CHAPITRE TROISIÈME
COMMENT ON EVEILLE LA GAIETE CHEZ L'ENFANl
Une objection fort répandue nous barre le passage.
Commençons par y répondre.
« On ne peut pas, dit-on, changer le températ ment des enfants; les uns sont gais, les autres t sont tristes, tout dépend des natures. ■
Le propos est exact si Ton parle d'individus déjà formés : la réforme étant œuvre ingrate, sinon irréalisable.
Mais ce que nous ne saurions admettre, c'est qu'il n'y ait pas moyen de modifier très profondément les caractères, si l'on s'y prend de donne heure.
Là est toujours le vrai secret de l'éducation, et sa grande efficacité : s'y prendre a temps
L'habitude n'est-elle pas une seconde nature?
Et si la continuité des influences modifie l'homme et le transforme, à plus forte raison cette action estelle rapide et profonde quand elle s'exerce sur de jeunes sujets.
•*• Pour stimuler la gaieté, on observera ce qui, de
préférence, est susceptible de faire naître le rire chez l'enfant.
Croire le distraire avec ce qui nous semble particulièrement gai, est une erreur.
Chacun ne juge pas, ne ressent pas de la même manière. L'un se pâme à la vue d'une contorsion \ un autre se déride plutôt grâce à une idée joyeuse...
Recherchons donc, avant tout, quelle est la chose qui excite Je rire; puis, une fois cette remarque faite, engageons l'enfant à renouveler la réflexion, la plaisanterie, l'innocente gaminerie qui engendre son hilarité; et par mille moyens ingénieux, aidons à cette petitemanœuvre.
Ainsi, au lieu de prétendre l'égayer avec les drôleries de notre invention, rions de celles de son choix; provoquons-les, attachons-y grand intérêt: feignons, si besoin est, de trouver l'idée charmante et amusante comme nulle autre 1 et, à n'en pas douter, l'enfant répétera sa naïve comédie pour faire rire : afin d'y parvenir, il rira lui-même.
C'est infaillible!
Et pour peu qu'on s'y prête en rien, la gaieté transmise, deviendra bientôt gaieté acquise.
Certaines natures sont si tristes au dedans, si t raides » au dehors, qu'il est très utile de les assouplir d'abord par Pactivité musculaire.
Les danses, rondes, sauts, courses, sont la meilleure préparation qu'on puisse recommander, car l'homme est un composé binaire, corps et âme, ne l'oublions pas.
Un excellent moyen d'employer cette activité des enfants, consiste à se faire aider par eux dans un travail utile..., ou imaginé tel. Rien ne les flatte plus que cette collaboration, qui les rend sérieux et heu» reux tout ensemble.
Il est bon encore, si un enfant est absorbé, chagrin ou boudeur, de lui poser subitement une question se rattachant à un ordre d'idées qui l'intéresse...
Plu« la transition sera brusque, complète, mirux cela vaudra pour ranimer la gaieté endormie.