‹ LES ENFANTS PERDUS DU ROMANTISMEChapitre 25 sur 57 · L.-A. BEllTHAUD · texte numérisé non relu

L.-A. BEllTHAUD

bientôt, les pauvres enfants 1 Le ciel sans espoir de la grande cité pèse sur eux, et demain la vie commencera de les y ballotter furieusement enlre la misère et la mort.

Voici Berthaud dans cette capitale inconnue, armé, — du moins il le croyait, — pour la conquérir. Nous avons dit ailleurs comment tout cela devait finir, rapidement et sans grand tumulte, en une famine générale où s'effondra Tardeur des deux conquérants. L'ancien petit vitrier s'étonna bien, au début, de ne point recevoir l'accueil annoncé, et insensiblement l'opinion qu'il avait des hommes, se modifia dans son esprit. Il allait, humilié, repoussé par tous, le dos courbé dans les averses et l'oreille basse sous la moquerie des parvenus. Une année s'écoula sans apporter à sa détresse un seul espoir d'adoucissement. Car son dénuement était grand ; il n'en exista jamais de pire, vu que le poète ne possédait rien de rien, et qu'il ne recevait pas davantage. Je me trompe, il avait les conseils et la compagnie du vieux Béranger, qui s'entourait de jeunesse pour donner à sa vie mourante l'illusion des forces perdues. Le chansonnier trouvait dans ce cercle de débutants une popularité discrète qui lui faisait oublier reffacement de ses derniers jours. Bénisseur par tempérament, il était devenu sans effort

Toracle du petit groupe. Simple, facile et disert, il conseillait volontiers pour peu qu'on l'en priât, et l'exagération fréquente de ses éloges avait du moins pour correctif sa bonhomie bienveillante. Le bon sens épais de son esprit tombait souvent fort à propos sur les emportements du petit entourage : « Méfiez- vous de l'entraînement des vers, disait-il à Berthaud. Sachez vous arrêter à temps et gardez-vous de cette abondance voisine de la prolixité. Le vers est l'ennemi du poète. » De tels avertissements, outre qu'ils étaient sages, se trouvaient parfaitement placés.

Paris semblait ignorer la présence de VHomme Rouge, bien que nos poètes l'en crussent informé et que Berthaud y eût plusieurs fois déchaîné sa verve pamphlétaire. Une minute, celui-ci pourtant avait attiré Taltention. C'était au début de son séjour. Des gendarmes avaient assommé quelques inoffensifs crieurs de journaux, sous un prétexte insignifiant, et le préfet de police Gisquct ^ qui, dans la presse surtout, jouissait d'une rare exécration, fut l'objet, àce propos, des accusations unanimes. Berthaud écrivit sous ce titre : « Gisquetéides, — Une Voix dans Paris », cinq cents vers que le libraire Guillaumin accepta de publier. C'est à propos de celle satire que naquit l'incident longtemps inconnu dont la mémoire du pauvre

l. Ce Oisquet lut un étrange personnage. Il a laissé un livre : Les mémoires de Aï. Gisquet, publié avec ce sous-titre naïf : « écrits par lui-même » et où, dès la première page, il fait cet aveu : « J'écris dans la vue de ma propre considération, »

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