‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 6 sur 58 · LA PENSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LA PENSIONNAIRE

luisons à iii'opposer encore ; mais je vous prie de les gaider pour voiis. »

Que faire?.... Il fallut partir, se séparer de nouveau! Qui fut bien attrapé? vous le devinez sans doute. Quanta Eulalie , c'était bienfait, elle n'avait que ce qu'elle avait niéi'ité; mais cette bonne Fanny fut l'innocente victime de son amitié, et vous la plaignez avec moi, n'est-ce pas? Espérons toutefois qu'elle aura un jour sa récompense. En atlendant, elle est pensionnaire chez Mme Lormont, tandis (pie sa cousine est rentrée dans sa famille. Si Fanny éprouve [)Our sa nouvelle position autant d'antipathie qu'en éprouvait sa cousine, elle ne doit pas être enchantée du changement. Mais que vois-je dans le petit paquet de lettres dont je vous ai parlé déjà?... Oui, c'est une lettre de Fanny àEulalie. Puisque j'ai été assez mdiscrèle pour vous communi- (juer les autres lettres, je veux encore vous montrer celle-ci.

i ANNY A EULALIt.

« Eh l)ien ! tu es maintenant au comble de les vœux , chère ludalie ; te voilà retirée de pension et rentrée dans la famille. Je te vois dici plaignant mon sort et versant des larmes sur mon malheur. Erreur! détrompe-toi. Je suis très-heureuse, et, loin de me plaindre , je préfère cent fois l'existence que je mène ici h celle que je menais dans ma famille; et si je voyais plus souvent ma bonne mère, si je l'avaisprès de moi, rien ne manquerait à mon bonheur!Tiens, la véritable place d'une jeune fille est en pension, au milieu d'autres jeunes fdles comme elle; c'est là que l'esprit se développe avec le corps; c'est là que l'on apprend à vivre avec ses send)lables, et que le caiactère acquiert cette souplesse , ce lact , qui plus tard font le charme de la vie. La régularité dont tu le plaignais tant me plaît beaucoup à

LA PEA^SI-GJXl^ArAlKE.

Desesserls Edileur.

Luh Rio'o Frères el C

LA Pl:^slo^NAIUE.

niui; celle succession de Ira vaux el de [)laisiis lail mieux sentir le pi'ix des uns et des aulres. La nourrilure n'esl pas recherchée , mais elle est bien apprelce. Je mange Irois fois plus que chez nous. C'est que l'appclit est un bon cuisinier, vois-tu. L'intervalle régulier qui sépare les repas donne le temps à la digestion de se faire, et l'estomac, qui n'est jamais fatigué, ni par le jeune, ni par l'excès, fonctionne à merveille. La vigilance de mes maîtresses ne m'est point pénible non plus : je ne fais rien de mal , peu m'impoi'te donc que l'on me surveille , et cela ne m'enq)èche pas de jouer à cœur-joie , de courir et de m'en doimer de toutes mes forces. Aussi , quand on sonne la cloche de rentrée, je suis rouge comme une cerise, et mon cœur bat à faire plaisir. Et la gymnastique donc ! la balançoire , l'échelle , le trapèze ! et mon petit jardin que je cultive moimême , conune je peux , pas trop bien, sans doute, mais

assez pour y avoir des fleurs qui me rendent bien heureuse ! Comment tout cela ne t"a-t-il pas séduite? Oh ! que tu as été maladroite de te faire retirer, et si mal h propos encore ! nous serions si heureuses ensendjle ici ! Nous ferions nos

l'i^ LA PENSIONNAIRE.

devoirs ensomijle ; nous serions placées l'une h côté de l'au- Ireau dortoir, au rél'ecloire, à l'élude , partout. Tiens ! je ne veux pas pensera tout ce bonheur; car le souvenir de tout ce que tu nous as fait perdre par ta mauvaise tète ti'ouble ma félicité , et ni'empôche de sentir combien je suis heureuse en me montrant cond)ien j'aurais pu l'être davantage. Ah! situ pouvais donc revenir à la [)ension ! Allons ! voilà que je retombe dans mes rêves et que je recommence mes châteaux en Espagne.

« Adieu , chère amie; h dimanche piochain. En attendant , je l'end)rasse.

« Ta cousine ,

« Fanny. »

«Tiens! le revoilà, Eulalie! — Est-ce que tu reviens avec nous? — J'espère bien que non; je ne nie soucie pas de retomber en enfer. — Consolez- vous , mademoiselle Berlhot; on revient corrigée ; je ne vous ferai plus endèver. — Je le croirai quand je le verrai. — Je vous le promets, Mademoiselle. — Eulalie, « Il ne faut pas dire fontaine, je ne boilai plus de ton eau. » — Vous êtes une mauvaise, Esther; je vous dis que je rentre de ma propre volonté, parce que cela me plaît, entendez- vous? je n'aurai donc plus de raison pour me faire continuellement punir. — Comme ton caractère a changé! qui donc a fait ce beau miracle? — L'amitié de ma chère Fanny et sa sagesse , répliqua sérieusement Eulalie en prenant le bras de son amie. — Oh! dit la maligne Esther, si c'est une affaire de sentiment, c'est autre chose! »

Sans répondre à la raillerie, les deux cousines s'éloignèrent, et allèrent s'asseoir sur un banc rustique appuyé contre une charmille.

