L'INSTINCT
Reid définit l'instinct : « une tendance naturelle et aveugle qui nous porte à certaines actions, sans délibération et sans réflexion. »
L'instinct, dit M. Bénard, est non seulement dépourvu d'intelligence, mais incapable de perfectionnement; et ses manifestations les plus remarquables et les plus évidentes apparaissent dans l'enfance, alors que nous ignorons encore tout ce qui est nécessaire à notre conservation.
Bien que cette impulsion soit moins développée chez l'homme que chez l'animal, elle préside néanmoins à une multitude d'actes que nous exécutons machinalement au début de la vie, comme à l'âge de raison.
Ainsi, on ne réfléchit point quand on détourne la tête pour éviter un coup, ni quand on étend le bras pour rétablir l'équilibre au moment d'une chute imminente.
De pareils actes ne sont point voulus: leur earac-
tère est la rapidité et l'inconscience ; et ils sont très limités, si on les compare à ceux de la volonté éclairée et guidée par la raison.
Cette distinction a été précisée par Delille dans les beaux vers suivants :
Je sais que de Vinstinct notre raison diffère : L'une agit librement, l'autre est involontaire ; L'instinct veut deviner, la raison veut savoir ; L'un sait mieux pressentir et l'autre mieux prévoir1, L'une luit par degrés, l'autre soudain s'enflamme I L'une est l'éclair des sens, l'autre le jour de l'âme : Enfin quand la raison hésite et flotte encore, Souvent l'instinct rapide a déjà pris l'essor.
A un point de vue, les mouvements irréfléchis sont providentiels, car l'enfant périrait mille fois, si cette forme de l'activité ne suppléait à son inexpérience.
Les propensions instinctives existant, il appartient à l'éducation de les tempérer, et de les diriger tout ensemble