‹ Les enfants mal élevésChapitre 84 sur 125 · LA TIMIDITÉ · texte numérisé non relu

LA TIMIDITÉ

On exagère l'importance de ce défaut; cai enfin, la timidité convient à l'ignorance et à la faiblesse du jeune âge. N'est-ce pas l'amour-piopre froissé plutôt que l'intérêt vrai des enfants, qui émeut tant les parents à cet égard ?

Rien ne vexe, comme de voir un enfant que l'on sait intelligent, spirituel même, se renfermer dans un mutisme complet, ou se produire avec le minimum de ses avantages.

Remarquez ce qui se passe : c'est au jour et à l'heure où l'on souhaiterait qu'il s'épanouît, que, par exception, il va se montrer absolument au-dessous de lui-même. On le croira du moins.

« Ce sera comme un fait exprès!... jamais on ne l'aura vu ainsi!... »

Pourquoi? Parce que l'intelligence ne se livre pas sur commande, et qu'il suffit qu'on veuille provoquer artificiellement des saillies, pour que l'esprit reste au calme plat par une judicieuse défiance de soimême.

L'enfant sent qu'on veut le faire valoir, qu'on escompte ses réparties ingénieuses; et, distrait par cette préoccupation, il ne s'abandonne plus à la spontanéité de ses impressions. Il devient lourd, absorbé, hébété!

Ajoutons, qu'il se tiendra d'autant plus sur la réserve, qu'il sera plus avisé. Voyant qu'on le met sur le sellette et qu'onl'écoute, il se sentira contraint, et trouvera lui-même fades les mots prime-sautiers qu'il avait sur les lèvres tout à l'heure, et dont le naturel eût été le charme principal.

La réflexion lui fermera la bouche.

Au contraire, un enfant d'un moins bon jugement profiterait de l'occasion offerte, pour dire une foule de choses niaises ou déplacées, et pour divaguer complètement; croyant paraître gentil, il en arriverait à humilier ses parents par l'intempérance de son langage.

Avouons que souvent, le savoir-faire réussit mieux que le savoir, et que l'assurance donne en maintes circonstcnces de véritables avantages.

Mais au point de vue moral, la timidité chez l'enfant dénote ordinairement les qualités sérieuses de l'esprit.

Elle est fille de la modestie : elle provient du sentiment qu'il a de son infériorité comparative.

Eh bien! comprendre cette infériorité, est, à notre gens, donner une grande preuve de jugement et d'inteiligence.

D'ailleurs, est-ce qu'avec Page, l'enfant ne se guérira point peu à peu de ce léger défaut, dont il ne faut pas trop dire de mal. Car la timidité, retenonsle, s'allie à merveille avec le courage et la valeur, et leur cède le pas, quand il s'agit des intérêts de la Patrie ou des devoirs de la Charité.

On a le choix des exemples.

Et puis 1 selon la judicieuse remarque d'Arnauld : dans nombre de cas on est craintif, moins par méfiance de soi, que par défiance des autres... Et Ton n'a point tort.

Enfin, de tous les défauts, seul, il ne nuit point à autrui. Il peut être préjudiciable au timide; mais jamais il n'a blessé ni la vertu, ni l'honneur.

C'est donc plus un malheur, qu'un mal.

A l'encontre, le jeune présomptueux, lui, est atteint d'une maladie incurable.

Se croyant capable en tout, il n'apprendra rien. S'estimant Y égal de ses supérieurs..., et le supérieur de ses égaux, il sera détesté de tous.

En grandissant, il se montrera intolérable ; la vanité deviendra de l'arrogance, et, fût-il d'une intelligence hors ligne, il verrait diriger contre lui les critiques les plus acerbes, car il ne comptera que des ennemis.

Les gens de valeur ayant conscience de tout ce qui leur manque, plus que d'autres font preuve de modestie. Et tandis que cette vertu est, a été, et sera quand même la caractéristique du vrai talent ; la présomption restera l'apanage des individus mé-

diocres qui, ignorant leur condition, sont presque toujours glorieux et satisfaits.

Chacun est mécontent d'eux; mais ils sont littéra tement enchantés d'eux-mêmes II

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