JULI
Desesserts Edite
LiHiRi^o Frersô.v.Ricliev,/-
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ST-ii. un senliineul plus doux ([ue rainilië, pluscapable (l'eiiil)ellirla ' vie et de la chai-uiei? pouvoir se dire avec confiance : 11 est un être pour qui ce qui ni'atflige est un sujet de tristesse, et dont ce qui l'ait mon bonheur fait aussi la joie; devant lui je n'ai point à dissimuler aucune de mes pensées ; je puis parler sans crainte, et je suis sûre de trouver toujours en lui un second moi-même, mais qui, moins aveugle et m'appréciant mieux , m'éclairera sur mes défauts, me tiendra en garde contre mes secrètes faiblesses, el, par un langage sincère et franc , saura faire briller à mes yeux le miroir de la vérité, au risque uiême de morlifier pour un instant mon amour-propre. De (pii , en effet , attendre des
observations désintéressées, des conseils salutaires, si ce n'est de ses amies? L'indifterent se tait sur nos défauts, le llatteur les exploite, notre ennemi les encourage pour les Taire tourner à notre perte, ou bien il les publie pour se donner le plaisir de nous humilier; mais un ami véritable nous en avertit charitablement en secret , veille sur les dangers dans lesquels ils peuvent nous entraîner : loin de les publier, il les cache, et nous couvre au besoin de son manteau. L'amitié ne doit donc être qu'un commerce moral qui a la vertu pour objet; un échange continuel de bons procédés, de services et de bons conseils; et parce que des individus sont pour un temps rapprochés de nous par des lelations agréables ou associés avec nous dans un but d'intérêt, il ne s'ensuit pas qu'ils soient nos amis...; le plus souvent ce ne sont que des connaissances à qui l'on doit des égards, de l'aiïabililé , de la bonne foi , mais non du dévouement... Avant que deux personnes puissent avec raison se dire amies , il faut que pendant de longues années elles se soient donné des preuves réitérées d'affection, (Qu'elles aient acquis mutuellement la certitude de leur loyauté, de leur discrétion, de leurs bons principes; il faut ([u'elles sympathisent, sinon par les idées, du moins par les sentiments. Le choix d'une amie est donc une chose grave qui exige beaucoup de temps, de discernement, de prudence, et sur laquelle on ne saurait se montrer trop sévère. Bien insensé celui qui voit des amis partout, qui, prenant des politesses pour des témoignages d'amitié, ouvre son cœur à tout venant! il s'expose h de cruelles déceptions, à de cuisants regrets. Prodiguer ce noble sentiment, c'est le dénaturer, c'est l'avilir. L'amie de tout le monde ne saurait être mon amie; mais si vous avez eu ce bonheur d'en rencontrer une véritable, conservez-la précieusement: c'est un trésor que l'on ne rencontre pas deux fois dans la vie. lùitre Boulogne et Saint-(^loud se voient doux charmantes
petites villas placées en lace l'une de l'autre de chacjue côté de la route, dont elles sont éloignées par un jardin plein d'ombrage et de Heurs, avec de grands arbres et de veris tapis de gazon. Par un habile calcul des propriétaires, chaque maison est située an milieu du jardin, de manière à donnera volonté, du côlé de la route, l'aspect de la vie et du mouvement; de l'autre, le silence, la solitude et un holizon tout champêtre. A gauche, dans la maison au belvéder, aux persiennes vertes, demeure M. Dutertre avec sa fennne et Julie sa fille; l'autre villa, celle qui a des persiennes grises, appartient à M. Deluc, qui l'habite avec sa femme et sa lille Henriette. iM. Deluc et M. Dutertre sont deux bons amis qui se sont souvent éprouvés, et dont dix années d'épreuves n'ont fait que fortifier familié; ils se sont ainsi placés à la campagne vis-à-vis l'un de l'autre, pour n'avoir qu'un pas à faire pour se visiter. Julie a quinze ans, Henriette n'en compte que treize; comme leurs familles, les deux jeunes filles sont amies; depuis dix ans elles se voient chaquejour, passent des journées entières l'une chezfautre, partageant jusqu'à leurs repas. Toutes deux ont de brunes chevelures , mais celle de Julie est plus claire et se rapproche du