale relative ?

En fait, le langage que l'on tient dans d'honnêtes familles, peut se traduire ainsi : « Inévitablement, t ils tourneront mal ; c'est écrit! »

Et au fond du cœur, on en prend son parti avec une résignation étonnante !

Oui, il y a dans le monde une certaine manière dégagée de dire : « Oh...l les garçons...!! » qui est des plus significatives, et équivautà ceci : « Pour eux, t c'est affaire réglée, chose convenue : n'en attendez o rien de bon ! »

Pourtant, ne sont-ce point eux qui fournissent les fils, les époux, et les pères... ? (ce qui compte pour quelque chose dans les familles, n'est-il pas vrai?)

Afin de se décharger d'un labeur difficile, on s'empresse de proclamer le travail impossible.

C'est plus commode...

Jadis, la naissance d'un garçon, ce représentant légalet social des traditions de famille, étaitune joie, an bonheur.

On estimait sa venue une faveur céleste, une bénédiction précieuse, qu'il convenait de célébrer par des banquets, des hymnes et des fêtes ; on y trouvait l'occasion d'amnisties généreuses et d'aumônes abondantes. Les honneurs, les présents, même les privilèges de la loi, allaient à l'heureux père d'une lignée masculine. . .

Aujourd'hui, plusieurs se demandent, si avoir un fils, n'est point une sorte de malheur !

Étrange logique f

Bientôt, les parents voudront des gendres élevés tout autrement que ne l'a été leur héritier.

Combien de pères s'indignent à la vue de leur fille malheureuse en ménage, et professent simultanément cette doctrine, à savoir : qu'ils perdraient leur temps à vouloir diriger leurs garçons...

Eh bien ! ceux qui font preuve de cette tolérance quelque peu voisine de la complicité, ne doivent pas se plaindre, quand le jeune homme dévie du droii chemin.

...Un attelage à deux, comprendun cheval difficile à gouverner, et un autre, doux et maniable. N'est-ce pas le premier surtout qu'il convient de surveiller, et de discipliner?

Ajoutez, que notre époque se préoccupant de plus

m LES ENFANTS MAL ELEVES

en plus de séparer l'Instruction de l'Éducation, nous le démontrerons tout à l'heure, on constate, qu en France, les garçons manquent presque complètement de direction morale. On les fait instruire. Et c'est tout. I

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