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sûre qu'elle ne vous a pas dit un seul mot de tout ceci. — Pas un seul, Madame; oh ! dit-elle en l'embrassant, Balhilde est vraiment discrète autant que bonne, sans préjudice de la franchise et de la gaieté! Que je suis donc heureuse de l'avoir connue ! »
Cette scène louchante se teriiiina enfin ; Mme Bréval et Clémence se retirèrent à la pension ; mais elles n'étaient pas parties depuis une demi-heure, que la même voiture les ramenait. Clémence monte rapidement les escaliers, et entre chez Mlle de Yillabelle... Balhilde n'était pas encore sortie, ce fut elle qui la reçut. « Tiens, lui dit Clémence, je n'ai pas voulu rester sans faire aussi quelque bien aujourd'hui ; voici ton portrait qui était au parloir; il était un sujet de questions et un souvenir d'une faute que l'on doit oublier aujourd'hui. Je viens d'obtenir de Mme Bréval la permission de te l'apporter; elle en garde une copie dans son cabinet et destine celui-ci à Mlle de Yillabelle. — Bien! oh ! très-bien! que je suis heureuse de voir que tu m'aies comprise ! Oui, je souffrais de savoir ce portrait au parloir; je n'osais en parler à Mme Bréval, connaissant l'importance qu'elle y attachait... Tu as parlé pour moi; merci, mille fois merci! Viens, Clémence, que je t'embrasse, et soyons toujours amies. »
Cette amitié dure depuis plusieurs années , et durera toujours, nous l'espérons, car elle est fondée sur la vertu, et la vertu seule établit des amitiés durables.
Mlle Amélie de Fervac.
Le pauvre esl à l'abri des complots de l'envie ;
D'implacables soldats n'atlaqueni pas sa vie.
Il rit de l'cxacteur, et sous ses humbles toils
Le fisc n'enlève rien pour les i)alais des rois.
Longtemps jeune, il possède encore en sa vieillesse
La force cl la santé que détruit la mollesse ;
Les vices à ses pieds expirent abattus;
Il n'a point de trésors, mais il a des vertus.
SALLEMIN fdc l'Oise. 1
1,A. P.AXS./fi.lxTi'TE
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h! des prairies ëinaillées de lleiirs, vastes tapis brodés par la nature; des champs immenses où l'horizon recule incessamment devant les regards, océan d'épis jaunissants qui se plient et ondoient au souffle de l'air comme des flols dorés; des bois , des forêts profondes , où se perdent ensemble les yeux et la pensée; çà et là, sur les bords d'un large ruisseau, qui, miroir limpide, double et noie les objets dans une vague perspective, des paysans laboiieux, des bœufs puissanls qu'un enfant conduit et modère avec une baguette , un troupeau que gouverne le chien fidèle du berger; puis, h un coude de la petite rivière, des laveuses qui battent leur linge en chantant : spectacle d'une splendide simplicité ! tableau majestueux et louchant ! vaste
scène toujours vivante, toujours variée, profonde, inlinie, interprète fidèle d'une pensée divine ! vous parlez à l'àme par les yeux; devant vous, elle se sent vaste et infinie comme vous , elle s'agrandit , monte et s'élève jusque dans les sphères les plus inaccessibles , pour tomber humiliée aux pieds du Créateur! Ah! loin de nous les villes noircies, boueuses, enfumées, où l'œil s'arrête à chaque pas, où l'air se compte et se pèse; loin de nous celte nature artificielle, ouvrage de l'homme, brillante quelquefois, mais toujours froide et inanimée, toujours inféconde ! Courons bien loin des villes , courons aux champs ! C'est là seulement que Von peut espérer de rencontrer dans sa simplicité l'œuvre du (Créateur. Loin de l'orgueil ambitieux, de l'affreuse jalousie, de l'envie dévorante, allons chercher la paix, la douce tranquillité de l'esprit, partage heureux des cœurs innocents; la médiocrité fortunée, la pauvreté simple et touchante qui ne demande rien qu'au travail ; pauvreté honorable et laborieuse, qui inspire le respect et qui excite la sympathie, c'est là seulement que je t'ai rencontrée! et combien elle m'a paru différente de celle de nos villes, si hideuse à voir qu'on ose h peine en approcher, tant elle est repoussante et tour h tour audacieuse et vile ! car, ici , combien de coupables inconnus se drapent avec le manteau troué de la misère, et enlèvent ainsi aux pauvres estimables la pitié qui leur est due ; les premiers viennent audacieusement affronter l'aumône, et ceux-là, on doit les fuir; les autres se cachent et souffrent en silence, et ceux-ci on les ignore , et il faut les chercher bien haut et bien bas pour les rencontrer. Mais au village on les connaît, on sait la cause de leur infortune, on les estime quand elle est honorable, on les aide avec respect, ils reçoivent avec reconnaissance, ils reçoivent et ne mendient pas. Ce témoignage d'une vie honoral)le, chacun le rendait du vieux père Jacques et de sa famille : ils étaient pauvres, et ne possédaient rien
