L.-A. BERTHAUD
un journal en commun, un organe révolutionnaire plus terrible encore quAsmodée et dont la voix ferait trembler au loin tous les trônes, en particulier ceux de Sardaigne et de France.
V Homme Rouge ainsi était né, et la Glaneuse du 9 avril 1833, l'apprit à ses lecteurs en une prose que nous demandons la permission de reproduire telle quelle :
Lyon eut des écrivains , des publicistes et des poètes très distingués. Parmi ces derniers il faut sans contredit placer en première ligne MM. Berthaud et Veyrat ; Berthaud d'une verve féconde, d'une imagination riche et audacieuse qui se jette parfois, il est vrai, dans la bizarrerie et l'exagération, mais à laquelle il est impossible de refuser du feu et de l'enthousiasme ; talent remarquable à qui il ne manque pour s'élever haut que plus d'étude et de lecture. Chaud coloriste surtout et artiste plutôt que penseur ; caractère général de tous les poètes contemporains à l'exception de Lamartine.
Veyrat plus pur, plus spiritualiste, (ayant en sentiments ce que son ami a en sensations] ; d'un style soutenu et transparent qui laisse rayonner son idée ; nourri de la Bible, cette source inépuisable de richesses poétiques, qui a été poiu* tous les grands poètes du monde moderne ce que fut Homère pour l'antiquité.
Ces deux jeunes gens préludèrent par des compositions purement littéraires, mais ils avaient trop de patriotisme pour ne pas sentir qu'ils devaient quelque chose de plus h leur pays et que la poésie doit sous peine de mort devenir philosophique ou historique ( ? ). Aussi vinrent-ils bientôt au champ clos politique; M. Veyrat fit paraître à Paris les Italiennes et M. Berthaud publia à Lyon Asmodée.
Cette salire fut loin d'être sans succès mais des circonstances particulières forcèrent l'auteur à l'interrompre. Dès
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qu'elles eurent cessé il la reprit avec plus de vigueur que jamais. Une maladie puis un procès Farrêtèrent de nouveau.
Eh bien I il recommence aujourd'hui cette œuvre courageuse, il reparaît dans l'arène, mais cette fois il n'est pas seul ; à ses côtés il a un athlète jeune, audacieux et fort comme lui.
Sa muse s'est unie à celle de M. Veyrat dans le but de venger la France, de la consoler, de lui parler d'espoir et de liberté au milieu de son découragement et de sa servitude et de marquer d'un fer rouge les hommes et surtout les principes qui l'ont faite ce qu'elle est. Ils viennent prophétiser leur chute à leurs oppresseurs. Puissent-ils dire vrai, puissent-ils être réellement cet homme rouge qui, selon une tradition populaire, est envoyé par Dieu aux rois qu'a frappés son anathème.
On n'a pas oublié les menaces incessantes d'orage qui remplirent les premières années du règne de Louis-Philippe. La solution bâtarde de 1830 ne contentait presque personne et tout acte d'opposition, pourvu qu'il fût spirituel, emportait la faveur publique. Dans les débuts de V Homme Rouge ses deux auteurs reçurent les acclamations sans broncher, comme un juste tribut de leur mérite et de leurs peines ; puis, peu à peu grisés, ils perdirent toute mesure et passèrent par lea armes la moitié des princes de l'Europe. Pas une seule monarchie, — le Pape non excepté — qui pût trouver grâce devant eux. Ce fut un magnifique carnage de têtes couronnées ; mais les lecteurs cessèrent de les suivre.
Nous avons dit ailleurs la sommaire histoire de