‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 54 sur 58 · A LOI SI K. 2G · texte numérisé non relu

A LOI SI K. 2G

liivnl (jue remuer proroii(léiiieiit dans ce C(eiu' lourniciilt' lous les seiUiineiils mauvais el les porlei' à la su l'Iace, coiuuie un oiage (jui Irouhle un lac, el l'ail nioillei* au dehors la vase el les iin[)uielés qui doiinaienL au fond de son lil. Ce lui avec les dispositions le^ [)lus hostiles que Sylvie allendil le jour où AI[»honsine devait entrer dans la maison. Ce jour aniva enfin : toutes les élèves s'empressèrent au(>i'ès d'elle, et lui firent le meilleur accueil; c élail à qui lui demandeiait son amitié, tant les paroles de iVIme Clairville avaient bien disposé les esprits en sa faveur. Alphousine méritait tous ces éloges, anlant par son heureux cai-actère et son excellent cœur que par les qualités que lui avaii attribuées l'institutrice. Ce n'est pas que dans sa jeunesse Alphonsine n'eût été d'une légèreté excessive . joueuse el insouciante comme beaucoup déjeunes lilles; mais les sages i-emontrances d'une bonne mère , le désir de lui piouver sa reconnaissance et son amour aulremenl que par de vaines paroles et des cajoleries plus vaines encore , avaient enfin calmé son esprit naturellement fort élourdi et ennemi de toute application sérieuse. A force de se ré[)éter ce qu elle devait faire poui- mériter la tendresse de sa famille, Alphonsine avait fini par le vouloir, et de là à le pouvoir, il n"y avait qu'un pas; il fut bientôt banchi. Une bonne première conmmnion était venue meltie le sceau à ces heureuses dispositions, et à douze ans, Alphonsine était une jeune fille charmante et digne du portrait flatteur que Mme Clairville en avait fait à ses élèves. Sylvie étudia en silence la nouvelle venue , sans se communiquer à elle , sans faire une seule avance qui lui témoignât le désir délie bien ensemble. Alphonsine s'en aperçut promptement, sans en comprendre la cause, toutefois; mais si elle avait trop bon cœur pour ne pas souffrir de voir une de ses camarades prendre autant de soin pour éviter sa société que les autres en menaient h la rechercher, elle avait aussi l'ànie

trop généreuse pour hésiler à faire les premières avances. Elle chercha donc l'occasion de se trouver un moment seule avec Sylvie, afin de pouvoir s'expliquer plus librement. Plusieurs jours s'écoulèrent sans qu'elle piit trouver une circonstance favorable; enfin un jour, à la récréation du soir , elle la rencontra seule dans une grande allée de tilleuls qui bornaient la récréation. L'aborder vivement, lui prendre la main, fut l'affaire d'un instant pour Alphonsine: puis, d'une voix amicale : « Sylvie, vous me fuyez, vous seule; ne le niez pas, cela n'est que trop certain; pourquoi me fuyez-vous? que vous ai-je fait? — A moi, Mademoiselle ? mais rien , je vous assure , et je ne me suis pas plainte. — Non, mais depuis mon arrivée ici, vous n'avez eu pour moi que du silence et des regards fâchés. — Écoutez, je veux être franche avec vous : vous aspirez à la première place , n'est-ce pas? — Je ne négligerai du moins rien pour la conquérir. — Je le comprends, j'en ferais autant. Mais avant voire arrivée je 1 occupais toujours; vous venez me disputer tout ce qui fait mon bonheur, et vous voulez que je vous aime ! — Que voulez-vous dire? je ne vous comprends pas. — Je vais me faire comprendre : je n'avais pas de rivale de mes succès avant votre arrivée; vous êtes venue, et j'en ai une maintenant; eh bien! pour moi, ma rivale c'est mon ennemie. — Vous m'affligez, Mademoiselle; ne peut-on être amies et courir la même carrière ? Croyez bien que je ne vous en voudrais pas si vous l'emportiez sur moi. — Voilà de beaux et nobles sentiments; quant à moi, je ne me sens ni le courage de les avoir , ni celui plus grand encore de les feindre. — De les feindre! moi! s'écria Alphonsine ; pour qui me prenez-vous donc ? » iMais cette généreuse exclamation resta sans réponse , la jalouse s'était rapidement éloignée. Dans plusieurs autres occasions, Alphonsine essaya de se rapprocher de la sombre Sylvie , mais toujours aussi inutilement que la première fois. Com-

-:.;*.^|lf

(x4Jl2X^ \

JAL£^irSXE,

;seS£ï:;s cdilear.