châtain; elle a aussi les yeux bleus; Henriette les a noirs et brillants. Julie est vive, mais douce, expansive et maîtresse d'elle-même; elle est gaie, mais jamais jusqu'à l'excès; sensible et point sentimentale, franche sans rudesse; elle a de l'imagination, mais sans exaltation. Henriette, au contraire, se passionne pour tout, pousse tous les sentiments à l'excès; elle est vive jusqu'à femporlement, toujours aussi près du rire que des pleurs; généreuse jusqu'à la prodigalité; se laissant emporter sans réflexion à l'idée du moment, mais revenant aussi facilement sur ses pas; tête légère, imagination exaltée, cœur sensible et généreux, voilà Henriette. Aussi, combien de fois dans une année ne se brouille-t-elle pas avec son amie ! un rien suf-
lit pour cela. Une dissidence d'opinions, un conseil conlrariant, une observation un peu ferme, et voilà Henriette partie... Elle se monte la tète, s'emporte, accuse Julie de n'être point son amie, lui fait des reproches de toute nature avec une telle rapidité de paroles, qu'il est impossible qu'elle sache ce (ju'elle dit , qu'elle puisse même se le rappeler; elle lui jure de ne la revoir jamais , et le lendemain revient l'embrasser, en riant la première de son échappée de la veille... Quand ce n'est pas Henriette qui revient la première trouver Julie, c'est Julie qui revient trouver Henriette. Cet état de choses durait depuis dix ans : le temps, l'habitude, et plus que tout cela encore,la sympathie, avaient rendu les jeunes filles inséparables, lorsque les deux familles, sentant la nécessité de faire compléter les études de leurs enfants et leur éducation, les ennnenèrent à Paris.
Le jour du départ, chacun fut triste, Julie et Henriette versèrent quelques larmes; mais ce fut bien pis, quand, arrivées à Paris, les familles se retirèrent dans leurs logis respectifs: les deux amies se précipitèrent dans les bras l'une de l'autre, et fondirent en larmes en se séparant; l'espoir de se revoir le lendemain put seul calmeileur douleur, douleur d'autant plus grande que Julie, en raison de son âge et de son avancement, ne pouvait suivre les mêmes cours que Henriette; elle avait des maîtresses et des maîtres choisis qui venaient chez elle lui donner leurs leçons. Henriette suivait les cours de M. Lyvé, alors fort en vogue, et où se pressaient en foule les jeunes fdies des familles les plus distinguées. Une de ces demoiselles captiva bientôiraltentionde Henriette, et faillit même avoir une fâcheuse influence sur son caractère. Dans les piemiers temps, les deux amies se voyaient tous les jours; mais à peine un mois s'était écoulé, que Julie crut apercevoir quelque refroidissement chez Henriette, dont les visites devenaient de plus en plus rares. Certaine de n'avoir rien fait
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qui put légiliiiier un tel changeuienl. elle s'expliqua ses négligences pai- Toiiginalilé de son taïadère: cependanl il lui semblait voir à son amie des idées et des manières ({u'elle ne lui avait jamais connues; elle la voyait se prononcer avec autorité dans les questions les plus difficiles l\ résoudre, et les décider dun ton tranchant et souvent de la façon la plus opposée au bon sens. Julie, dont l'esprit juste et droit se révollait contre tous les sophismes, condjattait son anne avec les armes de la raison ; Henriette se défendait d'abord avec calme, quoique avec l'affectation de la supériorité; Julie était vive, elle s'impatientait bienlôt; la discussion devenait alors plus serrée, plus nerveuse ; alors aussi Henriette, pressée de toutes paris par d'excellentes raisons , et par orgueil ne voulant pas s'avouer vaincue, répondait avec aigreur, et quelquefois les deux amies se séparaient fâchées; mais ce n'était plus Henriette qui revenait la première, c'était maintenant toujours Julie, et quelquefois même ses avances étaient reçues avec une froide indifférence qui la blessait profondément; sa dignité offensée lui conseillait quelquefois d'abandonner cette ingrate amie, celte Henriette inconstante et capricieuse, si indigne de son affection ; mais elle la