‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 42 sur 58 · I.A !• IIJJ: 1)K I.Ol > lUKll l · texte numérisé non relu

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apliludc anx oiivrat^es inanuels. Depuis !<■ peu de lemps (juil clail en apprenlissage , ses pations n'avaienl eu qu'il se louer de lui; tout lui présageait donc une suite de succès <lans la carrière qu'il avait entreprise. Quant à Françoise, n'ayant [m fréquenter l'école que fort peu de tenqis, à cause de Tutilitc dont elle était à sa mère dans 1 intérieur de la maison^ elle n'avait pu apprendre qu'à liie et à écrire assez correctement, et un peu à calculer; mais combien, sous d'autres rapports, elle rachetait ce qui manquait à son instruction ! Tous les germes des qualités se Pouvaient en elle , et surtout des qualilés les plus nécessaires à sa condition : elle se montrait déjà aussi active que pouvait le comporter sa jeunesse ; d'une propi-elé irréprochable, elle conservait ses effets avec un soin qui eût fait honneur à une jeune fille de quatre ou cinq ans jjIus âgée. Elle montrait déjà le goût de l'ordre et de l'arrangement; c'était elle qui prenait soin du linge de son i>ère et de celui de son frère ; qui, le samedi soir, disposait sur leur lit, de façon h ce qu'ils n'eussent qu'à le prendre, le linge blanc du lendemain; qui , le dimanche matin, ramassait celui qu'ils venaient de quitter et le rangeait. Pour épargner h sa mère les courses qui l'eussent dérangée de son travail , c'était elle qui faisait toutes les petites commissions du dehors pour l'approvisionnement de la maison, chez la fruitière ou l'épicier, etc. Levée dès le grand matin , elle allait chercher le lait pour Je déjeuner de sa mère , car son père, partant dès cinq ou six heures du matin , ne déjeunait pas h la maison . mais emportait son déjeuner sous son bras; déjeuner bien sobre, qui se composait d'un morceau de pain et de quel- (|ue charcuterie. Dans son impatience d'être utile à sa famille, elle se dépilait de son extrême jeunesse, qui ne lui permettait pas de faire tout ce qu'elle eût désiré. La nature avait donc beaucoup favorisé cette enfant, et sa bonne mère avait achevé ce que la nature avait si bien commencé ;

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en ollel.si, par sa position, Mme Tassait était une femme du commun ; par son éducation , sa conduite et son intelligence , elle eût été bien placée dans une sphère plus élevée. L'exemple de ses vertus, ses leçons aussi douces que pénétrantes , avaient fructifié chez sa fille, et elle n'avait plus (|u'à attendre du temps le moment où Françoise pourrait léaliser les justes espérances qu'elle avait fondées sur elle : Mme Tassart ayant formé un grand projet, pour le succès duquel elle avait indispensablement besoin du concours de sa fille. Une grande amélioration dans le bien-être de la famille, el un avenir où il ne serait pas insensé de rêver une petite fortune, voilà ce que, depuis longtemps, l'excellente femme agitait dans sa pensée , sans oser toutefois en parler à son mari. Elle avait éprouvé si souvent l'insuffisance de son intluence pour certaines choses, qu'elle avait fini par y renoncer, et (qui le croirait?) elle espérait obtenir de ïassart, par sa fille, ce qu'elle n'avait pu obtenir elle-même; et, que ceci ne vous étonne pas, l'ouvrier est généralement, avec ses enfants, d'une tendresse qui va jusqu'à la faiblesse. Il semble qu'il prenne à tache de faire compensation aux peines qui les attendent dans un âge plus mûr, en rendant leurs premières années aussi douces et aussi heureuses que possibles. Les mères connaissent bien l'influence que leurs enfants possèdent sur le chef de la famille; elles savent le tourner au profit du ménage , el souvent l'observation qu'elles n'oseraient pas hasarder elles-mêmes, elles la font passer avec succès par la bouchî? d'un enfani. Cette faiblesse dcB ouvriers pour leujs enfants est bien plus remarquable encore envers les filles : celles ci ont avec leur père urre liberté de parler dont on se scandaliserait fort dans les classés supérieures; et cependant, rieh de plus naturel, si l'on veut se donner la peine d'y penser. L'ouvrier est généralement brusque el violent; il se raidit contre tout ce qui i)eut lui faire soupçonner une intention de le

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dominer ; il se révolte contre tout ce (jui a seulement une apparence de joug; c'est pour cela que, recevant mal les observations d'une grande personne, il accueille patiemment la réflexion d'un enfant; bien plus, il s'y prête avec plaisii', car c'est un gage de l'alTeclion qu'il lui porte , et une preuve qu'il n'est guidé que par la tendresse.