Lilli Riôo Frerts O

JALOUSIE. -im

iiienl, en effet, en eût-il été autrement? Alplionsine nonseulement lui avait disputé la supériorité, mais, en dépit des efforts inouïs de celle-ci, elle l'avait emporté sur elle; et, h la grande joie des autres élèves, la première place était toujours occupée par Alplionsine , dont la modestie et la modélaiion s'étaient tellement concilié les cœurs, que, loin d'être fâchée de ses triomphes, chacune de ses compagnes en était heureuse et fière comme si elle eût été leur sœur. Je ne vous dépeindrai pas la cruelle souffrance de Sylvie , les pleurs amers qu'elle versait en secret, et qui, loin de la soulager, semblaient retomber sur son cœur pour le pénétrer de leur amertume et l'aigrir chaque jour davantage. Oh! qu'elle souffrit cruellement, la pauvre enfant! Sombre, silencieuse, ne se mêlant jamais aux groupes de ses joyeuses compagnes, le regard ardent et le visage altéré, elle semblait ne se nourrir que de ses regrets et de son dépit. Elle s'était promis une si belle moisson de lauriers h la fin de l'année ! elle s'était donné tant de peine et de travail pour la mériter ! Elle eût réussi sans doute sans l'arrivée de cette Alphonsine qui venait lui arracher tout le fruit de ses efforts; et plus la distribution des prix approchait, plus aussi elle sentait croître dans son cœur la haine qu'elle portait à sa rivale. Les projets les plus coupables s'agitaient dans son esprit, car déjà on étaii arrivé aux compositions de la fin de l'année , et c'est en vain qu'elle redoublait d'efforts, sa conscience lui criait qu' Alphonsine l'emporterait sur elle. Sylvie avait ambitionné deux prix par-dessus tous les autres : celui de dessin et celui d'histoire. Les compositions d'histoire avaient été rendues; elle ne pouvait s'empêcher de s'avouer la supériorité qu'Alphonsine avait sur elle dans cette branche de leurs études; quant au prix de dessin, il était sur le point de lui échapper également ; la tête de sa rivale était d'une perfection h la désespérer; cette certiinde lui ins[)ira

la plus blâmable aclion. Un jour, de grand nialin , elle se glisse dans la salle de dessin , l'œil atlenlif , l'oreille aux écoules, cl, sûre que personne ne l'a vue, elle lire de son carlon le travail d'Alphonsine, et d'une main rapide elle y passe l'eslompe noire, de manière à le rendre méconnaissable ; elle le remet à sa place , et soit sans avoir élé aperçue, et sans avoir rien h redouter de la sévérité de la maîtresse ; mais la victime ne tarda pas à trouver un vengeur cent fois plus sévère dans le cœur même de la méchante ! C'était la première fois qu'elle faisait le mal, la voix de sa conscience s'éleva contre son aclion , le remords déchira son cœur et troubla son sommeil ; plus de (ranquillité, de repos; elle se méprisait parfois elle-même, et sentait qu'elle ne pouvait recouvrer sa propre estime qu'en avouant sa faute aux pieds de Mme Clairville, et qu'en obtenant le pardon d'Alphonsine. Cent fois elle fut sur le point de le lui demander, et celle-ci , malgré la douleur qu'elle en avait ressentie (douleur plus grande qu'on ne pouvait le présumer, car la perte du prix de dessin était sans compensation pour elle), et bien que chacune de ses compagnes lui décernât, dans son jugement, le prix d'histoire, Alphonsine seule savait qu'elle n'y devait pas compter. La douce jeune fille eût cependant pardonné h Sylvie, mais celle-ci fut retenue par l'orgueil et par une fausse honte. Cependant voici le jour de la solennité, toutes les familles se sont réunies pour en augmenter la majesté. Les prix sont donnés; Sylvie a le premier prix de dessin, mais, en le recevant, la joie ne brille pas sur son visage ; elle baisse les yeux et regagne sa place en rougissant. Chacune de ses compagnes la suit d'un regard méprisant et accusateur : la coupable comprend bien ce regard, et sa honte s'en accroît. Le premier prix d'histoire lui est encore décerné ; celte fois elle le reçoit avec plus de joie, elle croit l'avoir mérité. En la couronnant, Mme Clairville lui adresse quelques froides paroles d'encou-