chérissait si tendrement, elle lui était si dévouée, qu'elle espérait toujours la voir revenir à de meilleurs sentiments. L'amitié est ingénieuse à se tromper elle-même, et Julie trouvait toujours quelque motif nouveau pour excuser son amie et pour espérer encore. Hélas! Henriette ne lui laissa que bien peu de temps celle douce illusion. Trop franche et portant trop d'intérêt à son amie pour ne pas lui parler h cœur ouvert, Julie disait un soir à Henriette : <^ En vérité, ma bonne amie , je ne retrouve plus chez toi dans leur pureté les notions parfaites d'éducation que ton père t'avait données. — Si la remarque est vraie, elle n'est certainement pas flatteuse, et je pourrais m'appuyer sur elle pour te faire la même observa-
lion. — En sommes-nous donc à ne pas oser nous averliiavec franchise de nos défauts, el ne te fais- lu pas une fausse idée de ce que c'est que la bonne éducation? — La bonne éducation consiste, je pense, à savoir se mettre avec goût; elle enseigne à se présenter dans le monde convenablement, à ne rien faire qui offense les usages reçus, h savoir se tenir dans un cercle a-vec aisance ; elle réunit aussi l'ensemble des sciences qui élèvent l'esprit, et des agréments qui font dire d'une femme qu'elle est aimable et la font rechercher dans le monde. — Voilà tout? dit Julie , en regardant son amie avec des yeux que l'étonnement semblait agrandir. — Voilà tout , répondit l'autre avec gravité. — Ainsi donc, suivant toi, l'éducation serait purement une affaire de forme, et de laquelle ne ferait pas partie la connaissance des devoirs que nous avons à remplir envers Dieu , envers notre prochain, envers nous-mêmes? — Ceci regarde la religion. — Et la religion ne fait donc pas partie d'une bonne éducation ? Quelle sotte personne t'apprend donc à déraisonner ainsi ? — Ah ! je vous en prie, JiTlie, ménagez vos expressions ; je ne souffrirai pas que devant moi l'on offense une amie. — Une amie!... en as-tu donc une autre que moi?... Non, je ne le crois pas... , quoique je ne puisse éviter de reconnaître dans les paroles une influence étrangère qu'on ne doit accorder qu'à une supériorité bien reconnue. — Ah! quanta sa supériorité, si vous l'entendiez, vous ne pourriez vous empêcher de la reconnaître vousmême en admirant la vaste étendue des connaissances qui la distinguent. — Vraiment! — Elle possède, outre la litlératui*o el la philosophie... — Certes si elle possède quelque chose outre cela, je la tiens pour plus forte que moi , et de beaucoup. Eh bien! que possède-t-elle outre la littérature et la philosophie? — La langue anglaise, l'espagnole, l'italienne. — Mais possède-t-elle bien la grammaire française et l'orthographe? — Vous voulez plaisanter? — Je n'ai ja-
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mais parlé plus séricusemoiU; quand on a employé tout son temps à apprendre lanl de grandes elioses, il n'est pas sûr qu'on en ait eu de reste pour apprendre les petites... Enlin. tu crois à son amitié? — Comment n'y eroiiais-je i)as? elle est si bonne, Oclavic de Boisguérel!... nous sympathisons si bien! toujours du même avis..., jamnis nous n'avons la moindre discussion. . . , nous nous comprenons à moitié mol ; ah! nous étions vraiment faites l'une pour l'autre! — Ce qui veut dire que non-seulement je lui suis fort inférieure, mais encore que tune te sens plus de sympalhie pour moi?
— Si vous voulez que je vous parle avec franchise, je le crains : la différence de nos manières d'être et de voir
— Heni'iette, tu brises mon cœur, mais tu ne parviendias pas à t'en arracher. S'il te plaît d'oublier les dix années
joyeuses que nous avons passées ensemble , heureuses l'une par l'autre, et partageant toutes choses, le plaisir el la peine , échangeant toutes nos pensées et sympathisant si bien que tu pleurais quand tu passais un jour sans me voir, et que moi, j'en élais désolée.... , s'il le plaît d'oublier loul cela..., tu en es libre, sans doute.... Livre-toi donc à une élrangèi'e que lu connais à [»eine; puisse-l-elle ne [ms t'ap-
[)renJi'e h les dépens que les vraies amies sont rares!
