L.-A. BERTHAUD
de balbutier des choses qu'il n'avait point apprises.
Des années passèrent, puis Berthaud, embrassant un matin son père et sa mère, vint à Lyon. Il y dut arriver vers 1832, en pleine réaction politique contre les ouvriers tisseurs révoltés le dernier automne. La ville s'était trouvée pendant plus d'une semaine livrée aux représailles terribles du peuple et le gouvernement de Louis- Philippe, redevenu péniblement maître de l'émeute, faisait expier aux « canuts )> ses frayeurs et sa honte. Aussi la colère des vaincus grondait-elle de nouveau dans l'ombre à chaque insolence des vainqueurs et malgré que l'insurrection parût bien éteinte, on redoutait à tout instant qu'une étincelle la rallumât. Berthaud, naturellement, épousa la cause des plus faibles, et c'est ainsi qu'entré un jour à Lyon pour y devenir poète, ce petit vitrier en sortit pamphlétaire.
En ce temps-là, dans la seconde ville du royaume paraissait une feuille voltairienne et frondeuse, sorte de Charivari provincial, créé par un Lyonnais de talent, l'avocat Michel -Ange Perrier. Le journal s'appelait la Glaneuse et formait le centre d'une académie singulière, a laquelle Berthaud s'affilia, introduit par un vague rimeur nommé Kaujffmann, plus tard rédacteur en chef du Censeur et qui, à ce titre, fit un peu parler de lui. Le nouveau venu collabora à la Glaneuse, puis la quitta pour imprimer ailleurs une satire périodique qui fui Asmodée^,
1. Cette satire paraissait hebdomadairement par fascicules de huit pages. Dans le numéro de V Intermédiaire déjà cité, M. Ving-
Parmi le» deux ou trois mille vers qui remplissent cette publication, nous ne voyons à retenir que cette pièce, la satire aa Roi, parce qu'un magistrat zélé s'avisa de la déclarer séditieuse, lui faisant ainsi une fortune qu'elle ne se fût point acquise autrement. L'auteur, traîné en justice pour des paroles imprudentes, crut se devoir de justifier désormais la haute opinion que le gouvernement donnait de lui, et devint, par nécessité plus que par sentiment, un républicain résolu.
Le procès diAsmodée fut porté devant le jury du Rhône le 25 mars 1833. Il eut de courts débats dont un journal lyonnais, le Courrier, — déjà l'ennemi naturel des contempteurs du pouvoir, comme il le demeura fidèlement sous tous les régimes, — rendit compte en ces termes :
c Affaire Louis-Agathe Berthaud, auteur d' « Asmodée )) et Perret Jérôme imprimeur, accusés d'offense à la personne du roi, dans la publication d'une satire en vers adressée au roi.
« L'accusation est soutenue par M. Vincent de Saint-Bonnet, i" avocat général.
trinier écrivait :< ...M. Berthaud qui avait publié dans V Asmodée dont il était rédacteur avec Xauffmann, etc. » Asmodée n'était pas comme le croyait M. Vingtrinier, une feuille quelconque ouverte à plusieurs rédacteurs, mais une œuvre toute personnelle comme la Némésis ou plus tard le Diogène, Berthaud seul en faisait les frais, littérairement et financièrement. Un seul numéro pendant une indisposition de ce dernier porte une signature étrangère, celle précisément de Kauffmann que Berthaud dit avoir appelé « afin de remplir ses engagements envers ses souscripteurs » .