V LA FILLE DE L'OLVIUEK
bien une chose!.... — Allons, bien! je comprends... cela veut dire que tu voudrais... — Oh ! tu serais si gentil, petit père, dis? — Et les outils? et le bois?... je n'ai rien de tout cela, moi... — Le bois ne coûte pas cher... et je suis bien sûre que M. Tardif ne demanderait pas mieux que de le prêter ses outils. — Mais où prendre le temps de faire un pareil ouvrage? — Tu pourrais y travailler tous les lundis; tu as bien le temps, ces jours-là... — Tiens , c'est vrai; tu as raison, et puis cela m'amusera. Eh bien, je vais voir Tardif, et s'il me prête ses outils, tu auras aussi ton ménage, entends-tu, Françoise? — Oh ! que tu es donc bon et gentil, petit père ! comment, tu te donnerais tant de peine? — Oui, certes, je le ferai ; tu es si bonne petite fdle !... Allons, je vais chez Tardif. » En disant ces mots , Tassart prit son chapeau , embrassa sa fille et sa femme , et sortit. A peine fut-il parti que Mme Tassart, prenant sa fille dans ses bras, la couvrait de baisers et de larmes de joie et de tendresse. « Chère enfant , je ne t'aurais pas cru tant de raison. Que je suis heureuse et fière d'être ta mère !... Viens, viens sur mon sein, que je t'embrasse mille fois. . . »
On devine le résultat de cette petite ruse... Françoise n'avait point du tout envie de ce qu'elle paraissait désirer si ardemment; mais elle y avait vu le moyen de retenir son père chaque lundi à la maison pendant plusieurs mois ; elle connaissait assez sa persévérance pour savoir qu'il ne quitterait ce qu'il aurait entrepris que quand il l'aurait terminé; c'est ce qui arriva. Françoise ne se borna pas à ce premier succès; et, dans une intention qu'elle avait soumise à sa mère, on mettait de côté, toutes les semaines, les quatre francs du lundi , que Tassart ne dépensait plus depuis qu'il travaillait au ménage de sa fdle. — Or, depuis longtemps le brave homme désirait une montre, une montre bien simple, en argent.... Il n'avait pas encore pu se la donner... Le jour où son travail fut achevé.
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LA nijx m: l' ouvrier
Liih Rioo frères et C '
LA MLLIi \)E LU UV Kl EU. 200
voulant jouir de la surprise de sa tille et de sa joie... il rangea tout le petit mobilier, mettant chaque chose à sa place... Il croyait l'étonner bien fort, et ce fut lui qui le fut davantage. Le soir, en se couchant, il trouva pendus i\ la cheminée un porte-nionlre et une belle montre en argent, avec cette inscription : Ceci esl le fruit des économies de mon père pendant douze lundis. — Tassart fut enchanté de sa montre; il embrassa sa femme et sa fille , et les remercia chaleureusement, mais sans dire un mot de l'inscription. Mme Tassart craignait de l'avoir mécontenté; elle passa toute une semaine dans cette incertitude ; quelle ne l'ut donc pas sa joie quand, au lundi suivant, elle vit son mari se lever comme les autres jours, prendre ses outils et se disposera sortir! « Où donc vas-tu, Tassart? — Je vais travailler pour ma fille, lui répondit-il en jetant un regard humide sur Françoise encore endormie... Je veux, femme, que lu mettes de côté tout ce que je gagnerai ces jours-là , et de plus tout ce que j'aurais dépensé, et qui, par conséquent, nous restera : ce sera pour elle. — Oh, Tassart! dit sa femme en l'embrassant avec transport, tu es le meilleur des hommes et le plus tendre père ! Que Dieu bénisse tes travaux ! — Le vœu de la bonne mère monta pur et radieux vers le trône du Seigneur. Tous les lundis donc , Mme Tassart mettait 8 francs de côté , et tous les mois , au nom de sa fille , déposait 32 francs , et quelquefois 40 , h la caisse d'épargnes. Françoise, de son côté, commençait à gagner quelque argent; son père ne voulut pas qu'on y touchât.. . Trois ans sécoulèrent ainsi ; Françoise en avait treize. Mme Tassart s'ouvrit alors à sa fille d'un projet nouveau ; elle avait conçu l'idée de faire sortir son mari de l'étal d'ouvrier manœuvre ; mais comment faire? Justement à cette époque, une place d'inspecteur des travaux vint h vaquer chez l'aichilecte qui l'employait habituellement ; Françoise et sa mère, sans en prévenir Tassart, allèrent la demander secrètement;