L.-A. BERTHAUD
« M. Berthaud, jeune poète de vingt et un ans, qui a voulu marcher sur les traces de Barthélémy qu'il paraît avoir pris pour modèle, prononce d'abord pour sa défense un plaidoyer en vers où Ton remarque de la verve et de l'imagination.
« M. de Gharassln présente ensuite la défense de Fimprîmeur qu'il excuse par l'impossibilité où il est de lire et de juger tout ce qui sort de ses presses. Enfin M' Michel- Ange Perrier développe les moyens de défense du jeune poète Berthaud. Plaidoirie sans intérêt qui n'est qu'une diatribe continuelle contre le gouvernement.
« Après quelques minutes de délibération, le jury a déclaré les accusés non coupables. »
Cette aventure, comme presque toutes les aventures de ce genre, finît par une promenade tapageuse dans les rues de la ville où le poète fut emporté sur les épaules de la foule. Berthaud avait lu aux jurés, sans d'ailleurs qu'ils y comprissent goutte, une plaidoirie étrange, toute en vers. Quelqu'un imprima ce document qui disparut en quelques heures des librairies. Le petit vitrier devenait un personnage, et n'était pas fort éloigné de se croire une puissance.
Parfois pourtant, il dépouillait la gravité du pamphlétaire en faveur d'une muse que les mauvaises langues disaient son aînée de beaucoup, et qui passe pour être restée longtemps cruelle à ses instances, sinon insensible à sa gloire. Sainte- Beuve l'appelle Sophie « Grangier » ; elle se nommait u Grange )). Un peu toquée de littérature romanesque, elle essayait de copier George Sand en s 'habillant de vêtements masculins, ânonnait des
vers religieux, en inspirait enfin de profanes, — témoin ce sonnet inédit de Berthaud que celui-ci rima pour elle et que nous reproduisons seulement comme souvenir d'une phase très courte et très singulière dans cette existence douloureuse :
Jeune femme, vous êtes blonde Et vous avez le regard bleu ; Ainsi Vénus sortit de Tonde Bleue et blonde et le cœur en feu.
Comme elle, ayez pitié du monde.
Aimez le fils de votre Dieu.
Ne faut-il pas qu'un vœu réponde, Jeune âme blonde, à votre vœu ?
'■ Quoi donc I un chien seul, dans sa laine,
Sentirait passer votre haleine.
Un chien qui ne vous dira rien I
Ah I soyez meilleure, madame, Aimez un cœur, aimez une âme.
Ou prenez-moi pour votre chien i.
C'était là, sinon du meilleur, au moins du plus pur romantisme. Mais l'idylle, nous l'avons dit, dura peu. Jean-Pierre Veyrat, proscrit de Savoie, débordant de fougue inemployée, vint à Lyon, rencontra Berthaud, lui ofiTrit de publier
1. Nous devons à M. Philibert Audebrand, qui fut, nous l'avons dit, un compagnon de jeunesse de Berthaud, la communication de ce sonnet, retrouvé pour nous sans une défaillance au fond de sa mémoire et de son amitié.