‹ LES ENFANTS PERDUS DU ROMANTISMEChapitre 26 sur 57 · L.-A. BERTHAUD · texte numérisé non relu

L.-A. BERTHAUD

Morcau restera chargée à jamais peut-être, et qu'il convient de ramener ici, à sa portée véritable.

M. Gisquetémudes attaques de Berthaud voulut y faire répondre par un poète à ses gages. C'était le moment où HégésippeMoreau, sans ressources, abandonné de ses protecteurs et de ses amis, chassé de Provins par une aventure malheureuse, contraint de cesser la pubhcation de son Diogène, mourant de faim et sans gîte, cherchait à travers les journaux une hospitalité pour ses vers et du pain pour lui. On amena certain jour Hégésippe à M. Gisquet. Celui-ci confia au poète la charge — hélas ! c'en était une — de le défendre, et, comme la chose est maintenant prouvée par une lettre de Moreau adressée à Mme Guérard « la Fermière » de Saint-Martin Chênnetron, le poète accepta. Pour juger équitablement Pacte blâmable de Moreau il faut connaître les circonstances qui l'ont entouré. La réputation de y Homme Rouge en province, avait devancé Berthaud et Veyrat dans Paris, ce qui n'empêcha point plus tard que les deux poètes y mourussent de faim auprès d'elle. Les journalistes parisiens, enchantés sans doute d'opposer aux sollicitations d'ilégésippe la jeune gloire des deux lyonnais — ceux-ci d'autant moins redoutés alors qu'on ne pouvait guère prévoir leur arrivée prochaine — jetèrent Y Homme Rouge à tout propos dans les jambes de son concurrent. Moreau en conçut du dépit, un dépit violent, qui s'accrut

encore lorsqu'ayant, àrimitationde ses confrères, créé et perdu un journal, il les trouva de nouveau, maïs en chair et en os cette fois, devant lui *.

Voici d'ailleurs un passage de la lettre à Mme Guérard, relative à cet incident :

Paris, 7 janvier 1824.

Madame, Quoique depuis longtemps je n'aie donné aucun signe de vie, je vous prie de croire que je ne suis pas mort et que mon existence est même assez active. Permettez-moi de reprendre mon histoire moderne d'un peu haut. Je n'ai vu qu'une fois mes compatriotes de Paris et l'accueil que j'en ai reçu m'a ôté l'envie d'en tenter un nouveau. En revanche j'ai eu le plaisir de me voir rechercher par quelques jeunes gens ( du grand ton I ) et les caresses parisiennes m'ont fait oublier les grimaces champenoises. Un jeune créole, entre autres, m'a rendu service en se chargeant pour moi de quelques démarches indispensables qui me répugnaient. Je veux parler des sollicitations aux journaux. Et plût à Dieu que je ne m'en fusse pas mêlé I Ils avaient tout promis à mon noble ambassadeur, mais fatigué d'attendre j'allai moi-même réclamer leur parole. Ils éludèrent toujours la question et je me risquai à la patience, persuadé que ces messieurs, préoccupés de graves intérêts politiques, n'avaient pas de temps à donner à la littérature. Mais voilà tout à coup que V Homme Rouge de Lyon arrive et s'installe à Paris et que les journalistes à qui j'avais parlé lui prodiguent des éloges aussi bêtes que ses vers. A ma réclamation, ils répondirent qu'il sautait aux yeux que mes confrères étaient beaucoup plus forts que moi. J'ai répliqué que ce qui me sautait aux

1. Lorsqu'il se présenta au Charivari, Albert Cler lui dit que les vers de Berthaud étant ce qu'on pourrait faire de mieux dans la ligne du journal, celui-ci n'en prendrait pas d'autres. (Ph. Au* debrand, Intermédiaire des Chercheurs, 20 décembre 1893,)

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