LA PHYSIONOMIE ET LE CARACTERE
dévoilera l'intimité de ses impressions, si on l'observe, les yeux dans les yeux.
Nous mettons en fait, qu'au début, un jeune indiscipliné se détourne pour dire une insolence ; et que, d'autre part, s'il surprend un regard ferme à l'instant même où il reçoit un ordre, il est déjà à moitié persuadé. Car si notre bouche parle plus, elle parle souvent moins bien que nos yeux.
Au contraire, il est très rare que l'enfant se gêne quand les parents s'adressent à la « cantonade ». Dans ce cas, la parole ne frappe que le tympan; tandis qu'elle va aux profondeurs de l'être, quand notre fils lit sur notre visage les formules impératives qu'il comprend, bien avant de savoir épeler les signes du syllabaire.
Oui, c'est par le regard fuyant , que l'enfant échappe à la direction de la famille et cache son âme.
Voyez ce qui arrive quand les paupières sont baissées... Toutes les expressions de la physionomie sont voilées, effacées même, et les intentions sont insondables.
Pourquoi ? Parce que l'intelligence concentrée au dedans, aussi bien que les résolutions prises en secret, se communiquent seulement par ces illuminations soudaines et vives du regard.
Un pauvre aveugle, si intelligent soit-il, est comme une maison fermée de tous côtés et qui a l'air inhabitée.
Que de nuances infinies dans un regard d'enfant ! Que de choses il raconte, alors que la parole et l'attitude ne laisseraient rien soupçonner î
Les impressions vraies, la sincérité des promesses, les faux-fuyants, les bons propos, les rancunes... tout cela se montre à livre ouvert, sur ces deux feuillets cristallins et limpides qui s'appellent : les yeux !
Tantôt brillants ou menaçants, tantôt enflammés ou méprisants, tantôt indifférents ou résolus, vindicatifs ou dissimulés, ils photographient l'âme dans leur objectif minuscule qui réfléchit les pensées, en des contours francs et radieux...
Oui ! regarder, et surtout faire regarder l'enfant bien en face ; voir jusque dans les derniers replis de cette petite conscience, c'est à notre avis un des premiers procédés qu'il convienne de mettre en œuvre, pour être à même de poser judicieusement un diagnostic moral, point de départ de cette hygiène supérieure qu'on nomme : l'éducation.