‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 19 sur 58 · I.A 1K)NM<: DENI- A M S · texte numérisé non relu

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elle fait jouer devant lui lous ses joujoux, fait la cliuellc avec lui, le fait sauter sur ses genoux, le caresse, l'embrasse, se cache pour le faire chercher en criant Coucou! L'enfant cherche la bonne , qui ne le fait pas attendre longtemps pour lui ciier en se montrant tout à coup : C'est [ail! et l'enfant de sauter dans les bras de la jeune servante en riant de tout son cœur. Il faut être mère, enfant ou bonne d'enfants pour se plier de bonne grâce à des soins fastidieux en eux-mêmes, quand ils ne sont pas fatigants. Et ces attentions , il faut les renouveler sans cesse , tant est fragile, inexperte et exigeante dans son impuissance, cette petite créature de trois ou quatre ans qui veut que sans cesse on s'occupe d'elle, et s'irrite, pleure et crie quand on l'oublie un seul instant. A cet âge oii la pensée n'est encore qu'un germe inéclos, nous ne pouvons rien par nous-mêmes, nous ne savons point exprimer nos besoins, ni distinguer ce qui nous est nuisible d'avec ce qui nous est bon... Placez un enfant de trois h quatre ans à un froid rigoureux , il sera glacé , morfondu, avant d'avoir dit un mot ou fait un signe de souflVance. Quelle assiduité de soins et de surveillance ne faut-il donc pas à nos mères, à nos bonnes , pour éloigner de nous , à cet âge impuissant , tout ce qui pourrait nous nuire, et pour prévoir, au contraire, tout ce qui nous est nécessaire, utile, ou seulement agréable, poiu' deviner et prévenir nos besoins! Il y a des enfants si difficiles, si criards, si méchants, que les mères ellesmêmes en sont quelquefois assez fatiguées pour s'en re- [>oser entièrement pendant quelques heures sur le dévouement de leur bonne; et celle-ci, qui est étrangère et n'est pas soutenue dans l'accomplissement de ses devoirs par une tendresse naturelle, il faut pourtant qu'elle ne se fatigue jamais , et qu'elle se montre, malgré mille ennuis et mille tourments , toujours patiente, attentive et dévouée; cl souvent elle n'a pas seize ans! La({uelle de nous oserait

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se proiiiellie d accomplir aussi scrupuleiiseiiieiU une mission si accablante et si difficile?... Et cependant elle peut le devenir davantage encore : dans le cas, par exemple, où il y a plusieurs enfants dans la même maison. Si un seul donne tout le mal et tout l'embarras que je viens de vous dire, que sera-ce s'il y en a plusieurs? et que deviendra la pauvre jeune fille, si l'un d'eux vient à tomber malade, ou s'il est d'une santé débile? Alors il n'y a plus de repos pour elle; la nuit comme le jour, il faut se tenir prête à secourir le malheureux petit être; il faut se relever pour lui donner à l)oire, s'assurei- s'il n"a pas trop chaud, s'il n'a pas froid, s'il est bien bordé dans ses draps, etc., etc. Nos mères prennent une large part dans tous ces soins; mais il en reste encore assez à la bonne pour que nous pensions lui devoir quelque reconnaissance , et pour lui donner au moins, ensuite, droit à nos égards et à noire amitié.

Je n'ai parlé jusqu'à présent que de la bonne d'enfants sage et laborieuse, dont les goûts restent simples, dont la mise demeure, avec ([uelques légères modifications, ce qu'elle était h son départ de son village. Celle-là n'a pas de connaissances à Paris; elle ne fréquente pas ses payses, ne l'ait pas de commérages dans le quartier, ne déchiie pas ses maîtres à plaisir dans ses discours médisants; elle n'aspire pas à devenir femme de chambre dans une grande maison , non plus que cordon-bleu; elle ne change pas tous les six mois de condition , et ne quitte pas ses maîtres pour un avantage de quelques écus; vous lui offririez deux cents francs de plus, qu'elle vous refuserait; elle aime ses maîtres parce qu'ils sont bons et bienveillants avec elle, parce qu'elle a la certitude d'en être estimée, et elle pense que l'estime et les égards d'une famille honorable valent bien quelques écus. Des besoins boi'nés, une économie attentive , lui permettent de mettre tous les ans une petite somme à la caisse d'épargne; tous les cinq ans elle achète dans son pays, à

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