‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 36 sur 58 · IV. LA PAUVRE CHAUMIÈRE AU «ORD DE LA MER · texte numérisé non relu

IV. LA PAUVRE CHAUMIÈRE AU «ORD DE LA MER

Une femme jeune encore , mais fatiguée , et dont les traits révélaient une grande douleur morale, et deux jeunes filles, travaillaient autour d'une table qu'éclairait la faible lueur d'une lampe; l'une achevait une broderie, et l'aulie écrivait; un livre ouvert devant elle, et à côté, de nombreuses feuilles de papier écrites, annonçaient qu'elle achevait un long ouvrage. La plus âgée des trois, et qui paraissait la mère, raccommodait une robe. «Laure, c'est assez travailler, je veux que tu cesses; lu ruinerais ta santé si l'on te laissait faire; la nuit dernière était déjà fort avancée quand lu t'es couchée , je veux que lu te reposes cette nuit entière. — Que vous êtes bonne de vous inquiéter ainsi de moi ! mais je suis forte et me porte bien, permettez que j'achève cette traduction du lilLle émigranl que j'ai promise pour demain; l'argent que j'en recevrai me permettra de me reposer un jour ou deux. — Chère enfant! que lu me récompenses bien de mes soins ! — Pouirai-je jamais reconnaître tous vos bienfaits! — Sans toi, que serions-nous devenues? Nous habitons la chauuiièie de ta pauvre mère, et c'est ici (prdlel'a remise dans mes

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bras. — C'est ici qu'elle m'a dicté mou devoir, en me disant: « Laure , aime celle dame comme la mère, et, s'il le faut un jour, sacrifie jusqu'à ta vie pour elle; » je suis encore bien loin d'en être là. — Mais nous nv vivons que de les talenls. — Ces talents, ne vous les dois-je pas? Ne sont-ils pas votre ouvrage ? — Oh! pourquoi ne puis-je pas partager les travaux! Si du moins Anaïs!.... — Par pitié! ma bonne mère, n'achève pas! ne suis-je pas déjà trop punie de ma négligence passée? Que ne puis-je, comme Laure, subvenir honorablement à notre existence par mes talents, au lieu de passer une journée entière sur une ingrate broderie qui rapporte h peine de quoi vivre de pain ! — ïais-toi, Anaïs, tu me déchires le cœur; oublies-tu donc que je te dois tout et que je suis trop heureuse de te prouver ma reconnaissance?» Ainsi parlait Laure, et les heures passaient trop rapidement pour elle; car vous l'avez reconnue, n'esl-ce pas, ainsique Mme Robert et sa (ille?C'était Laure qui , voyant les ressources de sa bienfaitrice épuisées , lui avait donné le conseil de venir habiter avec elle la chaumière de sa mère, où elle trouverait un abri commode, sinon élégant, et dont elle n'aurait pas à payer de loyer; elle était restée toute meublée comme au dernier jour de Mme Benoît, elle élail donc tout à fait habitable; Laure avait en outre, la première, réformé sa loilelte et pris les habits dune simple fille du pays, autre mesure d'économie indispensable; enfin son ancienne maîtresse de pension lui avait procuré la traduction de quelques livres anglais destinés aux enfants, et, de plus, avait vendu assez avantageusement quelques-unes des plus belles aquarelles de son ancienne élève. C'est avec le produit de ces divers travaux, ménagé avec la plus stricte économie, que depuis quatre mois elle avait fait vivre Mme Robert et sa lille.

Le lendemain, Laure alla porter sa traduction et en re-

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