‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 16 sur 58 · X'IO · texte numérisé non relu

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CUIUOSlTi:. 77

Mlle Chiislineliayiiioiul,une osi>èce trcniieiiiie pcisoiuiollc (|ui la harcèle au j)oinl que des paroles désagiéables s"éehangent bientôt entre elles. « Qu'y a-l-il donc de si ridicule en ma personne pour provoquer vos rires, Mademoiselle?— Oh! rien, Mademoiselle; c'est de souvenir. Je me i-ai)pelle nue de ces singulières avenlures, connue il vous eu arrive souvent. — Il est possible, Mademoiselle, qu'il me soit arrivé des aventures fort singulières; mais jamais il ne m'en est arrivé de déshonoiantes ; il y a des familles qui, je pense, seraient enchantées que l'on n'eût pas d'autres reproches h leur faire. — Que voulez-vous dire. Mademoiselle? - — Que je serais bien honteuse et n'oserais certes pas me moquer de quelqu'un si j'avais un li'ère capable , dans un coud^at sur mer, de se cacher <laus l'entre-ponl. — Serait-ce de mon frère Maniai (jue vous prétendriez parler? — Je ne m'explique pas... je sais ce que je veux dire. — Qui a osé parler ainsi? — Quelqu'un qui en est plus sûr que persoime , parce qu'il élait présent au combat contre le vaisseau négrier. — M. Edgar de Ferrières? — Je n'ai plus rien à vous

diie. — Eh bien! moi, Mademoiselle, j ai encore un mol à

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vous dire et un service à vous rendre; regardez-vous dans cette glace. » Et en disant ces paroles, Christine Raymond, louge d'indignation, conduisit Olympe devant une des grandes glaces du salon. Olympe y jette un coup d'œil, et, au milieu des rires de ses jeunes compagnes, s'enfuit avec la rapidité de la flèche ; elle avait lu sur son front, en. caractères parfaitement distincts, cette inscription humiliante : Curieuse. Retirée dans sa chambre, elle fondit en sanglots. Le bal tirait à sa lin; tous les invités étaient déjà retirés, excepté Mme Raymond et ses enfants, qui, comme vous vous le rappelez , devaient passer quelques jours au château de Ferrières. Chacun dut donc songer à prendre quelque repos; le souvenir des événements de la journée et la crainte de ce que son frère lui dira le lendemain tiennent Olympe éveillée, et loin d'elle chassent le sommeil. Elle réfléchit aussi aux paroles imprudentes que le dépit lui a arrachées devant Christine Raymond; elle a un vague pressentiment de quelque malheur. Après une heure de silence, elle croit entendre frapper à la porte de son frère...

Oui, quelqu'un est entré On cause vivement... elle

écoule. Mais on parle à voix basse ; Olympe n'entend que des mots entrecoupés. « Lâche!... caloumie!.. c'est un outrage...; vous me rendrez raison... — Je ne puis vous comprendie. — C'est bien... craignez-vous donc?... A demain. Monsieur, au rond-point du bois de Ferrièies...» Elle a cru reconnaître la voix de M.Martial Raymond, et elle tremble, sans pourtant se rendre bien compte du sentiment qui la trouble... Mais ce n'est pas pour elle qu'elle a peur; toutefois elle se promet bien de se levej* dès l'aurore et d'aller tout avouera sa mère; elle comprend qu'au moment du danger le sein d'une mère est le plus siir asile. Cependant tant d'émotions ont l'aligné la pauvre enfant; sa tète tombe