JALOUSIK. 271

ragciiicnl , et aclièvc son allocnlioii j)ar ces [)arolos ; « iMal- Lfié vosoiïorls, iMadciiioiselle, vous n'eussiez pas reniporl('' ce prix, si, pai- une ratalitë que je ne juiis coinprendi'e, celle (le vos compagnes qui y avait le plus tle droits ne s'élait ironipée d'une manière inconcevable dans sa composition. » El en parlant ainsi, Mme Clairville jelail un regard de bienveillante compassion à la pauvre Alphonsine, qui pleurail amèrement, Sylvieallait retournera sa place, quand tout h coup une autre élève monte les degrés en courant et présente à l'institutrice nn cahier : «Voyez, Madame , Alphousinel'a fait exprès, j'en suis sûre; je viens d'aller prendre son cahier dans son armoire, et il n'y a pas de faute. — O

ciel ! que vois-je? est-il possible? quoi ! ce cahier ne porte aucune des fautes de la copie ! Approchez, Alphonsine, et répondez-moi. Pouiquoi avez-vous agi ainsi ? quel est ce mystère?» Alphonsine rougit, embarrassée, et garde le silence. « Répondez, Mademoiselle , je le veux , je vous l'ordonne!» Ace commandement, qui nesouiïrait plusd'hésitation, Alphonsine répondit eu pleurant : «Je croyais avoir le prix de dessin, et je voyais Sylvie si malheureuse de n'en avoir aucun, que j'ai voulu lui laisser celui d'his-

toire. — Ociel! s'écria Sylvie, (ju'eiitends-je? quoi! c'est pour moi que lu le sacrifiais ! el moi , pendant ce temps , et pour payer lant de générosité... 0 malheureuse et cent fois coupable que je suis ! pourras-tu me pardonner? » Et elle se jeta aux pieds d'Alphonsine étonnée, en continuant : «C'est moi qui, me glissant furtivement dans la salle de dessin, ai gâté ton travail... Oh! si j'avais su!... Pourras -tu me pardonner jamais, et ne pas me mépriser? Tiens, généreuse Alphonsine , voilà les couronnes dont tu es si digne , reprends-les , elles sont à toi. — Xe pardonner , chère Sylvie , oh ! de tout mon cœur ! j'ai toujours désiré être ton amie ; partageons nos lauriers , reprends-en la moitié , mais donne-moi, donne-moi ton amitié. — Oui, pour toujours!» dit Sylvie en se jetant au cou d'Alphonsine. Toutes deux pleurèrent longtemps, mais cette fois c'étaient de bien douces larmes que versa Sylvie , et qui lui firent comprendre que dans la vertu seule réside le vrai bonheur.

L'assemblée, troublée un moment par cette scène touchante , reprit bientôt son calme , et la cérémonie s'acheva sans autre diversion.

Sylvie et Alphonsine sont restées amies : le dévouement et le généreux saciifice de la seconde ne sont pas demeurés infructueux; Mlle de L. les a gardés précieusement dans son àme, et ils y ont produit des trésors; heureuse d'être tombée assez bas pour sentir son abaissement et pour se relever à une haqteur qu'elle n'avait jamais connue , et heureuses aussi celles qui, comme elle, ne tombent que pour se relever plus haut !

Mlle ViCTORiNE Bandoni,

De l'inslitulion de Mme Mercier, à Belleville.

Le bul de l^écoliotnic est de inelire dans l'emploi de chaque cliose un ordre qui puisse éviter les pertes, d'apprécier les besoins réels et d'y pourvoir avec sagesse el prévoyance ; son effet, lorsqu'elle atteint ce bul, est de faire tirer le meilleur parti possible de ce qui est consommé. Ainsi la disposition d'esprit el les habitudes qui rendent économe subordonnent à la raison tous les désirs qui ne peuvent être satisfaits sans dépense ; el parmi les consommations diverses, celle du temps esl regardée comme l'une des plus importantes.

Page 1