‹ Les enfants mal élevésChapitre 75 sur 125 · LA VOLONTÉ CARACTÈRES BIZARRES - IDIOSYNCRASIES · texte numérisé non relu

LA VOLONTÉ CARACTÈRES BIZARRES - IDIOSYNCRASIES

Il est constant que c'est entre deuxet quatre ans, que s'affirme delà manière la plus résolue le caractère de l'enfant: aussi estimons-nous cette époque décisive en ce qui concerne l'autorité et la discipline au foyer.

Ce moment, est celui de l'abdication ou de la mainmise paternelle.

C'est en vain que dans la suite on voudrait réagir; on irait alors au-devant de scènes terribles suivies de rancunes profondes.

Sur ce point, nous renvoyons le lecteur au chapitre qui traite de l'autorité, et où la question est l'objet d'une étude spéciale. Nous nous bornerons ici à présenter quelques observations philosophiques complémentaires.

La personnalité humaine s'accuse quelquefois par des goûts ou des répulsions, que l'on n'est point toujours maître de dominer, même dans la plénitude de son jugement et de sa volonté.

A plus forte raison en est-il ainsi pour l'enfant.

h'idiosyncrasie, c'est ainsi que la science désigne

certaines dispositions des tempéraments, est un état plus commun que le mot qui sert à le traduire

On nous a signalé le cas de deux jeunes sœurs, rhez qui la simple vue de la ouate provoquait une frise nerveuse des plus intenses. Les parents convaincus qu'il y avait là un parti pris, voulurent les obliger à subir le contact de l'objet de leur étrange terreur. On dût y renoncer, tant les spasmes deve naient violents!

En recherchant les causes de cette antipathie, nous découvrîmes qu'elle provenait delà circonstance suivante : quelqu'un avait donné à ces petites filles un théâtre enfantin où, parmi les personnages, figurait un grand diable à perruque d'ouate noire, dont une domestique maladroite épouvanta les enfanlrs à maintes reprises, en l'absence de la mère.

Questionnées plus tard, les deux jeunes filles avouèrent que toutes leurs désobéissances apparentes résultaient de leur horreur pour cette chose, assurément peu dangereuse : la ouate. Sans oser rien dire, et honteuses d'elles-mêmes, elles s'obstinaient à refuser et à fuir le vêtement, le chapeau, le jouet, dans la composition desquels elles voyaient, ou croyaient voir, l'objet maudit. De là, les démêlés et les luttes qu'on devine...

Les historiens rapportent beaucoup défaits relatifs aux innéités bizarres de personnages célèbres. Elles

peuvent aussi bien se rencontrer chez quelques enfants à des degrés divers ; voilà pourquoi nous en parlons ici :

L'empereur Héraclius, homme fort brave, éprouvait une frayeur insurmontable en présence de la mer, à tel point, dit Nicéphore, que l'on fut obligé d'établir sur le Bosphore un pont de bateaux, garni de chaque côté de planches et de branchages qui masquaient complètement l'horizon, pour que l'empereur se décidât à franchir le détroit.

Vladislas, roi de Pologne, ne pouvait regarder une pomme sans se troubler

Erasme, à l'odeur du poisson, ressentait un accès de fièvre.

Scliger, se crispait à la vue du cresson.

Tycho-Braé, tombait en défaillance à l'aspect d'un lièvre.

Louis XIV, détestait les chapeaux gris.

Bayle, avait des convulsions au bruit de l'eau sortant d'un robinet.

On sait encore l'effet produit sur quelques tempéraments, par une lame d'acier coupant un bouchon; par le bruit de la lime sur le fer; par celui de la scie dans la pierre, ou d'un chenet sur une plaque de marbre...

Lamothe le Vayer, s'exaspérait au son d'un instrument quelconque.

Favoriti, poète italien, était pris de nausées à l'odeur de la rose...

Et tant d'autres I

Il ne faut cependant pas confondre ces impressions instinctives avec des goûts singuliers, ou étranges.

Ainsi, Alcée, Eschyle, Aristophane écrivaient bous l'influence du vin.

Bacon, Milton, Warburton, Alfiêfi ne travaillaient qu'au son delà musique.

Hobbes, Corneille, Malebranche composaient volontiers dans l'obscurité ; tandis que Mézeray avaiï besoin de sa lampe, même le jour!

Gœthe écrivait en marchant; au contraire. Desçartes et Leibnilz pratiquaient la « méditation horizontale ».

Ces habitudes acquises n'ont rien de commun avec les hypothèses précédentes, qui se rattachent intimement à la nature même de l'homme, dans ses écarts et dans ses anomalies

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