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LA PEUR

L'impression auditive est la première cause de la peur chez l'enfant.

Un cri, un choc, font tressaillir le baby qui n'éprouverait nulle crainte à la vue d'un incendie.

La peur se développe avec l'expérience du danger

Voilà pourquoi à dix ans, on ressent des impressions d'effroi bien plus fortes qu'à deux ans seulement.

Les différents aegrés ou états de la peur ont des noms variés, selon qu'ils affectent plus ou moins l'organisme et l'intelligence.

Analysons ces nuances :

La frayeur, est une agitation vive et violente de l'âme, causée par la présence imprévue d'un danger qu'on n'a pas eu le temps d'apprécier : elle est très particulière à l'enfant.

Elle saisit, elle glace, mais ne dure pas longtemps.

\J effroi, est la continuation de la frayeur; il existe tant qu'on croit le danger réel et présent.

La terreur, est causée par l'annonce d'un grand *nal ou d'un grand péril, auquel on ne croit pas avoir

chance d'échapper : ce sentiment implique une maturité relative.

Elle terrasse et paralyse sa victime.

\J horreur, est un saisissement intérieur qu'éprouvent l'âme et le système sensible, à l'aspect d'un objet affreux ou odieux.

Elle fait reculer d'une façon électrique le corps tout entier.

U épouvante, estl'état d'un espritlivréàlapeur, qui 'exagérant le danger, ne songe qu'à s'y soustraire.

Et tandis que la terreur, l'effroi et l'horreur abattent les forces physiques et les annihilent, l'épouvante au contraire les centuple, non pour l'attaque, mais pour la fuite. Elle donne une agilité étonnante et une force inconnue.

Comme on l'a dit avec une très grande justesse : l'épouvante est le courage de la peur...

La crainte, bien différente de la peur, est le résultat du jugement, d'un examen de l'esprit, et non pas une impression subite et fiévreuse.

Elle peut se rencontrer dans une âme forte ; et doit se trouver dans une âme prudente ; car elle contribue à nous rendre modérés et réfléchis. Dans cette mesure, elle a son utilité incontestable.

C'est le commencement de la sagesse...

L/enfant a une extrême répugnance à confesser sa peur. Mais la cause n'en réside pas seulement dans les susceptibilités de l'amour-propre.

Je suppose un enfant avouant sa crainte des ténèbres...

Eh bien ! huit fois sur dix, il est sur qu'on l'enverra le soir, faire sans lumière le tour de l'appartement, traverser le jardin solitaire, ou rendre une palpitante visite au grenier. Promenades et visites qui ne servent qu'à augmenter son mal!

La peur étant une imagination, doit par là même s'exalter et non s'user, quand on la provoque. A cela, on répond que l'enfant est sot de se bouleverser ainsi ; qu'il n'y a pas de quoi s'effrayer...

Toutefois, la question n'est pas de savoir s'il y a danger ; mais si, lui, croit au péril.

Là est le principe de son trouble.

Au lieu d'énerver l'enfant par ces épreuves, il con* vient d'abord de gagner son entière confiance; puis, quand il est tout à fait calme et rassuré, de lui montrer qu'il a été victime de son imagination.

Loin de le guérir, on l'affole, en l'obligeant à affronter l'objet de ses craintes ; et en riant de son épouvante, on le dissuade de jamais se confier. Celui qu'on n'a jamais ni trompé, ni terrifié, n'est presque point tourmenté de la peur.

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