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«Mais lu ne m'as jamais dil comment lu avais l'ail [»our le faire relirer. — Ah! ne me parle jikis de cela, jeu suis houleuse ! — Mais encore, par quel moyen? — Que sais-je , moi? des niches perpétuelles qui troublaient toute la classe, avec qui j'avais bien soin d'être d'accord; des espiègleries à me faire sans cesse punir. J'clais sûre que cela indisposerait h la fin ma mère , et qu'elle serait plus punie que moi de ne pas m'avoir les jours de sortie. Je ne m'étais pas trompée, comme lu as vu. — Mais comment as-tu fait pour rentrer? — Ah ! bah! avec de l'adresse et de la finesse dans l'esprit... Et puis, est-ce que je ne fais pas tout ce que je veux avec maman ! — C'est singulier ; je croyais connaître ma tante, et il ne m'avait jamais paru qu'elle fût si faible avec loi. — Et vous ne vous trompiez pas, dit une voix derrière la charmille. — Dieu! madame Lormonl! — Ne vous effrayez pas, chère enfant; j'ai loul entendu, et pour la seule punition de votre présomption, Eulalie, je vous prie de lire celle lettre, que m'écrivait votre maman à l'époque de toutes vos petites extravagances. »

Eulalie prit la lettre en rougissant un peu, mais sans crainte, et lut ce qui suit :

MADAME HERSET A MADAME LORMONT.

a Je suis désolée des chagrins que vous cause ma fille; je sais fort bien qu'avec la volonté ferme de la soumettre, nous y parviendrions sûrement; mais je crois plus utile de la mettre dans le cas de se repentir de sa mauvaise conduite par l'accomplissement même de ses désirs les plus chers; car je sais qu'elle ne veut pas rester en pension , et je sais aussi que sa séparation de Fanny est presque l'unique cause de cette répugnance. Or, Fanny, depuis longlenqjs, tourmente sa mère pour entrer chez vous. Mme Gérard, sans le lui dire, est décidée à vous la doimer. Je vous prie donc,

10 F.A PEiNSIO.NNAIKE.

Madame, de prendre 1res au sérieux les sottes folies de mon Eulalie, et de m'en faire des plaintes tellement graves que je puisse être dans la nécessité de la retirer de pension , ce que je ferai le jour même oii sa cousine entrera chez vous : là sera sa punilion. Elle souffrira cruellement, j'en suis sûre, et elle demandera bientôt à revenir avec Fanny. 3Iais je lui ferai attendre assez longtemps ce bonheur, pour qu'elle ait dorénavant autant damoui* pour la pension qu'elle éprouvait auparavant d'antipathie. C'est ainsi que nous Irouvel'ons le remède dans le mal lui-même. « Je suis avec respect, Madame,

« Votre dévouée , «F. Hi:rset. »

«Ah! s'écria Fanny, voilà comme tu fais tout ce que tu veux avec ta mère, toi , Eulabe? — Je t'en prie, ma chère, épargne-moi. Je commence à comprendre combien il y avait de folie et de présomplion dans mes paroles; je croyais conduire ma mère, et je vois bien — que, sans le savoir,

vous n'avez fait que ce que nous avons voulu , interrompit Mme Lormont, et malgré votre adresse et la (inesse de votre esprit....

— Je n'étais qu'une petite sotte ; mais un peu de patience, Madame, et j'espère que bientôt je saurai vous prouver que je ne suis pas tout à fait indigne de votre estime et de votre amitié.

— Je n'en doute pas , chère enfant , et je compte que vous prendrez bientôt une éclatante revanche. »

La directrice ne s'est pas trompée. Eulalie est restée la meilleure des amies, et est devenue le modèle des pensionnaires.

M"' Emma Chrétien,

Itlcvo dp i'fnsliliilioii de iiindamo Hachcllmy.

Le désir de plaire csl un senliment naturel qui nattdu besoin de vivre en société et qui inspire le dévouement, l'indulgence , les égards, la politesse, toutes les vertus que les hommes aiment à rencontrer dans leurs semblables. La coquetterie ne saurait être ce sentiment, puisqu'elle ne rend pas

meilleur et ne perfectionne pas le caractère

Elle a pour unique base la vanité, ainsi que le manque de jugement, l'insensibilité, la folie, que la vanité traîne à sa suite

Une femme modeste, vraie, sensible , laborieuse, ne sera jamais coquette.

Mme la comtesse de Buaai.

COQUETTEKIX.

LvHi K\ic Trsres . v.B.cKer 7

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