[Riisses-Ui n'avoir jamais à le repentir î Adieu : je ne viendrai plus t'imporluner de mon alTeclion... ; mais je ne t'ouhlierai jamais, moi! el si quelque jour lu comprends enfin (piun cœur dévoué a quelque prix , reviens réclamer la place que lu ne cesseras d'occuper dans le mien, el elle le sei'a rendue; el personne, je le le promets , personne ne l'y succédera. » En achevant ces mois, prononcés d'une voix douce, mais tremblante et toute pénétrée de tristesse, Julie embrassa tendrement son amie, et deux grosses larmes roulaient de ses paupières. Henrielle élait émue et senlail son auie se fondre aux chaleureuses paroles de son amie , et , dans son cœur, les sentimenls les plus opposés se livraient un ardent combat. L'orgueil lui disait de persister; la justice, la reconnaissance , la raison, la sensibilité, lui ciiaienl de se jeter dans les bras de Julie, de lui demander mille Ibis pardon de lanl de cruauté. La vertu, sans doute, lûL sortie trionq)hantc de celle lulte si Julie eût altendu un insianl de plus; mais elle élait partie : — «Julie ! .IuThM reviens, je l'en conjure! » cria Henriette dans l'escaliei'; mais Julie élait partie pour ne plus revenir. — '(L'ingrate! partii* ainsi sans me laisser le lenq)s de mex-
pliquei- ; prendre ainsi au pied de la lellre des expies-
sions qui m'élaienl ariachées par la vivacilé de la discussion ; c'est affreux! Mais elle ne m'aime pas !.... elle ne
ma jamais aimée, et ne cherchait que l'occasion de se séparer de moi ; c'est affreux ! et je me dois h moi-même
de ne plus y penser; oui, je veux l'oublier!» En parlant ainsi, Henriette, la tôle appuyée sur son bras, pleurait amèrement , sentant qu'un grand vide se faisait dans sa vie et dans son bonheur. Elle pleui'a longtemps. Octavie el Toigueil la soutinrent pendant quelques jours, occultant, s;ms la remplir, la place de Julie, étourdissant la pauviv délaissée, mais ne la consolant pas.
Les deux familles virent avec un pi'ol'ond cliagrin la séparation (le leurs enfants. L'élonnenicnl de M. Deluc fui grand (juand il apprit que sa lille avait une nouvelle amie; il l'avait bien entendue plusieurs fois pailer avec heaiicoup d'enthousiasme d'une certaine Oclavie qu'elle avail connue au cours de M. Lyvé. Il lui importait de connaître le phénix, la huitième merveille qui avait séduit sa fille. II l'engagea donc h inviter sa nouvelle amie à venir la voir, et même h lui faire le plaisir de dîner avec elle. Avant la fin de la première visite d'Octavie, il avail compris son caractère. C'était la plus ridicule petite personne qu'il soit possible de voir; M. Deluc fut d'autant plus peiné de la conduite d'Henriette avec Julie, que la cause d'un tel man- (jue de cœur et de procédés était moins digne d'estime. En efTet, iu)aginez-vous une jeune personne affectant un aiidédaigneux et hautain, parlant de tout sans rien connaître, jetant son avis avec un air tranchant à tort et à travers de toutes les conversations, se mêlant à tout propos et mal à propos h ce qui se dit autour d elle, toujours sur le ton d'une admiration outrée ou d'un mépi'is profond; ne se servant que d'expiessions siugulièi'es, alTectées ou prétentieuses : voilà la nouvelle amie de Henriette , l'objet de son admiration , et le modèle, hélas ! qu'elle se propose d'imiter. M. Deluc avait suivi avec anxiété les phases du changement de sa fille, attendant avec inq^atience que l'occasion s'offrît de placer Octavie dans son vrai jour, de manière que Henriette put la juger elle-même. Les leçons que l'on retire de sa propre expérience sont toujours les meilleures; M. Deluc ne l'ignorait pas, et régla sa conduite d'après ce sage principe. L'admiration qu'Octavie avait excitée chez Henriette était la seule cause de l'engouement de celle-ci: pour détruire l'effet, il suffisait don< de d(Mruii'e la cause; c'est ce (lue fil M. Deluc.
