‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 10 sur 58 · V-i BATIIILDE · texte numérisé non relu

V-i BATIIILDE

meure laissa un joli cadeau à sa nourrice, suivant I hahiuule qu'elle avait d'agir ainsi tous les ans, et se retira pour se dérober h ses remerciements. Mais tous les ans aussi, en reconnaissance de ce présent, le pèreGorinot avait l'habitude d'apporter h Clémence une corbeille de ses plus beaux fruits. Le lendemain donc , sitôt que l'heure fut arrivée à laquelle on pouvait se présenter au chaleî^u, on annonça h Mme d'Expilly la visite de M. Gorinot,-qui se présenta en grande toilette, souliers presque fins, habit carré, roulant son large chapeau des grands jours entre ses mains; il offrit son petit présent avec toute la bonne grâce dont il était capable, et s'excusa de nouveau de sa mauvaise humeur involontaire de la veille.

« Mais à propos, pap« Gorinot (c'était le mot d'amitié de Clémence au mari de sa nourrice), dites-moi donc s'il n'y a pas d'indiscrétion h vous demander la cause de votre chagrin d'hier? — Il y avait bien de quoi , allez, Mamzelle, et j'ai eu grandement peur hier; car imaginez que j'ai eu le malheur d'être presque cause que la demoiselle du nouveau propriétaire de la terre qui m'est afl'ermée se l)lessàt dangereusement. — Ah! vraiment; c'est étonnant, vous qui êtes si bon d'habitude! — Oh ! mamzelle, je ne l'avais pas fait exprès! J'étais h travailler dans le grand champ de luzerne qui est h côté de ma maison , lorsque, me retournant, je vois un àne qui broutait bien tranquillement ma luzerne ; alors, vous concevez, j'ai trouvé ce procédé par trop sans gêne, et j'ai crié en courant après le baudet, qui s'est mis h cabrioler en se sauvant. — Eh bien ! je ne vois pas encore grand mal dans tout cela. — Ah! c'est que sur la bête il y avait une jeune personne de votre âge à peu près, et bien genlille. vraiment, qui est tombée par suite des ruades de sa monture; elle s'était un peu blessée, et voyez quel guignon ! c'était la demoiselle de mon propriélaire. Or. justement, le bail de ma ferme esl

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près d cxpirei', cl je Ireiiiblais que la demoiselle ne se [daignîl à ses pareiils, qui alois poiivaienl li'ès-bien refuser de nie le renouveler, et le donner à un aulre. Je n'entrai pas au chîiteau, j'avais Irop de peur d'èlre mal reçu; cependant, par le conseil de ma femme je suis allé demander des nouvelles de la jeune demoiselle. Le cœur me battait un peu en entrant dans la cour, oii attendait une chaise de poste prête à partir... Cette demoiselle descendait justement connue je montais; elle me reconnut tout de suite. « Maman, dit-elle en me montrant à une dame qui l'accompagnait, voici le brave homme dont je l'ai parlé hier, celui dans ie champ duquel mon ànea fait du dégât et qui m'a ramenée avec tous les soins possibles. — Vous êtes le fermier de ma terre, n'est-ce pas, mon ami? — médit celte dame; — votre bail est sur le point d'expirer ; soyez sans inquiétude, il vous sera renouveléaux mêmes conditions; — puis, ennie mettant une pièce de 20 fj-ancs dans la main : — .le vous remercie, mon ami, des bons soins que vous avez eus hier pour ma hlle.» Moi qui venais pour m' excuser, jugez un peu de mon étonnement; j'étais resté immobile à la même place, mon chapeau d'une main et la pièce de 20 francs dans l'autre. Quand je voulus les remercier, la chaise de poste étail pai'lie. 1! jxaraît que la petite demoiselle n'avait pas dit à sa mère que c'était moi qui avais elïrayé son âne; elle avait bien eu la franchise de raconter l'histoire en question, mais en cachant ce qui pouvait me nuire, et disant ce qui pouvait m'être utile. Hein! mamzelle, voilà un beau trait de discrétion et de générosité!— Et comment s'appelle cette jeune personne? dit aussitôt Clémence au papa Gorinot. — Oh ! je ne saurais pas trop vous dire, c'est un drôle de nom, tout court, et qui finit en auj\ — N'est-ce pas Mlle de Sauhr? — Attendez donc...; oui, c'est bien cela. — Ah, mon Dieu ! nous étions si voisines et je ne le savais [)as, moi qui désirais tant de la connaître! et cela est si facile à la campagne défaire con-

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