LA FILLE DE LOUVKIER
elles fiu'eiit accueillies avec coiisicJéraliou. Tassart ëlail un brave et laborieux ouvrier, estimé de tous ses chefs : on eût été désireux de lui prouver de la bienveillance; mais ses connaissances étaient trop bornées; à peine s'il savait lire et écrire. Il faut d'aulies talents à un inspecteur des travaux. Ce fut avec peine.., mais leur demande fut refusée. Toutes deux comprirent qu'on n'avait pu faire autrement, et que le refus était juste. Mme ïassart était désolée. « Console-loi, maman, lui dit Françoise, c'est un mal qui peut se réparer, et dans un an je te promets que mon père ne sera pas refusé, — Comment feras-tu? — Ne t'en inquiète pas et laisse-moi laire. » Le lendemain , elle demanda à son père de vouloir bien la conduire à l'école des adulles , qui se tenait le soir ; et, pour raison , lui dit que son éducation était tout à fait arriérée; que ses amies en savaient toutes plus qu'elle , ce qui l'humiliait. Tassart conduisit donc sa fille à l'école des adultes , et l'y laissa , lui promettant de revenir la chercher à la fin de la classe; car, bien qu'il ne fût qu'un ouvrier, depuis que sa fille n'était plus une enfant , il ne la laissait point sortir seule. Mais il arriva trop tard , et sa fille se plaignit d'avoir attendu. Le lendemain, même retard : Françoise prétendit avoir peur quand elle se trouvait ainsi seule dans la rue. — « Mais pourquoi , dit-elle à son père, ne resles-tu pas à l'école des honmies , qui se trouve à côté de celle des femmes? tu te trouverais tout porté pour me ramener. — Que veux-tu que j'aille faire à l'école? A mon âge , on a la tête trop dure pour rien apprendre... — Mais, pas du loul; regarde M. Tardif, M. Lelurc, et d'autres encore qui ne savaient rien ; eh bien ! maintenant ils sont contre -mai très ou enlrepieneurs à leur compte; pourquoi ne ferais-tu pas comme eux?
Françoise échoua dans sa piemière tentative; mais sans se décourager, et toujours avec un ton si tendre, une voix si