Dans une |)elile soii'ée. i! réunit les trois jeunes peisou-
lies et un [K'iil noiuljre d'aïuis, paiiiii Ies(iiiels se Irouvail
un vieillard illuslre dans les lellres, M. de L ; on parla
naturellement littératuie; la conversation tomba d'abord sur les œuvres de Lefranc de Pompignan , dont M. de L.... faisait réloge, non sans quelques restrictions. Octavie, suivant son babilude, se hàla de se mêler h la conversation. «Je suis vraiment ëlonnée, dit-elle, d'entendre faire l'éloge decepoëte. — L'avez-vous lu, Mademoiselle, dit M. de L..., surpris d'entendre une jeune personne parler ainsi. — Oh ! Monsieui', aucun de nos poètes ne m'est étranger. — Vraiment! Je suis charmé de me trouver avec une jeune personne si érudile ! Mais quelles objections m'opposerez-vous qui justifient l'avis que vous venez d'émettre contre Lefranc de Pompignan? — Oh! je n'en manquerai pas. — Mais encore, faut-il en [)iéciser quelques-unes. — C'est un poêle qui n'a ni pathétique, ni sentiment, ni élévation, ni
pureté de style , ni — Pardon , Mademoiselle, voilà une
longue énuméralion de défauts; niais, je vous prie, avant d'aller plus loin, il faut bien nous comprendre. Qu'entendez-YOus par pureté de style? » Octavie fut un peu déconcertée par cette question, et balbutia : «La pureté de style... c'est la... c'est une... enfin, ce mot signifie, dans le style, une distinction, un agrément , qu'il est plus facile de concevoir que de définir... » M. de L reprit, avec un sourire
quelque peu ironique : « Vos idées, ma chère demoiselle, ne sont pas très-claires sur ce point. La pureté de style consiste dans l'emploi des mots et des constructions propres an génie d'une langue, et, par opposition, dans l'exclusion des mots et des tournures empruntés aux autres langues, des néologisnies et des expressions vieillies ou employées sans une autorité suffisante. »
I^ (ière Octavie fut un peu humiliée de la leçon, mais ne se tint pas pour battue. «Je connais peu Lefianc de Pompignan, reprit-elle aussitôt, voulant effacer l'échec qu'elle
Dcsesserls Ldiieur.
Lith.Rido f'vères el ^'
venait de l'ecevoir; mais [)aiiez-moi do Hoiisscaii , de Racine, de Corneille et d'Homère. Homère surtout Tait mes délices... Oh ! pourquoi uepuis-jele lire dans le lalin original! — Vous voulez sans doute dire dans le grec, Mademoiselle? — Oh ! Monsieur, vous phiisanlez; mais je suis bien sûrequ'Homère est un poêle latin, né dansTile de Chio. — El où supposez-vous donc l'île de Chio? — Je ne pouriais vous préciser sa position, mais je sais quelle est proche de Rome. — De Rome! Mademoiselle; permettez-moi de vous dire (jue vous vous trompez encore; Chio est une île de l'Archipel grec. »
A ces mots, les personnes présentes, qui jusque là avaient avec peine relenu leur sérieux , éclatèrent d'un l'ire général ; Octavie, rougissant et pâlissant tour à tour, vit bien qu'elle avait sans doule conunis encore quelque grosse sottise. Oh! qu'elle eût voulu être bien loin quand M. de L..., reprenant son sérieux, lui dit : «Mademoiselle. il est bien permis à un vieillard de mon âge de donner une leçon à une jeune personne du vôtre. Souffrez donc que je vous dise qu'avant de parler littérature , il faut, si l'on ne veut pas se rendre souverainement ridicule , connaître la valeur des mots dont on se sert , et savoir les construire correctement. Avant de parler d'Homère, il convient au moins de connaître la géographie et Thisloire assez pour ne pas confondre , comme vous venez de le faire , les noms et les lieux.» En disant ces paroles, M. de L... prit son chapeau et se retiia. Chacun l'imita bientôt. Octavie élait restée stupéfaite et anéantie; il est plus facile de se figurer sa honte (jue de la dépeindre; enfin, revenant h elle-même, elle se hàla de partir, mais avec une telle rapidité que son départ parut une fuite. Elle ne dit môme pas adieu à Henriette. Celle-ci était restée seule au salon avec son père. La chule de l'idole Pavait ramenée h la raison, et son admiration avait fait place au méi)ris. « Est-il possible, s'écria-l-elle fout haut.