‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 32 sur 58 · I. LM' l'AUVHE CHAUMIÈRE SUR LE RORl) DE L\ MER · texte numérisé non relu

I. LM' l'AUVHE CHAUMIÈRE SUR LE RORl) DE L\ MER

ON loin de Moiiaix, dans une chaumière sur le bord de la mer, se passait, il y a sept ou huit ans, une triste scène. Sur un pauvre lit se mourait une femme jeune encore, mais abattue par la souffrance et ^^-Ê£l^^1i^^ par une longue maladie. A genoux devant son lit, une petite fille de sept ans environ, priait tout haut le ciel de lui conserver sa mère , qu'elle embrassait en versant un torrent de larmes. Mais celle-ci, tout en la pressant contre elle avec amour, ne lui répondait pas cependant, mais jetait un regard suppliant à une jeune dame et à une autre petite fille qui , les yeux pleins de pleurs, assistaient h cette scène de désolation. « Combien je vous remercie, ma bonne dame, d'avoir bien voulu vous rendre à mes prières! que le ciel vous en récompense! J'ai voulu

180 LAUUE.

Vous voir, parce que je vous sais compaiissanle et généreuse; j'ai voulu vous recommander, avant de mourir, cette enfant que je vais laisser orpheline, et qui n'avait que moi au monde pour la protéger. Ah ! que la mort nVeût élé affreuse s'il m'eût fallu mourir avec celle idée déchirante ! mais vous voilà, mon désespoir s'apaise, et ma fin sera moins cruelle, puisque ma fille, ma chère et adorée Laure, aura en vous une proleclrice; n'est-ce pas que vous la prolégerez? — Oui, pauvre femme, je vous le promets; je me charge de voire enfant, et jeu prendrai soin comme de la mienne pi'opre. — Et vous, ma petite demoiselle, aimerez- vous aussi un peu la pauvre or[)iieline? » La petite fille à qui s'adressaient ces paroles, n'y répondit qu'en se jetant an cou de celle qu'on lui disait d'aimer, et la couviit de baisers. — La pauvre mère mouianle trouva encore un soulire de reconnaissance et de joie qui brilla à travers sa pâleur et ses larmes, comme une étoile dans la nuit sombre. Puis, s'adressant à sa petite fille : « Ëcoute-moi bien mainlenant, ma lille, et n'oublie jamais mes paioles, car je ne serai plus là pour le les répéter : celle dame que lu vois, lu <lois l'aimer autant que moi et lui obéir comme à moi; tous les jours lu remercieras le bon Dieu de nous l'avoir envoyée, lu le prieras de verser sur elle el sur ceux qui lui sont chers toutes ses bénédictions. Cette pelile fille , cet ange qui t'embrasse maintenant, tu la chériras comme une sœur, et lu sacrifieras, s'il le faut un jour, jusqu'à ta vie pour elle. Dis à ton père, quand il reviendra, qu'il se doit tout entier il la famille de la bienfaitrice, qu'il ne doit vivre que pour lui prouver sa reconnaissance. Puis, quelquefois, le soir, pense à ta mère,... prie Dieu pour elle... et... ma fille!... ma... lille!... viens... encore une fois... embrasser... ta mère!...» lin disant ces paroles, la pauvre femnie, dont les forces <'*taient épuisées, retomba sur son oreiller, enlraînant sa fille avec elle et la pressant sur son cœur... Puis on n'en-

LAUUK. KSI

leiulil |>Ius lien que des pleurs et des sanglols... La jeune mèie ne devait plus se relever... La petite Laure, étonnée de son immobilité, l'appelait h grands cris en l'embrassant : « Maman !... petite maman!... réponds-moi !... — Elle dori, lui dit madame Robert en l'arrachant avec peine des bras de celle qui fut sa mère; il ne faut pas faire de bruit! Viens avec moi , nous reviendrons quand elle sera réveillée ! » Et, trioniphant de sa résistance , madame Robert l'entraîna dans une voilure qui l'attendait sur le rivage, et la transporta l'hez elle.

(rélait la meilleure des femmes que madame Robert ; épouse d'un riche armateur de la ville , elle ne savait employer sa fortune qu'cà faire des heureux. Les personnes employées par son mari, commis et matelots, le savaient bien , et, dans un moment de gêne, après une perte, une maladie, c'était à leur ange protecteur qu'ils avaient recours, et jamais en vain. Le capitaine Robert approuvait toujours ce (ju'avait fait ou promis sa femme, et disait qu'il n'y avait de plaisir à être riche que pour faire des heureux. Elle avait donc eu une heureuse inspiration de mère, la pauvre femme de Benoît le matelot, en niellant sa fdie sous la protection de la famille Robert! En effet, que serait, devenue la petite orpheline? Son père, cœur bon et sensible, mais rude et])ourru, pouvail-il lui donner les soins nécessair-es h un âge si tendre? Et lorsqu'il eiil possédé . cette douceur de caractère , cette vigilance inquiète el de tous les instants que nous réclamons de ceux qui dirigent notre enfance, eût-il pu s'en charger? Toujours en mer, et ne revenant que de temps h autre à teiTc pour y passer (jnelques jours h peine el se rembarquer au [dus vite , il l'eût donc confiée à quehpie étrangère, bonne peut-être, mais pauvre comme lui, el qui , obligée de penser à pourvoir jour par jour aux besoins de son existence , n'eût pu donnera l'orpheline (juo des soins bien précaiies et bien in

182 LAI lu:.

coinplels; car on coinpiend bien qu'avec sa paie de matelot, Benoît n'eût pu placer sa fille dans une pension, oii on lui eût demandé pour elle, en un mois, plus qu'il ne gagnait en deux; tandis que maintenant Laure va grandir en paix, sous l'aile de madame RoJjert, à coté d'Anaïs, qui bien tôt l'aimera aulant qu'elle le mérite; Laure auia retrouve une bonne et douce mère , une sœur dévouée. Bénie soistu, ô Vierge sainte ! loi, des mères le modèle et l'espoir, d'avoir si bien inspiré la pauvi'e mère h son lit do mort !

Page 1