‹ Les enfants mal élevésChapitre 76 sur 125 · LA SINCERITE · texte numérisé non relu

LA SINCERITE

La sincérité est-elle une disposition naturelle?

Il est difficile de le savoir au juste.

En effet, à l'âge où l'enfant commence à se révéler par certains signes intelligibles, il a été victime de tant de tromperies, de tant de petits mensonges» qu'il connaît déjà la ruse par expérience.

Il Fa apprise à ses dépens.

Et on la lui a enseignée d'ailleurs.

Les promesses fausses et les menaces vaines, se chiffrent par un nombre incalculable; à tel point, qu'àdeux ans,maintenfant sait, à n'enpas douter, que les paroles diffèrent sensiblement des actes.

Hélas ! on se croit forcé de l'abuser quelquefois dans son intérêt.... Qu'on y prenne bien garde!

L'enfant à qui l'on a fait prendre de l'émétique en lui assurant que c'est excellent, n'oubliera pas la supercherie et ne la pardonnera pas de longtemps.

On a joué sur un coup de dé; mais on peut avoir

la certitude que la tricherie ne réussira pas lors d'une seconde épreuve : manet... repostum.

Et comme, morale à part, le mensonge est utile à l'enfant pour parvenir à ses fins, tout naturellement, il sera porté à dissimuler à son tour, pour éviter les gronderies et les punitions qu'il redoute.

Rien de moins logique que de lui prêcher la franchise, en lui donnant l'exemple de la duplicité !

Une dira pas tout haut : je fais comme mes parents... mais il le pensera

Cette interpellation fort en usage : Qui a fait cela?... Est-ce toi qui Ves permis telle chose* est aussi un dangereux encouragement à la dissimulation.

Au lieu de s'informer d'abord de ce qui s'est passé; au lieu d'ouvrir une enquête préalable de façon à être exactement renseigné, on se contente, par négligence, de questionner le coupable supposé, en lui apprenant, par l'interrogation même, que l'on est dans le doute ou dans l'ignorance.

En sorte que si l'enfant ment, il a chance de n'être point puni!!

Quelle tentation engageante!

Eh bien! attendre de lui qu'il se dénonce, qu'il se trahisse, et appelle enfin sur sa tête le châtiment plutôt que de forfaire à la loyauté, c'est demander plus qu'on ne doit exiger, et souvent plus qu'il ne peut donner: un acte d'héroïsme après tout! Qu'au moins,

eo cas d'aveu, on consente à une énorme réduction de la peine méritée, pour récompenser la bonne foi do l'enfant qui confesse honnêtement ses torts Si en effet on n'établit pas une très grande différence dans la répression, l'enfant retiendra que sa candeur a été la cause de son chagrin: et il se promettra de ûe plus renouveler une autre fois ses confidences.

On a remarqué que la tendance au mensonge est à son maximum vers quatre ou cinq ans.

A cet âge, l'enfant est assez grand pour commettre nombre de petits méfaits qui lui font encourir des réprimandes: et il est encore trop jeune, pour que la conscience parle un clair langage à son âme.

Son objectif est de s'assurer l'impunité.

En résumé : ne le trompons pas, à peine d'être trompés nous-mêmes; et prenons soin de gagner son entière confiance.

Sa franchise en est le prix.

Aller « en ami », au devant des questions ou des aveux, c'est faciliter une intimité qui peut être une précieuse sauvegaide : le double rôle de parents qui commandent quelquefois, et d'amis qui conseillent toujours, étent absolument conciliable.

Surtout! qu'on se garde bien de se moqitf/r de

l'ingénuité ou des scrupules de l'enfant! à plus forte raison qu'on ne les publie pas!

Une seule confidence trahie, peut dissuader pour jamais de tout épanchement.

Les naïfs secrets de ces jeunes âmes ne sont-ils pas respectables entre tous?

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