sur l'oreiller.., ses yeux se ferment elle dort, mais d'un

sonnneil pénible, agité par des rêves aiïreux; car souveni

elle prunoiRC des mois sans suile... La nuit pouriant so dissipe peu à peu; voici l'aurore... Lliorloge du cliàleau vient de sonner six heures. Olympe se réveille en sursaut.., elle pousse nu cri.., et, sautant h bas du lit où elle sétail couchée tout habillée , elle se précipite dans la chambi'e de son frère..., mais il est sorti déjà, hiquièle. lrend)lanle, elle va h la chambre de sa mère, qui dormait encore; elle entre, se jette à ses pieds, et, avec des larmes et des sanglots, lui raconte et ce quelle a entendu et ce qu'elle a redit à Christine, et la visite noctuine de M. Raymond à son frère , ainsi que les mots ([u'elle a pu saisir. Madame de Ferrières frémit et pâlit tour à tour. « Malheureuse enfant ! s'écrie-t-elle, lu as peut-être tué ton frère! » Aussitôt elle appelle Antoine et Gerlrude et leur demande si M. Raymond est sorti. — « Toute la famille est partie dès le jour. Madame, et un peu apiès monsieur de Ferrières est sorti... — Il n'y a plus h en douter ! » s'écrie la pauvre mère désolée; puis, prenant rapidement un cliàle et un chapeau, elle se précipite sur les pas de son fils... ; elle n'eut pas i» aller bien loin ; au moment où elle sortait, celui-ci rentrait au château, mais pâle, marchant avec peine, appuyé sur le bras de son matelot. « Rlessé !.. 0 mon Dieu ! » s'écrie la pauvre mère, et, perdant connaissance, elle tondje dans les bras d'Antoine et de Gertrude. M. de Ferrières, malgré sa blessure, trouve à ce moment assez de force pour donner encore des soins à sa mère. Vous peindiai-je le désespoir d'Olympe, à genoux sous le péristyle, les mains jointes et baignée de larmes, et s'écrianl : «Pardon, mon frère! pardon! Oh ! je suis bien coupable et bien punie ! C'est moi qui ai cru entendre que le trait de lâcheté que lu racontais à ces Messieurs dans ta chambre était de M. Raymond , dont lu avais prononcé le nom un moment auparavant... , et , dans un moment de dépit, je l'ai dit à sa sœur Christine pour l'humilier. Mon frère ! mou frère ! pourras-tu me pardonner 1 —

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Ah ! je comprends iiiainlenant les eiiiporlemeiils de Marlial ; je comprends ponrquoi il n'a pas voulu me donner d'explicalions; ilacru h la vérité de vos paroles, Mademoiselle; il n'en a pas douté, et, parune dernière générosité, il n'a pas voulu en l'aire peser sur vous la responsabilité... Allez, Mademoiselle, ajoute-t-il en la repoussant de la main, retirez-vous, vous n'êtes pas ma sœur, et vous me faites horreur. »

La blessure qu'avait reçue M. de Ferrières, sans être bien grave, demanda beaucoup de temps et de soins. Pendant huit jours et huit nuits, il fut dans un délire continuel. Olympe en profila pour entrer chez lui , et , pendant huit jours et huit nuits, elle le soigna sans prendre presque aucun repos. Elle voulait, h force de soins et d'amitiés , se faire pardonner sa faute... Pauvre enfant! elle en était bien chagrine et bien désolée , et guérie à tout jamais de sa fatale curiosité. M. Edgar entra enfin en convalescence, et no putaiors refuser son pardon à Olympe. Mais il restait bi'ouilli^ avec son meilleur ami, et fut obligé de laisser repartir son navire.... Ce fut pour lui une cruelle [)rivation et un retard à son avancement, le vaisseau ayant encore une destination brillante, où M. de Ferrières n'eût pas manqué de trouver à se distinguer.

Il suffit quelquefois d'une Amie légère en apparence pouiproduire de gi'ands et d'irréparables malheui'S. ('ond)ien une telle réflexion ne doit-elle pas nous engager h veillei- SU!' lonles nos paroles et sur nos moindres démarches !

Mlle Paulim: o'Ogeron ,

ÉU-\c parliniiièrc de M. do Saillrl.

La complaisance ne consiste pas exclusivement dans la flexibilité, ni dans la douceur: la flexibilité se plie ; la douceur se résigne ; la complaisance va au-devant de ce qu'on peut attendre d'elle ; enfin ce qui lui donne tant de charmes, c'est qu'elle parait être de premier mouvement, et que, toujours prévenante, elle se glisse danschaquedétail de la vie

La prévenance est une suite de surprises ainiablcs qui tendent toutes à la satisfaction de ceux qui nous entourent et leur procurent un bonheur de tous les instants. A bien dire, les prévenances constituent une qualité , ou , si l'on aime mieux , un charme particulier aux femmes cl qui devient chez elles un charme irrésistible. Cependant, si l'on veut que les prévenances acquièrent leur véritable développement, il faut dès l'enfance en faire un des points principaux de l'éducation.

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