LA PETIIK 1»AYSA>NE. 5;{
(ju une loiilc pelile maison assez loin du village , avee une pelile cour rustique et un jardin potager qui sullisail h peine à leur nourriture, et encore , grâce aux soins et à l'intelligence avec lesquels il était cultivé; quelques poules dans leur cour et une vache dans leur étable, c'était là toute leur lorlune , et cependant le pauvre ouvrier qui regagnait h pied son pays, trouvait encore au l)esoin chez eux un abri hospitalier, un morceau de pain et un morceau de fromage; car leur bon cœur, leur habitude d'une vie simple et frugale , leurs besoins bornés, une stricte économie, leur permettaient, si pauvres qu'ils fussent, d'obliger de plus pauvres encore. Aussi tout le monde les estimait ; et quand , le dimanche, le père Jacques, donnant le bras à sa femme, s'acheminait vers l'église pour aller entendre la messe , à laquelle il ne manquait jamais, sa fille Cécile le suivant avec son petit frère Paul h la main ou sur les bras, chacun les saluait sur leur passage, et les plus riches fermiers se faisaient un devoir d'adresser au père de famille quelques paroles d'estime et d'amitié.
Il suffisait de voir ces bonnes gens pour être prévenu en leur faveur; la tranquillité de leurs cœurs se reflétait sur leur naïve physionomie, la bonté de leur âme se lisait dans leurs regards : c'était une famille comme on devait en rencontrer dans les premiers âges du monde, alors que pour gouverner les hommes il suffisait de la paternelle autorité d'un patriarche; c'était une pauvreté si décente et si digne, supportée avec tant de noblesse et de simplicité , que l'on se serait senti presque disposéà l'envier. Personne n'eût osé offrir des secours h Jacques, on eût craint d'oflénser sa juste délicatesse. Mais Jacques, pour compléter ses moyens de subsistance, était, ainsi que sa femme, obligé de travailler en journée chez les cultivateurs des environs : c'était alors à qui l'emploierait, et ses journées étaient toujours mieux rétribuées que celles des autres ouvriers. 11 n'en était pas
5'!. LA PKTITE PAVSANM:.
îiinsi seulement par une bienveillance niérilée , c'étail encore justice rendue à l'activité consciencieuse de l'ouvrier, qui n'eût pas perdu un quart d'heure de la journée qu'il avait louée moyennant un prix convenu. Depuis deux ou trois ans, la condition de la pauvre l'amilie s'était un peu améliorée par le fait de Cécile, qui était capable alors de remplacer sa mère dans beaucoup d'occasions. A parlir de ce moment, la mère Jacques put aller travailler avec son mari , et le prix de ses journées leur avait déjà permis d'acheter une vache et de lui faire bàlir une petite étable. Cécile était chargée du soin de la bêle; on la rencontrait menant paître sa vache, tantôt dans les fossés qui bordent la grande roule, tantôt sur la lisière des bois; et avec elle, on était toujours certain de rencontrer le petit Paul, son frère, qui ne pouvait pas , bien entendu, rester seul à la maison; elle l'amusait, lui parlait sans cesse , le prenait sur ses genoux; et Paul, courant toujours au grand air et se roulant sur les gazons, croissait à vue d'œil et brillait d'une santé vigoureuse. Mais là ne se bornait pas les occupations de la lille de Jacques. Levée avec le jour, elle balayait et rangeait la petite habitation, faisait les chambres, nettoyait retable, savait traire sa vache, donnait à manger aux poules, préparait le repas du matin de son père, et lui tenait prête la soupe du soir, car la soupe est le principal élément d'un repas à la campagne : on la mange le matin . à trois heures , et encore le soir ; c'est une nourriture facile à préparer, qui demande peu de temps et se digère aisément. A cela, ajoutez un plat de légumes venus dans leur petit polagei', soit de pommes de terre , soit de carottes ou de lentilles, etc.; un fromage blanc, non pas un fromage à la crème , mais de ceux que l'on nomme fromages à la pie ; un morceau de pain bis, un verre de piquette ou de vin clairet du pays : voilà leurs repas; caria viande paraît bien rarement sur la table du pauvre paysan ; c'est un mets