La mère de famille attendait depuis longtemps l'occasion de découvrir son projet à Françoise, épiant avec une impatience toute maternelle le développement graduel de sa raison , qu'elle hâtait de tous ses vœux et de tous ses efforts; c'est qu'en effet il fallait beaucoup d'intelligence pour bien comprendre l'importance de ce qu'elle allait tenter , et beaucoup de persévérance et de fermeté pour marcher droit au but, sans se laisser décourager par les obstacles, et sans se compromettre par une imprudence. Knfm, le moment ayant paru propice à Mme Tassart, elle prit un jour sa fille auprès d'elle, et, après l'avoir tendrement embrassée, lui parla ainsi : « Tu sais, chère enfant, que, loin d'être riches, nous ne parvenons à vivre sans faire de dettes qu'à force de travail et d'économie ; tu l'as bien senti, puisque toi-même tu noiis aides de tous tes petits efforts; c'est bien sans doute; cependant tu pourrais faire davantage encore... — Parle vite, maman, dis-moi ce qu'il faut faire; si je l'avais su, je n'aurais pas attendu que lu me le disses. — Je n'en doute pas, ma chère petite fdle; aussi tu ne pouvais pas le deviner; écoute-moi donc; tu m'as entendue bien souvent faire des observations à ton père sur l'habitude qu'il a de fêter le lundi comme un jour de fête ?... — Oui , maman, je le sais, si bien même, que papa se fâche toujours quand tu lui en parles. — Oui . ton père est bon , il m'aime bien ; mais il est brusque et rude quelquefois, et surtout quand il s'agit du lundi; pourtant, moi, je tiendrais beaucoup à rectifier cette habitude, qui non-seulement lui fait perdre par mois le prix de qualie

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journées do Iravail, mais, co (jiii est bien |)is, cesl que , comme on ne s'amuse pas sans argent, h la perle de sa journée il faut ajouter 3 ou 4 francs que dépense ton père. Je ne veux plus lui en parler, je l'irrite inutilement; mais tu sais combien il t'aime ; avec toi jamais il ne se facile, tu peux tout lui dire sans crainte de l'indisposer; c'est donc à toi niaintenant de tenter une entreprise dans laquelle j'ai échoué si souvent. — Oh! c'est bien difficile, cela; je n'oserai jamais en dire le premier mot. — Aussi ne faut-il pas lui en parler; il faudrait l'y amener tout doucement. — Ah ! oui, je comprends, en le retenant à la maison sans qu'il s'en aperçoive. — C'est cela, chère enfant. — Mais comment faire, mon Dieu? — Penses-y sérieusement, et livre-toi ensuite h l'inspiration de ton cœur, il te conseillera mieux que je ne pourrais le faire. » C'était un samedi que Mme Tassart parlait ainsi à Françoise ; pendant toute la soirée l'enfant fut visiblement préoccupée ; il était facile de voir qu'un grand projets'agitait dans cette petite tête. Le dimanche se passa dans la même préoccupation ; le père Tassart observa que sa fille avait été plus recueillie que jamais le matin à la messe ; elle avait prié avec une ferveur qui faisait battre de joie et d'espoir le cœur de sa mère : c'est que toutes deux savaient, l'une par Texpérience, l'autre par la foi, que la religion est la vraie source de toute force morale, et le foyer d'où vient toute lumière. En sortant de l'église , Françoise était plus calme, et son front rayonnait d'une douce satisfaction. Le jour se passa comme d'habitude; seulement Mme Tassart vît avec plaisir Françoise plus prévenante, plus attentive, plus caressante avec son père, et dut en conclure que la petite avait conçu son plan et préparait le terrain. Au milieu des caresses qu'elle prodiguait à son père, elle conservait son air grave et distrait; Tassart enfin s'en aperçut et s'en inquiéta. « Qu'a donc la petite? dit-il à sa femme ; je lui trouve aujourd'hui comme de la tristesse

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